L'antisionisme

La critique d'Israël et de sa politique n'est pas une expression d'antisémitisme, pour autant qu'il soit jugé à la même aune que les autres Etats. Or, il arrive assez souvent que la critique des actions du gouvernement israélien prenne la forme d'une condamnation globale et définitive d'Israël, ou que le terme "sioniste" ("qui aspire à l'établissement et au maintien d'un foyer national juif")soit substitué au terme "juif" pour camoufler derrière une façade antisioniste des arguments antisémites.

 

Pendant vingt ans après la création de l'Etat d'Israël (1948), l'antisionisme est resté un phénomène limité aux pays arabes, qui procédait du conflit israélo-arabe, ainsi qu'en URSS et dans les pays du bloc de l'Est, qui soutenaient le camp arabe.

 

Dès la fin des années 60, l'antisionisme revêt un caractère international. Il se manifeste d'abord dans les universités après la guerre des Six jours, lorsque la nouvelle gauche attaque le sionisme de concert avec des associations d'étudiants arabes. La résolution 3379 de l'Assemblée générale des Nations Unies du 10 novembre 1975, condamnant le sionisme comme "racisme et comme forme de discrimination raciale", internationalise l'antisionisme. Cette résolution ne sera annulée qu'en 1995.

 

Pour ôter toute légitimité au sionisme, des organisations arabes n'ont pas hésité à le qualifier de colonialisme, de racisme, de nazisme. Avec le temps, elles ont récupéré les arguments négationnistes*, selon lesquels la Shoah est une invention des Juifs pour obtenir la création d'Israël et d'autres privilèges.

 

Le mythe du complot juif* a été rebaptisé complot sioniste, tout en colportant les mêmes accusations mensongères de désir de conquête. De même, la propagande antisioniste s'appuie encore sur les Protocoles des Sages de Sion*. La dérive de l'antisionisme à l'antisémitisme est claire. D'autres arguments participent à ce glissement : les attaques contre la Torah et les principes du judaïsme pour critiquer la société israélienne (on montre ainsi la nature foncièrement criminelle des Juifs, ou leur cupidité, ou encore leur amour de la guerre et du sang). La mauvaise nature d'Israël découle de son identité juive. Ces accusations antisionistes sont identiques aux stéréotypes antisémites classiques : même paranoïa, mêmes mythes de malfaisance et de conspiration pour dominer le monde. Même tendance à généraliser, à englober les Juifs dans une même catégorie, à les juger et à les condamner à partir de clichés anciens. L'amalgame unit des éléments objectifs de la politique israélienne et des représentations relatives aux Juifs en général.

 

L'antisionisme offre un alibi, une nouvelle façade à l'antisémitisme. Il redonne même vie à des accusations antérieures qu'il intègre dans son discours. Il est notamment présent dans plusieurs discours tenus à l'intérieur des organisations internationales, notamment à l'ONU.

 

Il s'est exprimé publiquement en Suisse à plusieurs reprises en 1997 lors du 100e anniversaire du premier Congrès sioniste à Bâle, et sert de façade à plusieurs arguments antisémites entendus pendant la crise des fonds en déshérence.

 

 

Walter LAQUEUR : Histoire du sionisme, Paris, Gallimard (tel), 1973, 2 vol.
Bernard LEWIS : Sémites et antisémites, Paris, Presses Pocket, 1991.
Léon POLIAKOV : Histoire de l'antisémitisme 1945-1993, Paris, Seuil, 1994.

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