La séparation du christianisme et du judaïsme

Deux siècles avant la naissance de Jésus apparaît, au sein du judaïsme, une littérature spirituelle nouvelle selon laquelle la demeure de Dieu est céleste et les institutions traditionnelles ne sont que les reflets des réalités "d'en-haut" et à venir.

 

Jésus, Juif de Palestine, inscrit sa démarche dans la même optique en annonçant le Temple céleste et l'imminence du monde à venir. Il dispense son enseignement autour de la Torah qu'il affirme vouloir approfondir. Proches de toutes les couches sociales, mais surtout des exclus et des marginalisés, il propose un comportement basé sur une nouvelle vision de la vie. Certains disciples retrouvent en Jésus un profil messianique. Jésus ne s'annonce jamais lui-même comme le Messie, mais il affirme la proximité du règne de Dieu, un Dieu de justice et d'amour qui ressuscitera les justes.

 

Les autorités romaines, qui contrôlent le territoire d'Israël, s'inquiètent de l'agitation autour de Jésus et, en accord avec les prêtres sadducéens (l'une des tendances du judaïsme antique proche du pouvoir romain), décident de l'exécuter sur une croix, supplice romain infligé habituellement aux prisonniers de droit commun.

 

Après la mort de Jésus, les disciples, tous juifs, font l'expérience d'une "résurrection" de Jésus qu'ils expriment par des récits d'apparitions. Ils parcourent le pays du nord au sud et cherchent à convaincre les autres Juifs de la validité du message de Jésus associé à la Pâque (cène), à une vie nouvelle (baptême) et à une effusion de l'esprit (pentecôte). L'activité missionnaire s'organise à partir de communautés constituées de Juifs d'Israël et de Juifs de la diaspora parlant grec. Les païens sympathisants du judaïsme jouent également un rôle dans la rapidité de l'expansion de cette "secte de Jésus" en Asie mineure, en Grèce, en Syrie.

 

Paul de Tarse s'attache à diffuser l'essentiel du message aux païens. En désaccord avec la communauté-mère de Jérusalem dirigée par Jacques, Paul s'oppose à ce que les convertis d'origine païenne adoptent tous les rites juifs (circoncision, règles alimentaires). Progressivement, une église autonome se constitue et prend ses distances du judaïsme.

Vers 45, à Antioche, on désigne les disciples de Jésus du nom de "christianoï" et, en 64, Rome commence à faire la distinction entre juifs et "chrétiens". Durant tout le premier siècle, les disciples de Jésus n'ont que la Bible hébraïque comme Ecriture sainte, ils pratiquent la liturgie juive et vénèrent la Torah à la synagogue.

 

En l'an 70 de notre ère, la catastrophe s'abat sur Jérusalem : le Temple est détruit par les armées romaines, les populations juives massacrées ou déportées. Exilés à Jamnia, une partie des rabbins de la tendance pharisienne (prônant une observance stricte à la Loi) travaillent à élaborer de nouveaux repères pour que le judaïsme surmonte la perte du Temple. Ils définissent les critères du judaïsme orthodoxe en 90, en excluant les croyants qui ne sont pas en conformité avec leurs vues.

 

Face à l'élan de ces rabbins, Paul et ses collaborateurs réorganisent les communautés chrétiennes hors de la synagogue. Les premiers écrits de ce qui deviendra le "Nouveau Testament" circulent. Ce sont des commentaires des événements et du message de Jésus.

 

Au début du IIe siècle, les liens entre judaïsme et christianisme se distendent jusqu'à une rupture qui va se préciser dans les écrits spirituels de chacune des deux traditions issues de la même origine. L'arrivée en masse de païens convertis dans les communautés chrétiennes accentue cette distanciation, d'autant plus que le grec prend le dessus sur la langue araméenne (que parlait Jésus et ses disciples). Les Chrétiens vont s'intégrer dans la société romaine et Rome va devenir un pôle important dans la vie des Eglises.

 

 

Jacob NEUSNER : Le judaïsme à l'aube du christianisme, Paris, Cerf, 1986.
Etienne TROCMÉ : L'enfance du christianisme, Paris, Noêsis, 1997.
Raoul VANEIGEM : La Résistance au christianisme, Paris, Fayard, 1993.

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