L'antisémitisme païen : le Juif profane

Les premières manifestations d'antisémitisme datent du VIe siècle avant notre ère (600 avant la naissance de Jésus), lorsque les Babyloniens détruisent le premier Temple à Jérusalem, obligeant les Juifs à s'exiler. L'apparition de l'antisémitisme est contemporaine à la dispersion des Juifs.

 

Quelques documents montrent que l'antisémitisme existe dans l'Empire perse au Ve siècle avant notre ère, où il est question d'attaques contre le quartier juif d'Eléphantine (Egypte), d'une synagogue rasée et de massacres de Juifs.

 

Le premier polémiste antisémite connu est Manetho, un prêtre égyptien du IIIe siècle av. J.C. dont les propos très violents ont été repris par Appion d'Alexandrie. Manetho présente les Hébreux comme une race de lépreux qui avait été rejetée d'Egypte à l'époque de Moïse. Les autres accusations portées contre les Juifs pendant l'Antiquité se réfèrent à leur stérilité (ils n'ont rien produit de grand ou d'utile), leur athéisme (puisqu'ils rejettent le culte des dieux païens) et leur misanthropie (ils ne se mélangent pas au reste de la population). A cela s'ajoute encore leur pratique barbare de la circoncision (parmi d'autres rites jugés absurdes), la multiplication de leur descendance et leur paresse, puisqu'ils s'abandonnent à l'oisiveté tous les samedis.

 

A Alexandrie, les Juifs, qui représentaient 40 % de la population, se sont trouvés en compétition avec les Egyptiens hellénisés. Cette rivalité a été la source d'un antisémitisme populaire qui a explosé en un véritable pogrom* en 38 de notre ère, sous l'empire de Caligula. Les Juifs sont accusés d'anti-patriotisme et de double allégeance*, puisque outre l'empereur romain, ils reconnaissaient aussi le roi juif Agrippa Ier. Le motif réel est la jalousie de la prospérité des Juifs et à l'égard de la tolérance religieuse dont ils bénéficient. On en veut aux Juifs de ne pas honorer les dieux, de ne pas offrir de sacrifices et d'éviter les mariages mixtes. Ces arguments sont repris par plusieurs auteurs romains célèbres comme Sénèque, Juvénal, Quintilien, pour qui le judaïsme n'est que superstition. "Tout ce qui est sacré pour nous est profane pour les Juifs, et tout ce qui leur est permis nous est impur", écrit l'historien latin Tacite.

 

Autant de caractéristiques qui menacent l'image traditionnelle du guerrier romain aux vertus nombreuses qui se devait d'étendre la civilisation romaine aux peuples de l'Empire. Les Juifs empêcheraient la réalisation de cet idéal.

 

Parallèlement à ces manifestations antisémites régulières au Ier siècle, on observe un nombre croissant de conversions au judaïsme, preuve que la religion monothéiste suscite aussi l'admiration et l'intérêt, au point que l'Empire romain compte environ 10 millions de Juifs (soit 10 à 12 % de la population) au début de l'ère chrétienne (ainsi que des milliers de sympathisants). Cet enthousiasme pour le judaïsme est aussi vu par certains comme une contamination de la société romaine, qui touche même les classes supérieures.

 

L'antisémitisme païen est resté essentiellement culturel plutôt que théologique ou raciste, et ne s'est jamais transformé en discrimination politique, en stigmatisation et en humiliation populaires comme cela deviendra le cas dès le Moyen Age.

 

 

Flavius JOSEPHE : La Guerre des Juifs, Paris, Minuit, 1977.
Théodore REINACH : Textes d'auteurs grecs et romains relatifs au judaïsme, OLMS, 1983.
Menahem STERN : Greek and Latin Authors on Jews and Judaism, Jerusalem, 1984, 3 vol.

CICAD en action

  • Plus de 20 ans d’actions

    La CICAD se préoccupe des menaces qui pèsent sur les Communautés juives. Prévenir, conseiller et agir : 3 mots d’ordre contre un même fléau.