"Sortir de l'antijudaïsme chrétien" : Déclaration de la Ligue suisse des femmes catholiques et de la Fédération suisse des femmes protestantes, 1997

Très tôt, des attitudes antijudaïques se firent jour dans la tradition chrétienne et dans les premiers écrits du Nouveau Testament. Elles marquaient une délimitation et protégeaient les chrétiens et chrétiennes des premiers siècles. L'ignorance et l'arrogance accompagnées de préjugés inconscients et de présupposés théologiques débouchèrent dans le passé et jusqu'à nos jours sur des ghettos, des expulsions et des pogroms (massacres) à l'encontre du peuple juif. Elles préparèrent la voie à l'antisémitisme et aux exécutions de masse de notre siècle.

 

Femmes et hommes dans la "suivance" du Christ, nous reconnaissons notre co-responsabilité dans ces abominations. Nous les nommons explicitement et demandons pardon aux Juifs et aux Juives. Conscient-e-s de notre co-responsabilité et en signe de compassion devant le chemin de douleurs parcouru par le peuple juif, nous nous efforçons de dépasser le contenu antijudaïque de certains passages de la Bible et de la liturgie. Nous nous engageons pour une attitude chrétienne libérée de toute arrogance et de tous préjugés envers le peuple juif.

 

La Bonne Nouvelle annoncée par Jésus ne saurait propager des idées antisémites.

 

Nous nous reconnaissons en Jésus de Nazareth et marchons à sa suite. Jésus est né et il est mort juif. Son message et son agir étaient marqués par sa religiosité juive. Il s'engagea pour la libération des pauvres, des opprimés et des sans-droits. L'amour de l'humanité était le moteur de son action et nous voulons y rester fidèles.

 

Pendant l'occupation romaine, plusieurs mouvements de libération se développèrent, dans la diversité du judaïsme de ce temps. Avec Jésus, un mouvement de libération, ancré dans la tradition juive, a pris corps; il renonçait radicalement à la violence et se mettait totalement du côté des marginalisés.

 

Comme ses frères et sœurs juifs, Jésus appartenait à la communauté de l'Alliance que Dieu avait établie avec le peuple d'Israël. Dans l'Ancien Testament, nous pouvons lire que cette alliance est sans cesse renouvelée et renforcée. Jésus n'a pas résilié cette alliance, il l'a élargie. Par son message et son agir, Jésus l'a étendue aux hommes et aux femmes hors de la tradition juive. Dans ce sens, nous sommes tous ensemble, avec les hommes et femmes juifs sous cet arc d'alliance qui nous relie.

 

Jésus - ses disciples également - était imprégné de la tradition juive du temps. Sa pratique de la Torah (les 5 livres mosaïques) et des Prophètes, le sermon sur la montagne et les paraboles étaient l'expression de sa spiritualité juive. Le regard critique que Jésus portait sur les lois et traditions était en droite ligne avec les prophètes d'Israël. Quand il disait : " Le sabbat a été fait pour l'homme, et pas l'homme pour le sabbat" (Mc 2; 27), il s'agissait d'une critique interne au judaïsme. Il n'était nullement question de fonder une nouvelle religion. Ce n'est qu'après un siècle environ, que le christianisme se sépara du judaïsme.

 

L'origine du christianisme lui fait obligation de s'interroger sur ses racines dans le judaïsme. Il n'en va pas de même pour nos frères et sœurs juifs. Ils peuvent pratiquer leur religion sans devoir confronter leurs convictions aux convictions chrétiennes.

 

Alors que les chrétien-ne-s doivent prendre conscience que, en plus des textes religieux, la liturgie chrétienne et les principales fêtes de l'année religieuse trouvent leur origine dans la tradition juive. Cette origine commune a souvent été oubliée, voire contestée, jusqu'à une période récente. Cet oubli ce rejet a eu des conséquences dramatiques pour les Juifs et ils ont, à de multiples reprises, subi un sort dramatique au sein de la chrétienté.

 

Chrétiennes et chrétiens responsables, nous jetons un regard critique et honteux sur notre comportement antijudaïque d'hier et d'aujourd'hui et nous nous engageons à surmonter cette manière d'être. Il n'est pas question d'évacuer les différences entre nos traditions, mais au contraire les reconnaître avec respect.

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