Sep

12

2018

« Est-ce que la Shoah est plus grave que les exterminations de poulet en batterie ? »

Une question posée dimanche dernier lors de l’émission de radio de la RTS « Et si nous désobéissons tous? » par le journaliste Michel Audétat à la militante antispéciste Virginia Markus.

Pour cette dernière la réponse est sans ambiguïté. « On ne peut plus faire de différence. Car faire une différence c’est hiérarchiser les souffrances. Du moment ou un individu souffre, qu’il n’a pas envie de mourir, on doit entendre cet intérêt à vivre. Surtout quand on a le choix. Aujourd’hui nous pouvons faire ce choix consciemment de participer à la souffrance ou au droit à la vie. Non il n’y a pas de différence. »

Un dérapage inacceptable

Si c’est propos ne sont pas antisémites – Selon la définition exacte de ce qu’est l’antisémitisme - ils sont pour le moins choquants et inacceptables. Il est regrettable qu’aucun des journalistes présents ne soient intervenus pour recadrer la discussion et expliquer que de tels propos ne peuvent être dits sans aucune réaction. C’est ce qu’a souhaité dénoncer notamment le journaliste Olivier Français qui a choisi de consacrer son édito de mardi 11 septembre à l’antenne de Radio Lac sur ce sujet. « Ces propos ont provoqué stupeur et consternation sur les réseaux sociaux. Soyons clairs, ces propos sont-ils antisémites ? il me semble que non. Si la thèse d’un antispéciste est d’affirmer qu’il n’y a pas à hiérarchiser les espèces entre elles, alors les propos de Virginia Markus relèvent de la cohérence et de la logique la plus absolue. Son interlocuteur aurait pu la questionner sur le massacre des arméniens ou encore des Tutsis, sa réponse aurait été évidemment la même. Demeure alors la question de la confrontation entre ses convictions et la réalité. Si l’on résonne par l’absurde, notre antispéciste préférée devra choisir entre la vie de son enfant et celle d’un rat taupe. Cette réponse-là devrait être bien plus éclairante sur l’antispécisme que toutes les railleries que certains dressent à Virginia Markus. »

Antispécisme et antisémitisme

Comme l’a rappelé la CICAD dans son rapport paru en février dernier sur la situation de l’antisémitisme, l’affaire Jonas Fricker, qui a défrayé la chronique en 2017, a mis en  lumière  un  phénomène de plus en plus récurrent en Suisse : la banalisation  de  la  Shoah,  notamment  dans  les milieux dits antispécistes.

Les   intellectuels   proches   de   ces   thèses   poussent     le     raisonnement     antispéciste    jusqu’à trouver  dans  le  génocide  nazi  de  la  Seconde Guerre mondiale une source inépuisable de comparaisons avec l’industrialisation de l’élevage et de l’abattage des animaux. Les batteries deviennent des « camps de concentration » et des propos abjects comparant le transport  des  porcs  avec  celui  des  Juifs  déportés sont de plus en plus fréquents.  Autrefois l’apanage des milieux extrémistes et des  professionnels  de  la  provocation  en  mal  de sensationnalisme, cette utilisation outrancière de tout ce qui a trait à la Shoah dans le seul but de choquer l’opinion publique est un phénomène de plus en plus observable. Une banalisation – volontaire ou inconsciente – qui servirait  à  mobiliser  l’opinion  publique  et  ce  qu’elles que puissent être les conséquences d’un tel procédé de banalisation. Certains défenseurs radicaux de  la  cause  animale  sont  coutumiers  de  ce  type  d’images  chocs.  En Suisse,  une  centaine  de  militants  se  sont  rassemblés cette année en face de l’abattoir de  Clarens  (VD)  devant  une  banderole  avec  le slogan « Hommage aux victimes des abattoirs.  Stop  à  l’holocauste  animal  ».  La  déléguée  suisse  de  l’association,  Elisa  Keller,  20  ans, revendique l’usage d’images fortes pour « éveiller  les  consciences »

 

Lien vers le rapport de la CICAD

Lien vers l'emission RTS

Lien vers l'emission RADIO LAC

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