Nov

19

2018

« Les définitions sont importantes. L’antisionisme n’est pas la critique politique d’Israël. C’est de l’antisémitisme. L’expression d’une volonté de refuser aux Juifs un Etat. » Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de CICAD

L'Autriche, dans le cadre de sa présidence européenne, organise dès mardi à Vienne une grande conférence intitulée "L'Europe au-delà de l'antisémitisme et de l’antisionisme : sécuriser la vie juive en Europe". L’occasion pour le journaliste Romain Clivaz d’échanger avec Johanne Gurfinkiel, le Secrétaire général de CICAD sur les ondes de la matinale de la RTS sur la situation de l’antisémitisme en Europe et en Suisse. Extrait.

Romain Clivaz : Est-ce qu’aujourd’hui en Europe on peut dire que la vie juive est menacée ?

« Depuis plusieurs années, nous voyons la situation se détériorée avec le développement d’un climat que je qualifierai « d’houleux » pour les communautés juives. Nous avons vécu avec douleurs des attentats et des meurtres qui ont ciblé spécifiquement des juifs. Il y a eu Pittsburg dernièrement mais je pourrais vous parler de Toulouse, Bruxelles, Paris. L’inquiétude est effectivement  grande pour les Juifs poussant certains comme en France à  partir.

Romain Clivaz : Il y a eu la commémoration ces jours de la nuit de cristal, l’Autriche a également commémoré l’Anchluss…différentes cérémonies se sont tenues en Europe 80 ans après la fin de la Guerre. Est-ce que cet exercice de mémoire reste encore utile au service d’une cause ou au contraire participe à la banalisation que l’on fait de la Shoah?

« Pour éviter cette banalisation, il est nécessaire de fixer un certain nombre de repères et de se remémorer ces événements tragiques . Nous venons de célébrer les 80 ans de la nuit de cristal. Ce n’est pas un énième évènement par contre il est important de ne pas oublier. Nous ne sommes certes pas dans les années 30 cependant la communauté juive récent ce sentiment d’agressivité et cette hostilité violente qui l’a déjà frappé de plein fouet. »

Romain Clivaz : Il est important de dissocier l’antisémitisme de l’antisionisme…Ne pensez-vous pas que les communautés juives de Suisse font les frais d’une critique de la politique d’Israël ?

« C’est un isme qu’il est important d’ajouter à la longue liste des manifestations d’hostilité à l’égard de la communauté juive. Elle peut certes en faire les frais mais cela ne le justifie en rien. Chacun d ’entre nous peut avoir un avis personnel sur une question politique, c’est parfaitement légitime. Pour autant, la critique de l’Etat d’Israël de peut servir de prétexte  à une expression d’hostilité à l’égard de la communauté juive. Ne pas confondre critique de la politique d’Israël et antisionisme. Il n’est pas nécessaire d’inventer un terme qui devrait définir ce qu’est la critique de l’Etat d’Israël. Mais ce n’est en tout cas pas : antisionisme »

Romain Clivaz : Voyez vous dans l’antisionisme que l’on associe à la politique d’Israël une forme d’antisémitisme ?

« Les définitions sont importantes. L’antisionisme n’est pas la critique politique d’Israël. L’antisionisme n’est pas la critique politique d’Israël. C’est de l’antisémitisme. C’est l’expression d’une volonté de refuser aux Juifs d’avoir un Etat Une forme de radicalité antisémite contemporaine que nous n’acceptons pas. »

Romain Clivaz : Si nous nous distancions plus de la politique d‘Israël, cela permettrait-il aux communautés juives d’éviter un certain antisémitisme ?

« Cela signifierait que nous serions quelque part dénationalisés. Des citoyens de seconde catégorie.  On parle d’une minorité nationale que sont les juifs suisses, français, anglais…Ce sont des citoyens qui n’ont pas à justifier ni à expliquer ou à condamner une politique étrangère. En l’occurrence, il leur est demandé de dénoncer la politique israélienne pour bénéficier un certificat de bonne conduite. Les juifs de Suisse ont-ils le droit de d’être des citoyens suisses à part entière, libres de dénoncer ou pas une politique étrangère sans pour autant être suspects.  On nous impose systématiquement un tiraillement où l’on devrait dénoncer la politique israélienne et affirmer haut et fort que nous nous en distançons. Tout cela pour plaire à certains milieux. Je refuse de souscrire à ce diktat . Nous n’avons pas à être estampillés sous prétexte que cela arrangerait les uns ou les autres. »

 

 

L’intégralité de l’émission est disponible ici

 

Source : rts.ch, 19 novembre 2018

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