May

01

2013

Johanne Gurfinkiel, Secrétaire général de la CICAD, est l'invité de la Tribune de Genève de ce jour

«J'aspire à garder l'image de cette Suisse prête à regarder la vérité en face »

Février 2013 aurait-il marqué une étape pour les pourfendeurs de la Commission Bergier sur l'attitude de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale? Ils ont en tout cas cru que Serge Klarsfeld devenait leur allié. Cette figure incontournable du travail de mémoire n'avait-elle pas critiqué le manque derecherches des experts dirigés par le professeur Bergier sur le nombre de réfugiés juifs interdits de territoire suisse? Le célèbre chasseur de nazis avait émis l'hypothèse qu'il y avait moins de refoulements qu'annoncé dans un premier temps.

Or, il est évident que les adversaires de la commission ont déformé et instrumentalisé les propos de Serge Klarsfeld. Ce dernier appelait en fait de ses vœux qu'on rouvre le dossier des réfugiés à la lumière des conclusions de la thèse de doctorat en cours de Ruth Fivaz-Silbermann. Mais la polémique lancée a enflé au fur et à mesure des semaines, allant jusqu'à désigner d'un doigt dénonciateur les experts nommés en 1996 par le Parlement fédéral, accusés d'avoir délibérément sali l'image du pays.

Pourquoi rouvrir ce débat finalement? Ce que cette situation révèle, c'est l'énergie déployée par certains pour tenter de nous cacher la vérité au bénéfice d'un fantasme historique. Plus grave encore, il s'agit là d'une tentative malhonnête de vouloir politiser le travail scientifique au bénéfice d'une opération de propagande.

Or, cette histoire est la nôtre et nous devons refuser qu'elle soit ainsi dévoyée. Elle est pleine de nuances révélant des décisions honteuses comme celle d'avoir imposé en 1938 un tampon sur les passeports des juifs qui tentaient de trouver refuge en Suisse. Comme celle d'avoir sciemment fermé ses frontières à des milliers de personnes qui tentaient de fuir la barbarie nazie. Elle nous apprend aussi que des justes de ce pays ont été condamnés pour avoir porté secours à des personnes persécutées.

«J'aspire à garder l'image de cette Suisse prête à regarder la vérité en face »

A l'inverse, les historiens nous apprennent que notre pays fut le lieu ou des citoyens épris de justice portèrent secours à ceux voués à une mort certaine. Je suis fier de cette Suisse, celle du président du Synode de l'Eglise réformée de Zurich, qui en septembre 1943 dénonçait publiquement le refus d'accueillir des réfugiés juifs.

Aussi celle qui a su reconnaître ses erreurs comme le fit Kaspar Villiger en 1995 au nom du Conseil fédéral. Celle enfin dont les parlementaires votèrent en 2003 la Commission de réhabilitation annulant les condamnations prononcées contre ceux qui portèrent secours aux persécutés pendant la guerre. Près de septante ans après les faits, j'aspire à garder l'image de cette Suisse digne, prête à regarder la vérité en face.

De cette Suisse qui se donne les moyens encore et toujours de questionner cette page sombre de son passé et pour laquelle elle insufflerait une dynamique nouvelle offrant aux historiens et chercheurs de poursuivre un travail ô combien nécessaire. Ce débat est utile s'il permet enfin à nos enfants d'apprendre l'histoire telle qu'elle a été et non telle que certains auraient voulu qu'elle fût.

Johanne Gurfinkiel, Secrétaire générale de la CICAD, invité de la Tribune de Genève du 1er mai 2013

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