Jun

28

2006

Célébration de la Déclaration Nostra Aetate: la presse en parle

Il y a quarante ans, le Concile Vatican II promulguait la Déclaration Nostra Aetate, ouvrant la voie au dialogue entre l'Eglise catholique romaine et les Juifs. Cet anniversaire a été célébré jeudi soir à Genève.

 

Plusieurs personnalités catholiques et juives ont pris part à la célébration organisée par la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (CICAD). Parmi elles, les cardinaux Georges-Marie Cottier et Jean-Marie Lustiger, l'évêque de Coire Amédée Grab, le rabbin François Garaï et le président de la Fédération suisse des communautés israélites Alfred Donath.

 

Promulguée le 28 octobre 1965 par le pape Paul VI, et consacrée aux religions non chrétiennes, la Déclaration conciliaire commençant par «Nostra aetate»(«A notre époque»en latin) déplorait les persécutions contre les Juifs à toutes les époques. Elle abandonnait la vieille accusation consistant à dire que les Juifs étaient coupables de déicide pour avoir mis à mort Jésus.

 

Ce texte courageux et audacieux pour l'époque a permis le développement de relations nouvelles entre catholiques et Juifs, a affirmé Philippe Grumbach, président de la CICAD. En célébrant ses 40 ans, l'association romande de lutte contre l'antisémitisme a voulu rendre hommage à ceux qui ont rendu possible l'abandon de «l'enseignement du mépris».

 

«Nous nous devions de commémorer cet événement, explique Philippe Grumbach, président de la CICAD. Notre organisation a pour vocation essentielle de lutter contre l'antisémitisme et l'intolérance. Or, Nostra Aetate a marqué le moment où l'Eglise catholique a abandonné l'enseignement du mépris pour celui du respect. Et cette déclaration n'a pas été un aboutissement mais l'amorce d'un réel dialogue.»

 

François Garaï, rabbin de la communauté israélite libérale de Genève, a souligné l'importance de poursuivre le dialogue pour une meilleure compréhension réciproque. Juifs et chrétiens peuvent cheminer côte à côte sans perdre leur identité. Mgr Amédée Grab a remercié les personnes qui ont oeuvré à renouveler l'enseignement chrétien au sujet du peuple juif et à le faire mieux connaître.

 

Des remerciements ont également été adressés aux papes des dernières décennies, depuis Jean XXIII qui a fait preuve d'ouverture. Plus tard, Jean Paul II a également contribué au rapprochement, notamment par ses visites à la synagogue de Rome en 1986 et en Israël en 2000. Benoît XVI s'inscrit dans cette même lignée, d'après Philippe Grumbach. Il s'est ainsi rendu à la synagogue de Cologne en août dernier.

 

Amédée Grab, président de la Conférence des évêques suisses, a rappelé la définition catholique de l'antisémitisme: «Un péché contre Dieu et l'humanité».

 

Alfred Donath, président de la Fédération des communautés israélites de Suisses, a tracé les étapes du dialogue amorcé dès 1947 à la conférence de Seelisberg, où il fallait dépasser «réticences, inertie et méfiances».

 

Quant à Pascal Couchepin, il s'est souvenu du plaisir que lui a fait la promulgation de Nostra Aetate et a souligné combien les discriminations religieuses étaient source de blessures. «Le respect est une fleur fragile, qui doit être constamment entretenue», a plaidé le Conseiller fédéral. «Il est facile de détruire, mais très difficile de reconstruire. Il faut accepter qu'une réconciliation prend du temps.»

 

Au-delà des satisfecit, on a aussi rappelé le chemin restant à parcourir. Le grand rabbin Guedj a évoqué les restes de la théologie de substitution, où l'Eglise se prend trop souvent pour le véritable Israël. En écho, le cardinal Jean-Marie Lustiger lui répondait sur deux manières de cheminer vers le Règne, que juifs et chrétiens appellent, ainsi que l'urgence d'offrir ensemble à un monde chaotique les commandements de Dieu, destinés à toute l'humanité. Une étape de plus dans un dialogue apparemment irréversible.

 

De son côté, le rabbin Garaï n'a pas compris les propos de l'actuel pape lors de sa récente visite à Auschwitz en mai. Benoît XVI avait attribué la responsabilité des horreurs nazies à un «groupe de criminels». «Il reste des zones d'ombre et d'incompréhension entre la Synagogue et l'Eglise», estime le rabbin. D'où l'importance de poursuivre et de renforcer le dialogue entre les deux religions.

 

rsr.ch, tsr.ch- jeudi 29 juin 2006; 24 Heures, Tribune de Genève, Le Nouvelliste, La Liberté, Le Courrier, Le Temps, APIC - vendredi 30 juin 2006; Echo Magazine - jeudi 6 juillet 2006; Tachles - vendredi 7 juillet 2006; Revue Juive - vendredi 21 juillet 2006

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