Rapport sur l'antisémitisme en Suisse romande 2006

Le rapport de la CICAD sur la situation de l'antisémitisme en Suisse romande, pour l'année 2006 a été publié pour la troisième année consécutive.

 

Qu'en est-il donc pour l'année écoulée ?

Les actes antisémites recensés en Suisse romande sont en légère baisse. La CICAD en a dénombré 67 l'an dernier, contre 75 en 2005.

 

Comment s'explique ce recul ?

Interviewé par le Matin dimanche, Johanne Gurfinkiel, Secrétaire général précise : "Attention, les actes antisémites restent nombreux, mais cette faible décroissance de leur nombre par rapport à l'année dernière s'explique par la diminution des tracts négationnistes distribués dans les boîtes aux lettres. Et peut-être parce que nous avons pu mettre en place un certain nombre de projets éducatifs et pédagogiques.

 

Pour l'association, l'expression d'hostilité à l'égard des Juifs trouve principalement son origine dans le conflit entre Israël et le Hezbollah de l'été 2006. Ce conflit a poussé à un regain d'antisémitisme, a encore expliqué à l'AP Johanne Gurfinkiel. Les médias ont ainsi publié durant l'été un certain nombre d'articles ou de courriers de lecteurs au contenu à tendance antisémite, recensés pour la première fois par la CICAD. Les auteurs négationnistes en revanche doivent faire preuve de davantage de discrétion en raison de l'arsenal législatif et des condamnations tombées ces dernières années contre certains d'entre eux. Hormis quelques tracts et courriers diffusés dans les boîtes aux lettres, la CICAD constate d'ailleurs un "recul certain" des thèses négationnistes.

 

L'association s'élève par ailleurs encore une fois contre la remise en cause de la norme pénale antiraciste que le conseiller fédéral UDC Christophe Blocher envisage de réviser et que son parti disait dans un communiqué vouloir "purement et simplement supprimer". La CICAD souligne que cette norme ne porte nullement atteinte à la liberté d'expression. Quoiqu'il en soit, le travail à accomplir reste important, estime la CICAD. Certains éléments d'information sont inquiétants. Elle rappelle que le rapport de juin 2006 sur le développement des attitudes misanthropes et de l'extrémisme de droite en Suisse, a révélé que l'antisémitisme touche 20% de la population suisse.

 

Johanne Gurfinkiel donne des exemples précis des actes antisémites les plus graves commis l'année passée, allant de l'agression verbale ou physique à la profanation. "En septembre, un individu a par exemple jeté une bouteille sur un groupe de jeunes parce que l'un d'entre eux portait une kippa. Et il l'a traité de «sale juif». Plus tôt dans l'année, en février, quelqu'un a tenté de lancer un sac rempli d'excréments dans une synagogue genevoise. Empêché d'entrer, il l'a alors jeté sur la stèle des déportés, devant la synagogue. Il y a aussi les insultes, les tags, etc. D'une manière générale, l'antisémitisme, comme toutes les formes de discriminations, dépend de l'actualité. Quand l'UDC mène campagne contre les musulmans, c'est contre eux que le racisme se cristallise. Et quand le conflit entre Israël et le Hezbollah fait les gros titres, l'antisémitisme augmente. On a pu le remarquer dans le courrier des lecteurs de plusieurs journaux".

 

Au vu de la situation, une question légitime se pose : les autorités politiques et judiciaires font-elles assez pour enrayer le phénomène?

"On ne fait jamais assez. Nous demandons simplement le respect de la loi. Quand un individu s'attaque à une personne, profane un cimetière ou une synagogue, on doit pouvoir s'attendre à ce que l'enquête soit poussée et aboutisse. Dans le cas du cimetière de La Tour-de-Peilz, personne n'a encore été interpellé pour la profanation", regrette Johanne Gurfinkiel.

 

Recommandations pour la lutte contre l’antisémitisme (page 21 du rapport)

• La lutte contre le racisme et l’antisémitisme doit se concevoir dans une approche d’éducation et de prévention.

 

Des initiatives restent à prendre dans les établissements scolaires afin de prévenir les phénomènes de racisme et d’antisémitisme, malheureusement trop souvent constatés.

 

• Nous préconisons de ne pas associer systématiquement la lutte contre le racisme et l’intégration des étrangers. Une telle association laisse penser que la problématique du racisme et de l’antisémitisme se rattache nécessairement à la question de l’intégration des étrangers.

 

Le racisme n’est pas uniquement lié à la politique d’intégration des étrangers, il touche des citoyens suisses, cibles d’attaques en raison de leur appartenance religieuse (par exemple : des Juifs sont installés en Suisse depuis le IIIe Siècle), de leur couleur de peau, etc.

 

• Il incombe à chacun de nos élus d’être vigilant face à chaque acte antisémite. Chaque acte est un coup porté aux valeurs que nous défendons tous.

 

• Les médias doivent faire montre de vigilance quant à la publication de certains textes ou courriers des lecteurs. La liberté d’expression n’autorise pas les opinions et amalgames antisémites.

 

 

TSR - vendredi 27 avril 2007, 24 Heures - vendredi 27 avril 2007, Le Temps - vendredi 27 avril 2007, Romandie - vendredi 27 avril 2007, Kaële Magazine - mai 2007

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