Rapport sur l'antisémitisme en Suisse romande 2010

Le nombre d’actes antisémites recensés pour l’année 2010 en Suisse romande est en diminution par rapport à 2009 tout en restant à un niveau inquiétant au vu de certains actes en relation avec l’actualité.

Dans le même temps, les expressions publiques de l’antisémitisme rassemblées dans la catégorie des actes préoccupants restent élevées. Un constat qui inquiète la CICAD et qui s’explique en partie par le développement et le manque de supervision des messages d’internautes qui profitent des outils de communication électroniques, tels que les blogs ou les commentaires de lecteurs, pour exprimer anonymement et en ligne leur antisémitisme.

Les manifestations d’antisémitisme sont le produit de deux facteurs : l’expression ressentie comme libre de la haine antisémite, et l’excitation découlant d’une actualité où les juifs sont sous les projecteurs des médias. Il s’agit principalement d’actes liés à l’actualité au Proche-Orient qui prennent la forme d’accusations collectives envers tous les Juifs, ainsi que d’actes issus de préjugés antisémites ancestraux qui refont surface en fonction des événements. La vigilance reste donc de mise.

Recommandations pour la lutte contre l’antisémitisme

• La lutte contre le racisme et l’antisémitisme doit se concevoir dans une approche d’éducation et de prévention. Des initiatives restent à prendre dans les établissements scolaires afin de prévenir les phénomènes de racisme et d’antisémitisme, malheureusement trop souvent constatés.

• Nous préconisons de ne pas associer systématiquement la lutte contre le racisme et l’intégration des étrangers. Une telle association laisse penser que la problématique du racisme et de l’antisémitisme se rattache nécessairement à la question de l’intégration des étrangers. Le racisme n’est pas uniquement lié à la politique d’intégration des étrangers, il touche des citoyens suisses, cibles d’attaques en raison de leur appartenance religieuse (rappelons que des Juifs sont installés en Suisse depuis le IIIe siècle), de leur couleur de peau, etc.

• Il incombe à chacun de nos élus d’être vigilants face à chaque acte antisémite. Chaque acte est un coup porté aux valeurs que nous défendons tous. Nous attendons de nos élus qu’ils prennent les initiatives qui s’imposent et dénoncent, de leur propre chef et avec force, toute atteinte à l’intégrité des personnes ou des biens.

• Les médias doivent faire montre de vigilance quant à la publication de certains textes ou courriers des lecteurs. La liberté d’expression n’autorise pas les opinions et amalgames antisémites. Les responsables des différentes rédactions doivent également se montrer attentifs à certains titres d’articles qui, se voulant sensationnels, pourraient déformer le contenu même de l’article.

• Il importe également de rejeter les amalgames et l’importation, en Suisse, du conflit israélopalestinien.

Il n’est pas admissible que des citoyens suisses soient tenus pour responsables des actes d’un Etat souverain étranger.

• Enfin, nous sommes en faveur de la mise en place de dispositions face au problème du port et de l’utilisation de signes adoptés par le nazisme et le fascisme tels que la Swastika (croix gammée). Le Conseil fédéral avait ouvert, en juillet 2009, une consultation sur une nouvelle disposition du code pénal prévoyant une peine d’amende pour l’utilisation et la diffusion publiques de symboles racistes. Il y a toutefois renoncé au mois de juin 2010. Il a, certes, souligné qu'il était important d'intensifier les campagnes de sensibilisation et de miser davantage sur l’éducation dans les écoles.

Son objectif est de mieux faire connaître les réalités historiques, les origines, la signification et les conséquences des idéologies et des mouvements racistes, ainsi que les dangers qu’ils représentent pour les Etats de droit. La CICAD regrette cependant qu’à ce jour le Conseil fédéral n’ait pas prévu de mesures concrètes allant dans ce sens.

Perspectives

Nous espérons que l’année 2011 verra se poursuivre la baisse des actes antisémites, bien que les premiers éléments déjà connus nous invitent à la prudence. Outre l’utilisation de plus en plus fréquente des plateformes interactives à des fins de propagande antisémite, des faits graves ont déjà été portés à notre connaissance.

Nous sommes également inquiets en constatant l’émergence de débats sur les pratiques et la liberté religieuses, contraires à l’esprit de tolérance et de respect qui prévaut dans notre pays. Il faut mentionner par ailleurs l’émergence de groupuscules nationalistes révolutionnaires sur le sol suisse. Se définissant comme des mouvements proposant une «troisième voie politique», ils effectuent un syncrétisme entre l’extrême droite des valeurs et l’extrême gauche du social tout en rejetant le capitalisme libéral et le communisme égalitariste. «Leur Antisémitisme n’est pas d’ordre biologique ou religieux mais conspirationniste et politique. Le juif est perçu tel l’agent du cosmopolitisme - qui empêche l’édification du socialisme national - et du sionisme, qui vise à régenter le monde avec l’appui des Etats-Unis via le processus de mondialisation1». Cet antisémitisme et cet antisionisme poussent les nationalistes révolutionnaires à soutenir les théoriciens du négationnisme de la Shoah ainsi qu’à adopter des thèses conspirationnistes.

 

Télécharger la synthèse du rapport sur la situation de l'antisémitisme en Suisse romande en 2010.

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