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Enregistrements illégaux. L'Etat pourrait porter plainte contre Chloé Frammery


Jeudi 8 décembre 2022 - 13:48

L'enseignante coronasceptique, récemment licenciée du DlP, a publié la bande-son d'un entretien avec l'Office de l'emploi.

La bande, qui dure près de six minutes, a été diffusée jeudi par le biais du canal «officiel» de Chloé Frammery sur la messagerie Telegram. Cet espace virtuel dédié à la «réinformation» est suivi par plus de 15'000 personnes. On y discute crise sanitaire et « atteintes aux droits fondamentaux» ainsi que géopolitique, avec un prisme prorusse les « manipulations des médias» y sont allégrement dénoncées.

L'extrait audio partagé débute lors de l'arrivée de la militante dans les bureaux de l'Office cantonal de l'emploi (OCE). Ce rendez-vous faisait suite à son récent licenciement par le Département de l'instruction publique (DIP). Le temps d'une enquête administrative, l'ex-enseignante en mathématiques avait été suspendue pendant près d'un an. Un recours contre son renvoi est cependant en cours.

«Nous avons été informés jeudi après-midi de ces faits», nous a confirmé l'Office cantonal de l'emploi (OCE), qui ajoute avoir «immédiatement tenté de joindre madame Frammery pour qu'elle retire son enregistrement manifestement illégal». Si le fichier était toujours disponible vendredi, il a été effacé durant le week-end. Selon nos informations l’OCE envisagerait de porter plainte contre la chômeuse.

Si le contenu de l'enregistrement comporte peu d'intérêt sur le fond, il reste contraire au droit suisse, qui interdit tout enregistrement d'une conversation non publique sans le consentement des autres interlocuteurs.

Discussion sur le Covid

L'employée de l'OCE ne semble pas connaître le parcours de cette égérie des opposants aux mesures sanitaires. Les échanges diffusés démarrent d'ailleurs immédiatement sur le thème du coronavirus, car la fonctionnaire propose de maintenir les distances, évoquant «pas mal de cas de Covid». Une aubaine pour Chloé Frammery, qui rebondit sur le sujet : «Il y a surtout des cas à la télévision, moi je n'en vois pas.» La conseillère évoque des collègues malades. Là en­core, l'occasion est saisie: «Ils sont vaccinés, non?» demande l'ex-enseignante.

Suit un échange sur le fait que les personnes vaccinées peuvent également être infectées. «Donc ce n'est pas très utile, finalement, ce vaccin», lance encore Chloé Frammery. Finalement, l'employée de l'OCE coupe court au sujet par un «anyway» (ndlr: «bref») et ouvre la discussion sur sa situation professionnelle en lui demandant de revenir sur les raisons de son renvoi du DIP.

Une éventuelle plainte contre Chloé Frammery ne serait pas une première dans le milieu coronasceptique genevois. La « Tribune de Genève» a appris que la blogueuse Ema Krusi, autre figure locale de la mouvance antimesures sanitaires, a été poursuivie par le Ministère public pour une raison similaire. Son tort: avoir diffusé une vidéo d'une conversation téléphonique sur Facebook et son site personnel.

Amende pour Erna Krusi. Ses interlocuteurs étaient deux employés de la cellule Covid du Service du médecin cantonal, qui ont porté plainte. Selon l'ordonnance pénale que nous avons consultée, Ema Krusi a assuré ne pas avoir eu conscience de commettre une infraction en enregistrant une conversation «découlant d'un service public». Contactée, la commerçante nous a expliqué avoir agi de la sorte afin de documenter «la réponse officielle donnée par une autorité sanitaire quant à la prise en compte ou non de l’immunité naturelle acquise pour l'obtention d'un pass sanitaire».

Ema Krusi a retiré les enregistrements litigieux dès réception du courrier la sommant de le faire. Elle nous a annoncé s'être opposée à sa condamnation initiale pour «enregistrement non autorisé de conversation» qui lui a valu à l'origine une amende de 960 francs assortie d'une peine avec sursis de 60 jours-amende à 80 francs.

 

Source : La tribune de Genève, 22 août 2022