Les persécutions nazies(1933-1939)

La politique d'Hitler envers les Juifs, inspirée par un antisémitisme obsessionnel, s'est durcie au cours des années, en s'orientant dans deux directions : ségrégation et expulsion.

 

La persécution s'exprime d'abord par des mesures discriminatoires sur le plan professionnel. Si les tentatives de boycott des commerçants et des industriels juifs échouent, les Juifs se voient peu à peu chassés de la fonction publique, de la justice, de l'enseignement, des professions libérales, de l'armée, des métiers de la culture, et un quota limite leur admission dans les écoles et les universités.

 

La séparation biologique entre Juifs et aryens vient ensuite : au nom de la pureté de la race, les lois de Nuremberg sont promulguées en 1935, "pour la protection du sang et de l'honneur allemands." Désormais, les mariages entre Juifs et non-Juifs sont interdits, les Juifs perdent leur citoyenneté et sont réduits au statut de ressortissants de seconde zone. Sont déclarées juives toutes les personnes ayant soit trois grands-parents juifs, soit deux grands-parents si cette personne est elle-même juive ou mariée à un conjoint juif. La discrimination devient juridique, sociale et politique; les brimades et intimidations sont quotidiennes.

 

L'autre voie officielle de la persécution passe par l'expulsion. A partir de 1933, de nombreux Juifs fuient d'eux-mêmes, mais beaucoup, attachés à leur pays, refusent d'émigrer. Avec l'annexion de l'Autriche en 1938, le régime se radicalise et prône une émigration massive des Juifs hors du Reich. Jusqu'au début de la guerre, les nazis voient dans le départ forcé le moyen d'éliminer les Juifs et de purifier l'Allemagne en en faisant une nation "judenrein" ("épurée de ses Juifs").

 

Parallèlement, la persécution devient plus brutale : arrestations, envois en camps de concentration pour comportement "antisocial" et "criminel" (les camps de Dachau, Oranienburg-Sachsenhausen, Buchenwald, Ravensbrück et Mauthausen existent déjà), accélération de l'aryanisation des entreprises (expropriation), apposition d'un tampon avec la lettre J sur les passeports, exclusion des théâtres et salles de concert : les Juifs sont traités comme des parias dans leur propre pays.

 

Le point culminant est atteint avec le grand pogrom* organisé sur tout le territoire du Reich dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 et appelé "nuit de cristal" ("Kristallnacht") en raison de la quantité de verre brisé des vitrines et fenêtres. Synagogues incendiées, magasins pillés, des milliers de Juifs agressés, arrêtés, envoyés dans des camps, 91 morts, ainsi qu'une amende d'un milliard de marks imposée aux Juifs pour avoir provoqué "la juste colère du peuple allemand".

 

La vague d'émigration s'enfle, même si les portes de la plupart des pays du monde restent fermées aux Juifs. Les responsables nazis rêvent d'expulser les Juifs vers des contrées lointaines, comme Madagascar. Mais la déclaration de guerre va bouleverser les plans, d'autant que la conquête de la Pologne place sous domination allemande plus de deux millions de Juifs supplémentaires. Comme l'écrit Goebbels dans son journal, "la guerre nous offre toutes sortes de possibilités que la paix nous refusait."

 

 

Saül FRIEDLÄNDER : L'Allemagne nazie et les Juifs, 1933-1939, Paris, Seuil, 1997.
Léon POLIAKOV : Bréviaire de la haine, Paris, Presses Pocket, 1951.

CICAD en action

  • 180 participants à la 17e journée d’études d’Auschwitz-Birkenau organisée par la CICAD

    Mercredi 23 novembre 2016, élèves et enseignants ont durant une journée organisée par la CICAD, vu et entendu le vécu concentrationnaire de millions de victimes. Ce voyage annuel, fruit d’un partenariat avec les départements d’instruction publique romands depuis plusieurs années, est une journée riche en enseignements qui rappelle à chacun qu’il faut rester vigilant face à l’antisémitisme.