La négation de la Shoah

La négation de la Shoah, ou négationnisme, est la forme la plus récente de l'antisémitisme. Ses militants affirment que la Shoah est un mensonge inventé par les Juifs afin d'obtenir des compensations financières de l'Allemagne et des gains politiques (la création de l'Etat d'Israël). Derrière cette idée se profilent des clichés antisémites très anciens, tels que le complot juif mondial*, le goût des Juifs pour l'argent*, leur influence politique et médiatique.

 

Le négationnisme n'a rien à voir avec de la recherche historique comme il le prétend. Il ne s'agit pas d'une "autre version de l'histoire", mais bien d'une idéologie foncièrement antisémite, basée sur la falsification et la diffamation, qui cherche à se parer des plumes respectables de l'université. Ses propagateurs se baptisent "révisionnistes", terme ambigu auquel il faut préférer celui de "négationnistes", qui reflète mieux leur idéologie.

 

Les négationnistes affirment que Hitler n'a jamais voulu anéantir les Juifs mais simplement les déplacer vers l'est. Il n'y a d'ailleurs pas d'ordre écrit de la main de Hitler appelant à la destruction systématique des Juifs. D'autre part, il n'y aurait, selon eux, aucune preuve que les chambres à gaz ont existé, puisque les camps ont été détruits à la fin de la guerre (les nazis cherchaient justement à effacer toute trace de leurs crimes).

 

A l'origine de cette idéologie, on trouve des Français qui ont gardé la nostalgie du IIIe Reich et une haine à l'égard des Alliés (p. ex. l'écrivain Maurice Bardèche).

 

Le "père" du négationnisme est Paul Rassinier (1906-1967), ancien communiste et ancien déporté à Dora, d'où il revient avec une vision inversée des rôles : les victimes de la guerre sont les Allemands, les coupables sont les Juifs, responsables du conflit mondial. Rassinier n'a pas vu de chambres à gaz et affirme donc qu'il n'y en avait pas. C'est sur cette base que se construit la méthode des négationnistes : ils considèrent tout témoignage juif comme un mensonge, ils ignorent tout document antérieur à la Libération, les documents nazis sont, à leurs yeux, fabriqués, les témoignages de nazis ont été obtenus sous la torture. Le reste est ignoré, falsifié, sorti de son contexte ou rapidement évacué. Sous le couvert de dénoncer un mensonge, les négationnistes font l'apologie du IIIe Reich tout en rêvant à sa restauration.

 

Jusqu'à la fin des années 70, le négationnisme est resté confiné à une secte confidentielle. Ensuite, il cherche à élargir son audience, notamment par le biais du scandale. On le voit ainsi tenter de s'infiltrer dans les médias (lettres de lecteur, communiqués de presse, éclats publics), dans les universités et les écoles (thèse d'Henri Roques, cours de Mariette Paschoud à Lausanne, publicités dans les journaux universitaires américains), dans les forums publics (conférences, manifestations), dans les milieux politiques (l'extrême-droite s'en inspire).

 

Le négationnisme se banalise et marque des points à cause de la crise des valeurs actuelles (incroyance, relativisme), de la critique de l'attitude de certains pays pendant la Deuxième Guerre mondiale (notamment la France et la Suisse), de l'éloignement temporel des événements et de la disparition progressive des témoins de la Shoah. Il est renforcé par la légitimation de partis comme le Front National et par le déclin de la mémoire antifasciste.

 

S'il est le fruit d'esprits nés avant la guerre, le négationnisme trouve aujourd'hui un écho auprès des jeunes générations dont le manque de connaissances est un terrain fertile pour la diffusion de tels arguments. D'autre part, les négationnistes constituent un réseau international militant et très étendu, des Etats-Unis à l'Europe, en passant par les pays arabes, le Japon, l'Australie et l'Amérique latine. Les échanges, invitations, publicités et relais sont nombreux.

 

En Suisse, les négationnistes sont très actifs : ils publient livres et revues, et tentent d'infiltrer les forums publics. Depuis 1995, l'article 261bis du Code Pénal permet de les poursuivre en justice. Plusieurs procès sont en attente d'une jurisprudence définitive.

 

 

 

Florent BRAYARD : Comment l'idée vint à M. Rassinier, Paris, Fayard, 1996.
Négationnistes : les chiffonniers de l'histoire, collectif, Lyon/Paris, Golias/Syllepse, 1997.

CICAD en action

  • Plus de 20 ans d’actions

    La CICAD se préoccupe des menaces qui pèsent sur les Communautés juives. Prévenir, conseiller et agir : 3 mots d’ordre contre un même fléau.