Jan

27

2008

Soirée CICAD: August Bohny, un «Juste» que la Suisse va honorer

Cinq cents personnes sur invitation de la CICAD sont attendues, ce soir, au Collège André Chavanne pour rendre hommage aux Justes suisses, en présence du Président de la ConfédérationPascal Couchepin, le Conseiller Charles Beeret l'un des rares Justes encore en vie ayant accepté de prendre la parole, l'ancien instituteur bâlois August Bohny.

 

C'est un vieux monsieur à la chevelure de neige qui vit dans un quartier résidentiel de Bâle, entouré des peintures de sa femme.

 

En France, August Bohnya son nom inscrit au Panthéon. Mais bon. Lorsqu'on évoque les centaines d'enfants qu'il a sauvés pendant la guerre, l'homme dit: «On n'était pas des héros. On a vécu, c'est tout

 

«August Bohny est un «Juste parmi les nations», estimeYad Vashem. Pour le comité, qui remet la glorieuse médaille, l'homme qui a risqué sa vie durant quatre ans en accueillant des petits juifs dans des maisons d'enfants près de Toulouse (F) mérite tous les honneurs.

 

Comme pour une soixantaine d'autres «Justes» suisses, un hommage sera rendu, ce soir, à cet ancien civiliste de la Croix-Rouge, à l'occasion de la journée nationale de l'Holocauste et dans le cadre d'une grande soirée organisée par la CICAD.

 

Même s'il a accepté de témoigner, August Bohnyhausse les épaules, parle de «chichis». «Qu'ils soient juifs ou Français, ces enfants avaient besoin d'être protégés

 

Un citoyen ordinaire
Ne cherchez pas en lui un «Juste type». Cela n'existe pas. Le Bâlois né en 1919 est un citoyen ordinaire. Fils d'un conducteur de tram et d'une femme généreuse. Des parents engagés dans l'entraide à leur prochain, qui lui ont transmis un «don»: celui de «faire ce qui est nécessaire avec son coeur». S'il est un message qu'il voudrait faire passer à la jeunesse d'aujourd'hui, c'est celui-là.

 

Une doctrine qu'il appliquera très tôt: à peine terminés son service militaire et sa formation d'enseignant, cet éternel optimiste s'engage en mars 1941 à la Croix-Rouge comme civiliste volontaire pour effectuer du travail de secours aux enfants. Il partira en France, désireux d'honorer son pays autrement qu'une arme à la main. C'était un jeudi, il s'en souvient précisément, comme il se rappelle le moment exact où il a rencontré celle qui allait devenir sa femme: minuit moins le quart, le 30 avril de la même année.

 

Friedel était infirmière et venait de sauver un convoi de 62 jeunes du camp de Rivesaltes (région du Languedoc-Roussillon). Ils s'aimeront en se battant ensemble pour sauver des enfants, collaborant en douce avec les responsables des camps.

En septembre, August descend à Chambon-sur-Lignon, (Auvergne), où il ouvre une première maison. Seize adolescents sortis du camp de Gurs (Pyrénées-Atlantiques) y sont accueillis.

Une autre maison s'ouvre, puis une troisième, ainsi qu'un atelier et une ferme école. Au total, quelque 800 enfants (beaucoup de petits Français sous-alimentés), dont 120 juifs, y trouveront refuge.

 

Lorsqu'on évoque les risques encourus par ceux qui cachaient des juifs, August Bohny répond: «Ça allait.» Puis il raconte ce jour où les gendarmes de Vichy sont venus dans sa maison chercher 72 juifs «manquants». «Vous cachez des enfants», ont-ils dit en apercevant douze petits endormis dans la salle à manger.

 

Forts de ce constat, «je les ai baratinés, et ils sont partis au village pour appeler la préfecture, explique August Bohny. Lorsqu'ils sont revenus, j'ai dit: «Je regrette, ils ne sont plus là.» Tous les gens du village m'avaient aidé et les avaient accueillis dans des fermes pour les cacher. J'avais préparé mes bagages. Je pensais que les gendarmes allaient m'emmener.»Ils ne l'ont pas fait.

 

Début 1945, une fois revenu en Suisse, il contribuera encore à la libération de 300 enfants du camp de Buchenwald (D), qui seront pris en charge sur sol helvète. Que pense-t-il de cette Suisse qui ne les aurait pas accueillis sans son intervention? August Bohny ne veut pas juger. Il dit seulement: «Il ne fallait pas perdre la face devant l'Allemagne.»

 

Dans l'appartement de Bâle où Friedel la «Juste» s'est éteinte paisiblement à presque 90 ans, August Bohny cultive désormais ses souvenirs. Le plus vivant d'entre eux a quelque 80 ans, et s'est installé dans la région. Il s'agit d'une femme sauvée par son épouse en France alors qu'elle n'avait que 10 ans. «On a de très bons contacts», lâche August dans un sourire. «C'est le destin.»

 

À lire

L'ouvrage de l'historien François Wisard, «Les Justes suisses», sera distribué dans toutes les écoles romandes.

Source : Le Matin - dimanche 27 janvier 2008