Il traque l'antisémitisme

En 2010, plus d'une centaine d'actes antisémites ont été recensés en Suisse romande. Un peu moins qu'en 2009. Mais pour Johanne Gurfinkiel, c'est encore beaucoup trop. Depuis huit ans, le secrétaire général de la Coordination internationale contre l'antisémitisme et la diffamation (CICAD) s'investit à fond pour recenser et dénoncer les agressions commises à l'égard des juifs dans la région. Une motivation encore intacte aujourd'hui, malgré les épreuves traversées tout au long de son parcours militant.

 

 

Dès son adolescence, vécue en banlieue parisienne, Johanne Gurfinkiel ressent l'envie de se dresser contre les attaques, verbales ou physiques, faites aux juifs. «Cette fibre m'est apparue quand j'avais 14 ou 15 ans, raconte-t-il. J'ai très rapidement intégré des associations d'étudiants juifs.» Un besoin qu'il explique notamment par son histoire personnelle. «La plupart des membres de ma famille ont été déportés dans des camps. Nombre d'entre eux ont péri à Auschwitz. Ces événements n'entretiennent pas mon quotidien, mais ils ont nourri chez moi cette force de la mémoire, l'envie de la transmettre.» Les petites insultes échangées entre gamins, «sale juif» et autres noms d'oiseaux, forgent aussi sa détermination. «J'ai eu envie d'apporter ma pierre à l'édifice, de lier mon engagement dans la lutte contre le racisme et l'antisémitisme à mon activité professionnelle.»

 

 

Changement de cap

Parallèlement à son militantisme bénévole. Johanne Gurfinkiel entame des études de marketing et de communication. Engagé chez Bolloré, au département énergie, il décide de changer de voie au milieu des années 90. Son combat contre l'antisémitisme devient alors professionnel. «Mon employeur de l'époque n'a pas vraiment compris mon choix, mais l'a accepté. Ce changement de carrière a finalement été assez facile.» Johanne Gurfinkiel est d'abord nommé directeur du B'nai B'rith France, organisation caritative juive, puis directeur Rhône-Alpes du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).

 

 

Il y a huit ans, le militant est contacté par la CICAD, qu'il rejoint en tant que secrétaire général. «J'ai été vraiment impressionné par cette équipe, la qualité de son comité. C'est crucial : travailler dans le milieu associatif n'est en effet pas toujours évident, puisque la plupart des gens sont bénévoles.» Installé à Genève, Johanne Gurfinkiel met la main à la pâte. Dénonciations, manifestations, expositions: «Mes journées de travail à la CICAD tournent facilement autour des douze heures, souvent plus. J'ai de moins en moins de temps pour avoir de véritables hobbies», raconte ce passionné de politique.

 

 

Moments forts

Au fil des ans passés à Genève, plusieurs moments forts se succèdent. Des bons, comme la rencontre avec le cardinal Lustiger en 2006, lors d'une manifestation organisée par la CICAD. «Un moment incroyable !» D'autres souvenirs sont en revanche plus pénibles, comme l'incendie de la synagogue de Malagnou en 2007. Face à ces actes graves, comment ne pas se décourager? «Il est vrai que j'en rage à chaque fois que je découvre un cas d'antisémitisme. Mais aussi lorsque certains, s'adressant à des citoyens suisses de confession juive, n'hésitent pas à lancer un: «dans votre pays» (ndlr: Israël), donnant le sentiment qu'ils ne seraient pas suisses mais étrangers. Ma motivation est néanmoins toujours plus forte. Chaque victoire est un pas de plus.»

 

 

Que répondre à ceux qui estiment que la CICAD en fait trop? «Ces personnes ont simplement une méconnaissance du sujet: chaque année, des événements graves se produisent. Les dénoncer est notre responsabilité collective. Il faut arrêter de se cacher derrière cette réponse facile: «Vous leur faites de la publicité.» Ces actes ont lieu, que l'on en parle ou pas. Mais il y a encore aujourd'hui un manque d'initiative de la part de la société civile, des autorités, de certains partis. La CICAD peut apporter un petit plus. Mais il faut aller au-delà. Et cela ne peut s'envisager que par le travail collectif.»

 

 

Source : Chloé Dethurens, La Tribune de Genève – Mardi 3 mai 2011

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