La diversité géographique des traditions juives

 

Diaspora

Ce mot grec, qui signifie « dispersion », décrit la situation d’exil forcé du peuple juif au cours des siècles, à partir de l’an 70. Chassé par des décrets antisémites, menacé d’anéantissement, déporté vers des pays étrangers, le peuple juif a subi nombreux exils, déracinements, déplacements forcés. A chaque nouvelle installation, les communautés ont adopté des langues, des habitudes culinaires, des goûts esthétiques et culturels directement influencés par leur environnement immédiat. Ils les ont plus ou moins modifiées selon les obligations juives, par exemple en ce qui concerne les recettes de cuisine dépendantes de la cacheroute.

 

 

Langues juives

Au cours de leur exil en diaspora, les Juifs ont adopté les langues des pays où ils se sont installés, en les adaptant parfois à leurs besoins : ils ont ajouté des mots ou des formes empruntées à l’hébreu et à l’araméen et écrivent certaines langues en caractères hébraïques. Parmi ces langues juives, qui se distinguent des langues locales dont elles sont issues, citons le yiddish (judéo-allemand), le ladino (judéo-espagnol), le judéo-arabe. Ces trois langues principales ont suivi leurs locuteurs au fil des migrations, le yiddish en Europe orientale, le ladino dans les Balkans, en s’enrichissant de nouveaux termes empruntés aux langues locales – le polonais, le turc, etc. D’autres langues juives sont restées géographiquement limitées : le judéo-grec, le judéo-perse, le judéo-provençal, le judéo-italien. Les migrations et l’assimilation ont contribué au déclin et à la quasi disparition de ces langues. Aujourd’hui, l’hébreu est la langue du peuple juif, sa langue de prière et la langue officielle de l’Etat d’Israël.

 

Les Ashkénazes

Les communautés ashkénazes sont initialement implantées dans le nord-est de la France, dans les Flandres et en Rhénanie. Mais les persécutions et les migrations les poussent jusqu’en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, au nord de l’Italie et ensuite à toute l’Europe centrale et orientale, ainsi qu’aux Amériques. Actuellement, environ 70% du judaïsme mondial est ashkénaze.

 

Il a développé une culture spécifique, sur le plan linguistique (avec le yiddish, voir les langues juives), mais aussi sur le plan culturel (musique, poésie), intellectuel et rituel. C’est dans l’aire culturelle ashkénaze que sont nés et se sont développés les divers courants du judaïsme : hassidisme (voir ultra-orthodoxie*), judaïsme réformé et l’orthodoxie moderne. Parmi les grands penseurs ashkénazes, on peut citer Abraham Kook, Abraham Heschel, Leo Baeck, Emmanuel Levinas, entre autres.

 

 

Les Séfarades

En hébreu, « Sefarad » désigne la péninsule ibérique (Espagne et Portugal actuels). Les Séfarades étaient implantés depuis des siècles dans cette région jusqu’à leur expulsion par les rois catholiques en 1492. Ils se sont exilés dans l’Empire Ottoman (Turquie, Grèce, Yougoslavie, Bulgarie actuelles), mais également dans de grandes villes européennes, marocaines et américaines. Ils ont continué à développer leur culture spécifique (musique, folklore, cuisine, poésie) dans la langue judéo-espagnole, un espagnol médiéval mêlé de termes empruntés à l’hébreu, au turc, au grec ou au français. Le judaïsme séfarade compte de grands penseurs et rabbins, tels que Maimonide, Nahmanide, Joseph Karo, Salomon Ibn Gabirol, Juda Halevi. Aujourd’hui, en raison de contacts culturels et d’affinités rituelles, mais aussi par abus de langage, le terme « séfarade » tend à identifier presque toutes les communautés qui ne sont pas ashkénazes*, malgré le fait qu’il existe peu de points communs entre le folklore développé en langue espagnole et celui issu de la sphère arabe, éthiopienne ou extrême-orientale, ni même entre leurs histoires respectives. Toutes origines confondues, les Séfarades représentent 30% de la population juive mondiale.

 

 

Les Juifs romaniotes

Les Juifs romaniotes ou byzantins se sont installés en Grèce dès le premier siècle de l’ère commune, après la chute du Temple de Jérusalem et l’exil imposé par les Romains. Ils y ont développé une culture propre, de langue grecque, et ont maintenu leurs spécificités malgré l’arrivée massive de Séfarades* expulsés d’Espagne en 1492. Aujourd’hui, il ne reste que trois communautés romaniotes actives : à Janina (Grèce), à Jérusalem (Israël) et à New York (Etats-Unis).

 

 

Les Juifs orientaux

Les Juifs orientaux proviennent des pays arabes (Maghreb, Liban, Syrie, Irak, etc.), où ils ont développé un dialecte judéo-arabe et une culture spécifique (musique, cuisine, rituels familiaux). Ils ont gagné une influence croissante dans certaines communautés juives, notamment en France et en Israël, où leur arrivée massive dans les années 60 a changé la démographie de ces communautés. Aujourd’hui, on a tendance à inclure les Juifs orientaux dans l’appellation « séfarades », par simplification, bien qu’ils maintiennent une culture bien distincte de leurs cousins hispanophones.

 

 

Les Juifs d’Ethiopie

Des Juifs ont vécu en Ethiopie depuis l’Antiquité, ils s’appellent « Betha Israël » (maison d’Israël). Ils ont été coupés des différents courants du judaïsme pendant de siècles. Ainsi, ils ne connaissent pas le Talmud et ne se basent que sur la Torah et quelques autres livres. Ils observent strictement les Commandements, notamment en ce qui concerne le Chabbat, la cacheroute et les fêtes. Avant 1984, seuls 8000 Juifs éthiopiens vivaient en Israël, jusqu’à l’organisation d’un pont aérien en 1985 qui permit à plusieurs milliers d’entre eux d’échapper à la famine et de s’installer en Israël. Ils sont aujourd’hui plus de 30’000 à y vivre.

 

 

Les Juifs américains

La communauté juive américaine est la plus nombreuse du monde, avec 5,7 millions de personnes environ. C’est le résultat d’importantes migrations de l’Europe vers l’Amérique à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Aujourd’hui, 80% des Juifs américains sont nés aux Etats-Unis. Ils sont majoritairement ashkénazes et proches des courants libéraux. A l’image de la société américaine, la communauté juive est une mosaïque ethnique, rituelle et spirituelle.

 

 

Les Juifs israéliens

A l’image de la société israélienne, le judaïsme reflète une grande diversité ethnique : chaque communauté a maintenu ses rites, ses coutumes et son folklore propres. Il existe une double autorité rabbinique, l’une ashkénaze, l’autre séfarade, représentée par deux grands rabbins d’Israël, tous deux orthodoxes. Tous les courants du judaïsme, de l’ultra-orthodoxie au mouvement libéral, sont présents.

 

Il ne faut pas confondre « israélien » (citoyen de l’Etat d’Israël, qui peut être juif, musulman ou chrétien) et « israélite » (terme ancien qui signifie « juif », et qui s’applique donc à toute personne de religion juive, quelle que soit sa nationalité).

 

 

Démographie

Il y a aujourd’hui environ 13,5 millions de Juifs dans le monde. La communauté la plus importante est celle des Etats-Unis (5,7 millions), suivie d’Israël (5 millions), de la France (600’000), du Canada (365’000), de la Grande-Bretagne (300’000) et de la Russie (300’000). On trouve également des communautés très importantes en Angleterre, en Argentine, en Ukraine, en Australie et en Allemagne. En Suisse, il y a 18’000 Juifs, répartis essentiellement dans les villes (Zurich, Genève, Bâle, Lausanne, Berne, etc.) 

 

Préface

Brève histoire du peuple juif jusqu’à l’exil de l’an 70

Les principes fondateurs du judaïsme

Les livres fondamentaux du judaïsme

Les fêtes juives

Les commandements et les prières

Les différentes tendances du judaïsme aujourd'hui

Brève histoire du judaïsme suisse

"Pourquoi je suis juif" par Edmond Fleg

Où va l'humour juif?

Bibliographie

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