1945 : Amère fin de guerre

La Suisse fête la fin du conflit, mais les Alliés réclament des comptes.La capitulation des forces allemandes est signée le 7 mai 1945. A Lausanne, dès la nuit tombée, les édifices publics s'illuminent et nombreux sont les habitants à se rendre dans les églises de la ville. Le lendemain, on trouve ce commentaire dans la Feuille d'Avis de Lausanne «Ce sentiment de soulagement n’avait point un caractère égoïste, on pensait à tous les peuples qui avaient souffert, qui avaient été brimés, asservis et pour qui l’heurede la libération était enfin venue. »

Et le général Guisan de déclarer: « Sans armée, nous aurions été exposés à souffrir les misères qui nous furent évitées ; la guerre, l'occupation, la destruction, la captivité et la déportation.»

 

La paix qui se profile ne soulève pourtant pas l'enthousiasme. Car, si la Suisse fait figure de miraculée, elIe se retrouve isolée face à des Alliésqui lui demandent comptes. Et elle a des choses à se reprocher. En 1938, le pays passe un accord avec Berlin afin quel'Allemagne marque un  « J » les passeports des juifs allemands. Et à partir de 1942, ils se montrent encore plus restrictif avec sa politique dite de la «barque pleine». Plusieurs dizaine de milliers de réfugiés, en majorité des juifs ont été refoulés.

 

La Suisse sert aussi de refuge aux capitaux que ses banques auront de la peine à restituer aux héritiers des victimes de la Shoah. Le problème des fonds en déshérence reviendra  d'actualité en 1995 suite aux révélations de journaux israéliens. Le fédéral nommera alors la Commission Bergier, chargée de faire toute la lumière sur l'attitude de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Entreprises sur liste noire

Les Aliés ne vont pourtant pas retenir contre elle son attitude envers les réfugiés mais bien celle face à l’Allemagne nazie. Ils accusent d'avoir contribué à la prolongation du conflit avec l'octroi de crédits et les transactions sur l'or allemand.

De plus, 1200 entreprises ayant commercé de trop près avec l'Allemagne se retrouvent sur liste noire. Le 19 janvier 1945, le président Roosevelt adresse une lettre au président de la Confédération pour l’inviter à négocier dès le 8 mars.

 

Berne joue un drôle de jeu en signant parallèlement une convention secrète avec la Reichsbank, qui sera mise au jour par les Alliés. Les Etats-Unis exigent alors des sanctions contre la Suisse, qui parvient à s'en sortir. Français et Anglais choisissent de la ménager. En mai se signent les Accords de Washington. Berne peut conserver 50%des avoirs allemands, mais doit s'acquitter de 250 millions de

francs pour la reconstruction de l'Europe, en compensation de l'or allemand acheté par la Banque nationale. En échange, les Alliés libèrent les avoirs suisses et suppriment les fameuses listes noires. Quant aux banques, elles sauvent le secret bancaire ! La Suisse s'en sort à bon compte. Un sentiment partagé par un des négociateurs, William Rappar, qui, dans un message envoyé au conseiller fédéral Max Petitpierre, écrit que «les Alliés se défendaient difficilement d'avoir été roulés».

 

Le cas est différent avec l'Union soviétique. Près de 10000 soldats se sont réfugiés en Suisse durant la guerre. En avril, Moscou critique la politique d'internement suisse. Les Soviétiques prennent alors en otage une délégation du CICR à Berlin. Le petit pays doit négocier et donne l'ordre aux Russes de partir. Mais ils craignent pour leur vie à leur retour là-bas. L'opération se déroule jusqu'en 1949 avec le renvoi de Soviétiques musulmans, de leurs épouses suisses et des enfants.

 

Dès les armées 1947-48,les accusations de l'étranger perdent de leur virulence, ce qui permet d'écarter ce thème de discorde du débat public. Malgré quelques rebondissements - comme le scandale des 200 personnalités ayant demandé la mise au pas de la presse suisse hostile à l'Allemagne - qui écornent l'image d'une Suisse résistante face au pouvoir nazi.

 

La Suisse face à la Seconde Guerre mondiale, Luc van Dongen, Société d'histoire et d'archéologie de Genève, 1998.

 

Source : 24heures, 24 septembre 2012.

CICAD en action

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    Mercredi 23 novembre 2016, élèves et enseignants ont durant une journée organisée par la CICAD, vu et entendu le vécu concentrationnaire de millions de victimes. Ce voyage annuel, fruit d’un partenariat avec les départements d’instruction publique romands depuis plusieurs années, est une journée riche en enseignements qui rappelle à chacun qu’il faut rester vigilant face à l’antisémitisme.