Les livres fondamentaux du Judaïsme

 

La Bible hébraïque

La Torah

Le mot « Torah » signifie « enseignement » en hébreu et désigne le Pentateuque, à savoir les cinq premiers livres de la Bible : Genèse, Nombres, Lévitique, Exode, Deutéronome. Selon la tradition, la Torah a été donnée au peuple d’Israël sur le mont Sinaï. Elle contient les lois et les Commandements*, ainsi que l’histoire d’Israël depuis la création du monde jusqu’à la mort de Moïse, avant l’entrée imminente du peuple d’Israël en Terre promise.

 

Le premier livre, la Genèse, raconte l’histoire de l’Homme, de la Création à Joseph et son séjour en Egypte. Le deuxième livre, L’Exode, relate l’esclavage du peuple d’Israël et sa sortie d’Egypte. Le troisième, le Lévitique, traite du culte. Le quatrième, les Nombres, fait le récit des épreuves et des révoltes des Hébreux dans le désert. Le cinquième, le Deutéronome, récapitule les lois juives et présente les dernières recommandations de Moïse qui meurt avant l’entrée des Hébreux en Terre promise.

 

Selon André Chouraqui, « le message central de la Torah réside dans le monothéisme éthique que les Hébreux furent les premiers à propager. L’adoration d’un Dieu unique, juste, invisible, créateur des cieux et de la terre, impliquait le rejet, par les Benéi [enfants] d’Israël, de toutes les idoles adorées par les nations, de toute forme de paganisme ». L’étude de la Torah est une obligation religieuse : son contenu et son exégèse font partie des fondements du judaïsme.

 

La Torah est écrite à la main sur un long parchemin monté ensuite sur deux manches en bois. Les rouleaux de la Torah (ou « Séfèr Torah » en hébreu) sont ensuite recouverts d’une housse de velours (chez les Ashkénazes*) ou enfermés dans un coffre à deux battants (chez les Séfarades*), les montants sont surmontés d’ornements métalliques (« rimonim ») et entourés d’une couronne (« kétèr »). On y accroche aussi la « main » (« yad ») qui sert d’index pour lire le texte. La Torah est lue à la synagogue* le lundi, le jeudi, le Chabbat*, les jours de fêtes*, le premier du mois et les jours de jeûne. La Torah est divisée en sections de quelques chapitres chacune. Chaque semaine, une section est lue.

 

L’ensemble de la Torah est lu en une année, le cycle s’achevant et recommençant lors de la fête de Simhat Torah*. Chaque fois que la lecture de la Torah a lieu dans la synagogue, les fidèles se tiennent debout pendant que l’on sort le rouleau de l’Arche, qu’on le porte dans une procession avant de venir au pupitre pour la lecture. Des fidèles sont ensuite appelés individuellement à « monter à la Torah » (« aliya »), c’est-à-dire à affirmer que le texte lu est le fruit de la Révélation divine. Une fois la lecture terminée, on revêt les rouleaux de leurs ornements, on fait une nouvelle procession avant de ranger la Torah dans l’Arche.

 

Les Dix Commandements

I.        Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, d’une maison d’esclavage.

 

II.       Tu n’auras point d’autre dieu que moi. Tu ne feras point d’idole, ni toute image de ce qui est en haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux au-dessous de la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, tu ne les adoreras point.

 

III.      Tu n’invoqueras point le nom de l’Eternel ton Dieu en vain. 

 

IV.      Pense au jour du Chabbat* pour le sanctifier. Durant six jours du travailleras, et tu auras fait tout ton travail ; mais le septième jour, c’est le Chabbat* pour l’Eternel ton Dieu ; tu ne feras aucun travail, toi et ton fils et ta fille, ton esclave, mâle ou femelle, ton bétail et l’étranger qui est dans tes murs.

 

V.        Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Eternel ton Dieu t’accordera. 

 

VI.       Tu ne commettras pas d’homicide.

 

VII.      Tu ne commettras pas d’adultère.

 

VIII.     Tu ne voleras pas.

 

IX.       Ne rends point contre ton prochain un faux témoignage.

 

X.        Ne convoite pas la maison de ton prochain. Ne convoite pas la femme de ton prochain ; son esclave ni sa servante, son bœuf ni son âne, ni rien de ce qui est à ton prochain. (Exode 20:1-14 et Deutéronome 5:6-21)

 

 

Les Prophètes

La seconde partie de la Bible hébraïque s’intitule « Prophètes » (« Neviim » en hébreu). Elle comporte d’une part les premiers prophètes (Josué, Juges, Samuel I et II, Rois I et II), qui sont des livres historiques contenant des récits biographiques, et d’autre part les derniers prophètes, qui sont les monuments littéraires d’une activité prophétique développée entre le VIIIe et le Ve siècle av. J.C. Ce dernier groupe inclut les trois grands prophètes que sont Isaïe, Jérémie et Ezéchiel, ainsi qu’Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie et Malachie).

 

Les écrits prophétiques contiennent notamment des exhortations, des harangues, des prédictions, des visions, qui peuvent être des mises en garde d’un châtiment à venir, des annonces de consolation et de délivrance ou des dénonciations de péchés. Le prophète biblique est le porte-parole de Dieu envers la communauté non seulement juive, mais également humaine.

 

Les hagiographes

La troisième partie de la Bible, les « écrits saints » (« ketoubim ») comporte une série d’œuvres historiques et poétiques rédigées à des époques différentes : les Psaumes, les Proverbes, le Livre de Job, le Cantique des Cantiques, le Livre de Ruth, les Lamentations de Jérémie, l’Ecclésiaste, le Livre d’Esther, le Livre de Daniel, le Livre d’Ezra, le Livre de Néhémie et les Chroniques I et II.

 


Le Talmud

A côté de la Torah, la loi écrite, il y a le Talmud, la loi orale, qui se transmettait de bouche à oreille. Par crainte que cette loi ne se perde dans l’oubli, des rabbins ont entrepris de la consigner par écrit, ce qui allait s’appeler la « Michna ». La Michna est un corpus immense comprenant des décisions juridiques et des lois touchant à tous les domaines. La « Guemara » est une explication de la Michna et un recueil de discussions et de controverses entre sages à propos des lois, de la philosophie, de la vie quotidienne, des sciences, de la morale… Il est le fondement de l’autorité des lois et des traditions juives qui furent accumulées pendant sept siècles, depuis –200 jusqu’à environ 500. Michna et Guemara forment le Talmud, le livre le plus important de la tradition orale pour le judaïsme. Ce n’est pas un ouvrage achevé mais un compte rendu de débats et de paroles d’intellectuels donnant un enseignement aux lecteurs. L’originalité du Talmud est surtout son approche et sa manière de débattre de divers sujets : pas de distinctions entre questions importantes et sujets mineurs, maintien des controverses ouvertes, multiplicité des sens pour chaque verset, chaque mot, chaque lettre. Typiquement, une page du Talmud comporte plusieurs « encadrés » imbriqués qui sont autant de commentaires et de débats.

 

On distingue le Talmud babylonien du Talmud de Jérusalem. Le premier, très volumineux, a été rédigé et mis en forme au Ve siècle, à Babylone. Le second a été rédigé en Israël, dans l’école talmudique (« yéchiva ») de Jérusalem.

 

Le Talmud est donc une mise par écrit de la loi orale, telle qu’elle s’est développée sur une période de sept siècles. Il a une influence primordiale sur la pratique religieuse juive à travers les âges. Aujourd’hui, l’étude du Talmud demeure l’occupation principale dans les écoles talmudiques (yéchivot) à travers le monde.


La Kabbale

La Kabbale regroupe les enseignements mystiques (c’est-à-dire qui aspirent à une appréhension du divin en-dehors des limites de la connaissance humaine ordinaire) et ésotériques (qui explorent le sens caché) du judaïsme. Les kabbalistes considèrent Dieu comme une lumière spirituelle infinie qui éclaire l’univers tout entier. Le but de l’âme est de s’élever aussi haut que possible pour tenter de s’approcher de cette source. Ils insistent sur les notions de sainteté du peuple juif, de réparation du monde, de foi dans la rédemption, de croyance en la venue du Messie*. Les textes kabbalistiques les plus importants ont été rédigés au Moyen-Age.

 

 

Le rituel

La synagogue
La synagogue est le lieu de prières* juif et également le lieu de rencontre et d’études, ce qui en fait le centre de la vie communautaire. En ce sens, elle a remplacé le Temple. L’Arche où l’on conserve les rouleaux de la Torah* est située contre le mur, généralement face à Jérusalem, indiquant la direction pour la prière. Elle est souvent décorée, notamment d’un rideau brodé. C’est près de l’Arche que se trouve aussi la lumière éternelle, souvent représentée par un chandelier à sept branches (« menorah ») ou par une lampe, symbole de l’éternité divine. Les synagogues ne suivent pas de règles architecturales particulières. Ainsi, ces édifices ont subi l’influence des lieux, des cultures environnantes et des époques, reflétant des styles tantôt discrets, tantôt monumentaux, tantôt abondamment décorés, tantôt très austères. Les synagogues sont ouvertes à toute personne désirant les visiter ou assister à un office religieux, quelle que soit sa religion.

 


Le rabbin
Le rabbin est un guide spirituel et une autorité en matière de la loi juive. Il possède un savoir, un jugement, un rôle d’arbitre et de conseiller. Le rabbin ne joue pas de rôle particulier dans la liturgie synagogale. Il accomplit ses études dans une école rabbinique (« yéchiva » ou université juive) et reçoit ensuite l’ordination d’un autre rabbin qui le juge prêt. Il peut être attaché à une communauté, se consacrer strictement à l’enseignement, ou accomplir les deux fonctions à la fois. Ses attributions originelles sont diverses et s’adaptent selon le type et la taille de la communauté et l’environnement : organisation du culte, surveillance de l’abattage rituel (« voir cacheroute »), prédication, enseignement, présidence du tribunal rabbinique (qui se prononce entre autres sur les questions de statut personnel comme l’identité juive, le divorce, la conversion).

 


Mezouza
La mezouza (pluriel : mezouzot) est un étui fixé sur le montant droit de la porte d’entrée et des pièces où l’on séjourne (salon, chambres à coucher, salle à manger, bureau). Cet étui contient un parchemin, écrit à la main par un scribe, qui reproduit les deux premiers paragraphes de la profession de foi du judaïsme, le Chema* (Deutéronome 6:4-9 et 11:13-21). Certaines mezouzot possèdent une fente dans laquelle on peut lire, « Chaddaï » (« Tout-Puissant »), l’un des attributs divins. La mezouza est en général fixée à la hauteur des yeux, de biais, et rappelle à ceux qui franchissent les portes l’omniprésence divine et les obligations de tout Juif, tant dans la vie publique que privée. Cet objet répond à l’injonction du Deutéronome (6:9) : « Tu inscriras [Mes commandements] sur les montants de ta maison et sur tes portes. » Il n’y a pas de règles concernant la taille ou l’ornementation de la mezouza : on en trouve dans toutes les matières, de toutes les longueurs et de toutes les couleurs. Les seules prescriptions concernent le parchemin manuscrit à l’intérieur.

 


Calotte (Kippa)
Couvre-chef porté lors de toute bénédiction ou cérémonie religieuse, à la synagogue*, au cimetière, dans un lieu public ou privé (pendant les repas, par exemple). Il n’y a pas de commandement lié à cette obligation, c’est une tradition qui a pris force de loi. Se couvrir la tête est un rappel de l’autorité divine au-dessus de soi. La calotte – ou n’importe quel autre couvre-chef – est un signe d’humilité et de reconnaissance de la présence divine dans la vie quotidienne. Son port constant est devenu un signe extérieur de piété. La calotte ronde s’appelle kippa en hébreu.

 


Châle de prière (Tallit)
Le châle de prière est un rectangle de tissu généralement blanc (laine, soie, coton ou lin), souvent orné de rayures bleues ou noires, aux quatre coins duquel sont attachées des franges nouées (« tsitsit »), symbolisant les commandements. Le port du châle de prière lors des prières du matin fait office de rappel: «Cela formera pour vous des franges dont la vue vous rappellera tous les commandements de l’Eternel. »

Une bénédiction est dite au moment où l’on s’enveloppe du tallit. Les Juifs religieux portent en permanence un petit tallit sous leur vêtement, dont ils peuvent choisir de faire sortir les franges.

 

Phylactères (Teffiline)
Les teffiline sont deux petites boîtes quadrangulaires en cuir, contenant quatre passages bibliques, que l’on porte au bras gauche et sur le front pendant la prière du matin, sauf le Chabbat* et les fêtes*. Les textes bibliques représentent les fondements du judaïsme, c’est-à-dire l’unité divine (Deut. 6 :4-9), la rétribution divine (Deut. 11 :13-21), la consécration des premiers-nés, la sortie d’Egypte et la fête de Pessah. Ces passages sont écrits à la main par un scribe sur un petit parchemin inséré dans les cubes, eux-mêmes prolongés par des lanières de cuir qui s’enroulent sur le bras et autour de la tête. La manière de d’enrouler les lanières de cuir forme les lettres de l’un des noms divins. L’acte de se lier avec les teffiline indique ainsi que le Juif est attaché au service de Dieu par son cœur, son esprit et sa force.

 

Nourriture cachère (Cacheroute)
La cacheroute est l’ensemble des règles alimentaires du judaïsme, c’est à dire des prescriptions d’origine biblique sur ce que les Juifs ont le droit de manger ou pas et dans quelles conditions. Ces lois concernent essentiellement la consommation de produits d’origine animale. Selon la Bible hébraïque, l’homme était fondamentalement végétarien. Les règles alimentaires rapprochent de cet idéal.

 

o    Les animaux autorisés à la consommation doivent ruminer et avoir le pied fendu (ce qui exclut le porc, qui a le pied fendu mais ne rumine pas, le chameau, qui rumine mais n’a pas le pied fendu, le lapin, le cheval). Parmi les animaux autorisés, la Torah mentionne entre autres le bœuf, le mouton, la chèvre et chevreuil, ainsi que la volaille. Tous les animaux autorisés sont herbivores.

 

o    Les poissons autorisés à la consommation doivent avoir des écailles et des nageoires (ce qui exclut notamment les fruits de mer et l’anguille). Le caviar est interdit.

 

o    La plupart des insectes sont interdits, ainsi que les reptiles et batraciens (voir Lévitique 11).

 

Les lois traitent également de la façon dont les animaux doivent être abattus. La méthode d’abattage traditionnel (Chehita en hébreu), est appliquée par une personne qualifiée, appelée « chohet ». Il s’assure d’abord que l’animal est en bonne santé. Il coupe rapidement le cou de l’animal d’un geste sûr. L’abattage est rapide et la mort s’ensuit en quelques secondes. L’animal est ensuite vidé de son sang. La consommation de sang est interdite dans le judaïsme, car il symbolise la vie.

 

Il faut aussi séparer la consommation de produits carnés et de produits lactés, selon l’injonction biblique : « Tu ne feras pas cuire un chevreau dans le lait de sa mère » (Ex. 23 :19). Ainsi, on ne mangera pas d’entrecôte avec une sauce à la crème, on ne mettra pas de lait dans son café après un plat de viande. Le poisson, les légumes et les fruits peuvent être mangés indifféremment avec des laitages ou des viandes.

 

Préface

Brève histoire du peuple juif jusqu’à l’exil de l’an 70

Les principes fondateurs du judaïsme

Les fêtes juives

Les commandements et les prières

La diversité géographique des traditions juives

Les différentes tendances du judaïsme aujourd'hui

Brève histoire du judaïsme suisse

"Pourquoi je suis juif" par Edmond Fleg

Où va l'humour juif?

Bibliographie

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