Sondage sur l'attitude des Suisses vis-à-vis des Juifs et de la Shoah

Sondage réalisé du 10 au 24 janvier 2000 sur un échantillon de 1210 personnes de nationalité suisse, par l'institut de recherches GfS (Berne), sur mandat de la Coordination Intercommunautaire contre l'Antisémitisme et la Diffamation (CICAD-Genève) et l'American Jewish Committee (New York).

 

Communiqué de presse : Embargo jusqu'au 15 mars 2000, 9 heures

L'antisémitisme reste tenace en Suisse, mais une écrasante majorité de citoyens veulent que la Shoah soit enseignée dans les écoles.

L'antisémitisme reste tenace en Suisse, mais une écrasante majorité de citoyens veulent que la Shoah soit enseignée dans les écoles. Ce sont les principales conclusions d'un sondage réalisé en janvier par l'institut GfS de Berne pour la Coordination Intercommunautaire contre l'Antisémitisme et la Diffamation (CICAD-Genève) et l'American Jewish Committee (AJC-New York).

L'enquête sur "les attitudes des Suisses vis-à-vis des Juifs et de la Shoah" dégage une image contrastée : les clichés antisémites sont persistants, mais les Suisses sont conscients de cet antisémitisme. En outre, s'ils soutiennent majoritairement le gouvernement de 1933-45, une importante minorité exprime un avis critique. Enfin, les Suisses manquent de connaissances générales sur la Shoah, mais insistent sur l'importance du devoir de mémoire.

La vague d'antisémitisme qui frappe la Suisse depuis l'affaire des fonds en déshérence ne s'est pas apaisée : 16% des Suisses sont foncièrement antisémites, tandis que 60% peuvent avoir des tendances antisémites. Ces résultats sont étayés par plusieurs questions qui confirment la persistance de clichés hostiles : un tiers des Suisses pensent que les Juifs ont trop d'influence dans le monde, qu'ils exploitent la mémoire de la Shoah pour leurs propres intérêts et que les Juifs suisses sont plus loyaux envers Israël qu'envers la Suisse. Un Suisse sur dix pense que les Juifs sont toujours responsables de la mort de Jésus. Une faible minorité est capable d'évaluer correctement la population juive de Suisse (18'000 personnes) qui est très largement surestimée. L'analyse par affinité politique montre que l'on trouve 18% d'antisémites dans l'électorat du PDC et du PRD, 11% chez les socialistes et 33% au sein de l'UDC. En revanche, il n'y a que 8% d'antisémites parmi les jeunes jusqu'à 25 ans.

Malgré ces résultats inquiétants, plus de la moitié des Suisses considèrent que l'antisémitisme est un problème sérieux en Suisse aujourd'hui. Ils sont autant à envisager une recrudescence de ce phénomène dans les années à venir. La conscience de l'antisémitisme se traduit aussi par l'identification de partis jugés racistes ou antisémites (un Suisse sur cinq cite l'UDC, autant mentionnent des partis d'extrême-droite). Le négationnisme est connu d'une large majorité, même s'il n'a prise que dans une partie infime de la poulation. Enfin, la loi antiraciste est approuvée par 69% des gens et même par 83% des jeunes, un bien meilleur résultat que lors de la votation populaire en 1994. Seuls les électeurs de l'UDC y sont majoritairement opposés.

Concernant le rôle de la Suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale, une nette majorité estime que le gouvernement d'alors a eu un comportement justifié pour éviter l'invasion nazie, et près de la moitié des Suisses affirme qu'il a résisté aux nazis. Mais un Suisse sur quatre qualifie de lâche l'attitude du gouvernement et pense qu'il a sympathisé avec les nazis. La proportion augmente chez les jeunes et les personnes ayant un haut niveau d'instruction. Cette critique affirmée mais minoritaire montre que le débat récent a changé le regard que les Suisses portent sur leur histoire. Ainsi, près de deux tiers sont d'avis que les fonds en déshérence doivent être remis aux survivants de la Shoah ou à leurs descendants, et un Suisse sur deux approuve le rapport Bergier sur les réfugiés. Un tiers des personnes interrogées trouve que la Suisse n'a pas accueilli assez de réfugiés juifs, contre 43% qui pensent qu'elle en a admis assez.

Malgré le débat récent centré sur la Deuxième Guerre mondiale, les Suisses manquent de connaissances factuelles sur la Shoah, en comparaison avec d'autres pays d'Europe. Seuls 32% savent ce qu'est la Shoah ou l'Holocauste (même taux qu'en République tchèque, par opposition aux 56% des Français). Ils sont moins nombreux que d'autres pays d'Europe à pouvoir identifier des camps de concentration ou l'étoile jaune, et un Suisse sur quatre pense que moins de deux millions de Juifs ont été exterminés par les nazis.

Malgré ces grosses lacunes factuelles, une majorité écrasante de Suisses estime que la connaissance de la Shoah est importante (84%) et que son souvenir doit être maintenu (72%). Quatre Suisses sur cinq pensent que la Shoah doit être enseignée dans les écoles suisses.

De l'avis de la CICAD au vu de ces résultats, la lutte contre l'antisémitisme va de pair avec un travail d'information et d'éducation. Le fait que des jeunes adhèrent nettement moins aux clichés antisémites, qu'ils soient plus critiques vis-à-vis de l'attitude du gouvernement suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale et qu'ils soutiennent la loi antiraciste donne de très grands espoirs pour l'avenir. Reste que des mesures adéquates doivent être prises dans les écoles, pour que la Shoah n'occupe plus la portion congrue des programmes et qu'on lui consacre le temps, l'attention et les moyens qu'elle mérite.

Ce sondage a été réalisé du 10 au 24 janvier 2000 sur un échantillon représentatif de 1210 adultes de nationalité suisse. La marge d'erreur est de plus ou moins 3%.

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