Nov

19

2012

Espion renégat, Claude Covassi réapparaît et dérape sur Internet

Espion renégat, Claude Covassi réapparaît et dérape sur Internet. Ces messages font bondir les responsables de la CICAD. Le Genevois tient des propos troublants sur le judaïsme. Il invite sur son site à participer à un camp paramilitaire. Sur Facebook, des propos troublants sur l’Holocauste et sur une fête juive. Sur son site internet, une annonce pour un camp destiné «à tous ceux qui veulent apprendre ou parfaire leurs connaissances sur les techniques de guerre d’insurrection», dont la formation serait dispensée par «des officiers miliciens de l’armée suisse»…

 

Après des années de silence, Claude Covassi fait à nouveau parler de lui. Ce Genevois de 42 ans avait défrayé la chronique entre 2006 et 2007. Recruté en 2004 par les services de renseignement de la Confédération, il avait infiltré le Centre islamique de Genève (CIG) dans le cadre d’une opération destinée à établir les liens éventuels entre le Centre et les islamistes radicaux. Deux ans plus tard, converti à l’islam, il se retournait contre les services secrets, les accusant de l’avoir utilisé pour compromettre illégalement le directeur du CIG, Hani Ramadan. En mai 2007, la délégation des commissions de gestion du parlement rendait son rapport sur l’affaire : aucun élément n’étayait les accusations de la «taupe». Depuis, Claude Covassi avait quasiment disparu des écrans.

 

Le 6 octobre, sous le pseudo de Clovis Casadue, il réapparaît sur Facebook en publiant la reproduction d’un flyer invitant la population genevoise à un grand allumage public des bougies de Hanoucah, le 7 décembre à la place du Molard. Commentaire de Claude Covassi: «Et puis qui encore ?» S’ensuit un dialogue avec un internaute. Claude Covassi écrit que la fête «risque de tourner court !», son interlocuteur répond que «ce n’est pas une bougie [qu’il a] envie d’allumer !» et Claude Covassi tempère: «Chaque chose en son temps !»

 

Le 31 octobre, nouveau billet. Claude Covassi relaie un débat lancé par le site Jeuxvideo.com sur le thème suivant: «l’holocauste, vous y croyez ou pas?» Plusieurs internautes réagissent et Claude Covassi note que «c’est un sujet qui rend hystérique, de part et d’autre». Ces messages font bondir les responsables de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD). «Pour ce qui est de l’Holocauste, c’est l’éternel discours antisémite qui veut réintroduire un débat sur la Shoah, comme s’il devait encore avoir lieu, déplore le Secrétaire général Johanne Gurfinkiel. Quant aux messages sur Hanoucah, nous accueillons cette information avec inquiétude. C’est un message clair d’appel à la violence.» Et d’inviter «la police ou le parquet à s’auto-saisir pour prendre des mesures à l’encontre de personnes qui profèrent de telles menaces».

 

Interrogé sur le sens de ses interventions, Claude Covassi minimise: «On dit beaucoup de bêtises sur Facebook, ce n’est pas sérieux ! Ce n’était assurément pas malin, mais j’étais énervé sur le moment. On n’a pas à inviter la population genevoise à célébrer Hanoucah ! Mais mon intention n’était pas de blesser la communauté juive, et si c’est le cas, j’en suis navré.» Se définissant lui-même comme «antimondialiste», ami de l’essayiste antisioniste Alain Soral ou du conspirationniste Thierry Meyssan – avec qui il s’est rendu en Iran en 2011 –, Claude Covassi précise : «J’ai une sensibilité particulière pour les Palestiniens. Mais la question juive ou Israël ne sont pas des obsessions pour moi. A titre personnel, je pense que l’Etat d’Israël est nul et non avenu en droit international. Mais il existe et je ne souhaite en aucun cas sa disparition.»

 

Quant au débat sur la Shoah, le Genevois affirme avoir «été surpris de voir sur le site Jeuxvideo.com ce que les jeunes en pensent. Le fait d’avoir interdit tout débat sur cette question est une mauvaise chose. Cela ne fait que mythifier les négationnistes, plutôt que de les discréditer.» Est-ce pour cela que sur son site, Mecanopolis.org, il rendait un hommage appuyé au philosophe négationniste Roger Garaudy, décédé en juin dernier? «C’est un philosophe communiste avant tout et je pense que ce n’est jamais une bonne chose que d’interdire un livre. Mais la Shoah est un fait historique avéré et indiscutable.»

 

Dans un autre registre, le 12 novembre, c’est une annonce publiée sur le même site – dont Claude Covassi est le fondateur – qui interpelle à nouveau. Le site invite les internautes à s’inscrire à son «Camp 2013», destiné à apprendre les «techniques de guerre d’insurrection», grâce à l’enseignement d’officiers de l’armée suisse. Un camp paramilitaire pour fous de guerre? «Mais non, promet Claude Covassi. C’est un ballon d’essai, pour voir si ça attirait du monde chez les survivalistes [un courant de pensée qui vise à se préparer à une éventuelle catastrophe ou guerre de grande ampleur].» Une réponse alambiquée, puisque si la proposition devait recueillir un franc succès, Claude Covassi n’exclut pas que le camp débouche sur une sorte de stage «où les gens iraient faire du sport à la montagne et apprendre à tirer. J’ai d’ailleurs eu des contacts avec le vice-président des jeunes UDC suisses, Xavier Schwitzguébel, avec qui nous en avons parlé plusieurs fois.»

 

L’intéressé nuance: «Oui, nous avons eu des contacts. Mais il n’a jamais été question que je donne de formation sur la base de ce que j’ai appris à l’armée. Je ne m’engage que pour mon pays, dans le cadre de l’armée et rien d’autre. Cette idée m’avait intéressé, parce que pour moi, les groupes survivalistes sont dangereux. S’il s’agissait de faire des marches en montagne ou des courses d’orientation, ça aurait pu m’intéresser, pour voir comment ces groupes s’organisent.» Contacté pour savoir s’il était au courant de la tenue possible d’un tel camp, le Service de renseignement de la Confédération n’a pas été en mesure, dimanche, de répondre à nos questions.

Source : LeTemps.ch, 19 novembre 2012.

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