May

29

2013

Croix gammée et fil barbelé pour l’affiche des Jeunes verts de Suisse contre la révision de la loi sur l’asile du 9 juin. Pour la CICAD cette campagne est consternante

VOTATION- La formation écologiste ne fait pas dans la dentelle avec des affiches assimilant révision du droit d'asile et Shoah.

Les jeunes pousses vertes ne sont pas effrayées à I’ idée de fâcher tout rouge les partisans de la révision de la loi sur l'asile, soumise au peuple le 9 juin. Dès la semaine prochaine, Ils lanceront une campagne promise à un beau destin polémique, assimilant durcissement des règles en matière d'accueil des réfugiés et politique nazie.

On retrouvera notamment une de leurs affiches dans un passage sous voies de la gare de Lausanne ainsi qu'au centre de Berne. Parmi les préoccupations des écologistes, notamment, la possibilité de créer des centres fermés pour les requérants « récalcitrants » et fauteurs de troubles. De véritables « camps »aux yeux des Jeunes Verts, qui ne seraient pas sans en rappeler d'autres, de sinistre mémoire.

Frapper  fort avec peu de moyens

Pour illustrer leur propos, les politiciens en herbe ne font pas dans la dentelle. C'est ainsi qu'une croix gammée, emblème du IIIe Reich, vient se greffer sur un fil de fer barbelé, dans le visuel des écologistes. Ceux-ci y demandent: « N'a-t-on donc rien appris du passé? ». « Assumée » par Ilias Pauchard, du comité des Jeunes Verts suisses, la dimension provocante du message vise à « faire réfléchir » et à frapper les esprits, malgré des moyens financiers modestes. Quitte à pousser le bouchon trop loin? « Nous ne sommes évidemment pas dans le même degré de gravité qu'à l'époque du nazisme, mais on va dans cette direction. »

Reste que « cette campagne est consternante », aux yeux de l'organisation de lutte contre l’antisémitisme, la CICAD. « Elle est révélatrice d’une banalisation des faits historiques en faveur d’une communication dont la seule vocation est de choquer le public. On tente de choquer par une surenchère de propos irresponsables et d’images. Avec ce genre de méthode on finit immanquablement par desservir la cause défendue. Ce combat politique, auquel la CICAD n’est pas insensible pour des raisons liées au passé de notre pays, mérite mieux que cela, s’insurge Johanne Gurfinkiel Secrétaire général »

Même son de cloche du côté de l'UDC Yvan Perrin, membre du comité interpartis « Oui à une politique d'asile qui fonctionne ». Le conseiller d'État neuchâtelois, s'il déplore que « l'oubli soit en marche », se dit cependant opposé à une éventuelle censure: « À partir de quand peut-on interdire le mauvais goût? » Et de plaider pour davantage de retenue au moment de prendre l'Holocauste comme point de comparaison: « La Shoah est quelque chose qui est paroxystique, il n'y a rien au-delà dans l'horreur.»

Pas le choix pour les CFF

Mauvais goût ou pas, les CFF ne pourront en tout cas pas empêcher le message d'être affiché non loin des quais lausannois: « Le 3 juillet 2o12, le Tribunal fédéral a jugé que les gares faisaient partie de l'espace public, explique Frédéric Revaz, porte-parole. Les CFF doivent donc y respecter la liberté d'opinion, et tolérer les affiches politiques, même si celles-ci contiennent des messages provocants ou polémiques. » Sans rentrer dans d'éventuelles considérations esthétiques, il conclut: « Le jugement du Tribunal fédéral ne nous laisse pas de marge de manœuvre dans ce domaine. »

 

Source : Le Matin, 29 mai 2013, CICAD

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