Feb

14

2013

Ce débat a eu lieu il y a' dix ans»

Combien de juifs ont-ils été refoulés par la Suisse durant la guerre? 5000, croyait révéler «Sonntag». En fait, ce nombre est connu depuis 1999. Et pan sur la Commission Bergier! Après l’UDC qui ne cesse de taper sur les conclusions du rapport sur l'attitude de la Suisse vis-à-vis de l'Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale, voici que le célèbre chasseur de nazis s'y met à son tour. Dans le Sonntag de dimanche 10 février, il estime que la Commission indépendante d'experts présidée par le Vaudois Jean- François Bergier a exagéré le nombre de juifs refoulés à la frontière. Ils n'étaient pas «24500», mais moins de «5000».

 

Affirmations et réactions

Une étude de l'historienne genevoise Ruth Fivaz-Silbermann sera publiée à ce sujet dans les semaines à venir, ajoutait Serge Klarsfeld, lui-même fils de déporté, qui voulait venir ainsi au secours de l'image d'une Suisse pas si salope que cela finalement. Au passage, il donnait un coup de pouce bienvenu au président de la Confédération Ueli Maurer. Le 27 janvier, lors de la Journée mondiale de la mémoire des victimes de la Shoah, n'avait-il pas déclaré que notre pays était «devenu un refuge pour de nombreuses personnes menacées» durant le conflit.

 

L'affirmation avait provoqué la réaction de trois organisations juives helvétiques, dont la ClCAD. Elles avaient rappelé au conseiller fédéral UDC que la Confédération avait aussi envoyé des réfugiés «vers une mort cettaine» et que des Helvètes avaient été «punis pour avoir aidé les réfugiés».

 

Le problème, c'est que toute cette affaire sonne complètement faux et fleure bon le révisionniste historique défendu par l'UDC depuis quelques années, plus particulièrement par son conseiller national Luzi Stamm. L'Argovien a régulièrement dénoncé les «erreurs» de la Commission Bergier pour mieux décrédibiliser l'ensemble de son travail.

 

Pour la faire courte et simple, l'étude de Ruth Fivaz-Silbermann est en fait sa thèse de doctorat. Et elle ne la publiera pas avant un an, corrige-t-elle en s'étonnant de tout ce bruit autour d'une recherche en cours. «Je ne comprends pas pourquoi on relance ce débat. Il a déjà eu lieu il y a dix ans. Attendons au moins que je publie mon travail, que n'a pas mené la Commission Bergier.» Et pour cause: ce n'était pas sa mission. Elle devait principalement se charger des relations économiques entre l'Allemagne et la Suisse ainsi que des fonds en déshérence. Ensuite, les «nouveaux» chiffres présentés par Sonntag sont connus depuis ... 1999. Depuis que Serge Klarsfeld a attaqué le rapport intermédiaire de la Commission Bergier. Il en a parlé encore dans le dossier que L'Hebdo a consacré à la question le 20 janvier 2011 en précisant que 500 juifs refoulés avaient été assassinés par les nazis. Quant au norfibre des refoulements de juifs et de non-juifs, il était impossible à quantifier avec précision en 2002, écrivait la Commission Bergier (www. uek.ch). Et c'est encore vrai aujourd'hui, notent de nombreux chercheurs. Notamment parce que des archives ont été détruites après la guerre. Complice et active. Bref, rien de neuf sous le soleil sur l'attitude de la Confédération, qui fut «à la fois complice active avec sa politique de refoulement et samaritain», résumait dans notre article l'historien Daniel Bourgeois. Complice parce que le Conseil fédéral savait pour le massacre des juifs dès la fin de 1941. Samaritain parce que, à la fin de 1944, la Suisse était le pays qui abritait le plus grand nombre de réfugiés juifs par rapport à sa superficie: plus de 27000, dont 21500 entrés illégalement. Contre 21 000 aux USA. . Cela dit si cette nouvelle polémique pouvait aboutir à la création d'une «Commission Bergier bis» sur la question des réfugiés, comme le souhaite le conseiller national neuchâtelois UDC Yvan Perrin, si de nouveaux fonds étatiques pouvaient permettre à des historiens de creuser de nouveaux pans de cette page tortueuse ou, mieux, si Berne trouvait quelques millions pour fonder un mémorial de la Shoah en Suisse, nous ne pourrions qu'applaudir à deux mains. Surtout si l'impulsion venait de l'UDC.

 

Source : L’Hebdo, jeudi 14 février, - Patrick Vallélian

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