Nov

07

2012

Tatoué comme dans les camps

Ron Folman s'est fait gravé sur l'avant bras le B-1367 que portait son père. Comme lui, de jeunes juifs se font ainsi marquer pour ne jamais oublier. Un numéro B-1367. Derrière cette suite de lettre et de chiffres à l'apparence banale se cache un destin terrible et rempli de souffrance : celui de Yeshayahu Folman. Déporté à Auschwitz, il porte sur son avant-bras un numéro tatoué par les nazis. Aujourd'hui, son fils Ron Folman possède la même inscription. Mais contrairement à ce qui est arrivé à son père, l'homme âgé de 49 ans a décidé de son plein gré de se faire ainsi marquer comme de nombreux jeunes Juifs en Israël et aux Etats -Unis, il porte le même tatouage que les déportés d'Auschwitz et de Birkenau pour que personne n'oublie l'horreur de la Shoah.

 

Pour raconter l'histoire

Eli Sagir porte le 157622 sur son avant-bras, comme son grand-père Yosef Diamant, déporté à Auschwitz. «Ma génération ne connaît rien de l'Holocauste, a expliqué la jeune  Israélienne au New York Times. Vous parlez avec des gens et ils pensent que c'est comme l'Exode hors d'Egypte, de l'histoire ancienne. J'ai donc décidé de me faire tatouer pour que ma génération se souvienne. Je veux leur raconter l'histoire de mon grand-père et celle de l'Holocauste". Cette démarche s'inscrit dans un contexte où, les années passant, les témoins directs de l'horreur de l'extermination disparaissent les uns après les autres.

 

Voir des jeunes gens porter cette marque infligée pour déshumaniser  des individus et les transformer en numéro suscite bien entendu la polémique. "C'est provocateur, a reconnu Ayal Gelles, 28 ans, qui s'est fait tatouer le A-15510 que porte aussi son grand-père. Tout le monde est immédiatement consterné, choqué". Le grand-papa a réagi en disant que s'il avait été au courant, il aurait empêché son petit-fils de faire cela. Tout comme Livia Ravek, dont le fils et le petit-fils ont le 4559 gravé dans la peau. Très déçue de prime abord, elle a ensuite éclaté en sanglots avec son fils qui lui a dit qu'ainsi "tu seras toujours avec moi".

 

Pour bon nombre de descendants de survivants, leur acte vise à créer un lien éternel avec leur proche. Ce que ces jeunes Juifs souhaitent, c'est également interpeller et ainsi susciter le débat. Pour eux, il faut tout faire pour "ne jamais oublier". La démarche est loin de convaincre Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la CICAD. "Le travail de mémoire ne passe pas par des expériences que je trouve de mauvais goût, réagit-il. Se faire tatouer ne transmet rien." Dénonçant la banalisation actuelle de la Shoah ainsi que le risque d'oubli, le secrétaire général de la Cicad insiste sur la nécessité de sensibiliser les jeunes générations à cette terrible et sombre période de l'histoire européenne. De nombreux travaux sont d'ailleurs en cours pour trouver les meilleurs moyens de transmission de mémoire alors que les rescapés se font de plus en plus rares.

 

Source : LeMatin, 7 novembre 2012.
 

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