Déporté à 13 ans, il s'est raconté aux gymnasiens

Survivant des camps de la mort, le professeur Sami Sandhous a partagé son expérience pour la première fois avec des étudiants. A la sortie de la classe, les élèves font la queue. L'un après l'autre, sans se presser, ils serrent chaleureusement la main à un homme aux yeux d'un bleu aussi profond que les épreuves qu'il a traversées. Une poignée de main, un «merci, merci beaucoup», les yeux dans les yeux, touchés. Pour exprimer leur émotion face au témoignage qu'il leur a livré.

 

Cet homme, c'est le professeur Sami Sandhaus, éminent spécialiste de stomatologie. Maisce n'est pas pour leur parler de ses innovations techniques d'implantologie dentaire qu'il était présent au Gymnase de Burier. A 85 ans, l'homme est un survivant des camps de la mort. Il a raconté son expérience pour la première fois à des gymnasiens, en mars dernier, devant 350 élèves. Et mardi, il était de retour dans l'établissement boéland pour recevoir le DVD tiré de cette conférence. Une classe privilégiée de 3e année scientifique a ainsi eu la chance d'échanger avec lui pendant une heure de cours habituellement dédiée à l'histoire.

 

La volonté de lutter

«Qu'est-ce qui vous a permis de tenir dans le camp de concentration?» «Etiez-vous capable de penser à l'avenir?» «Vous êtes-vous dit que vous pouviez mourir le lendemain?» Rémi, Robin, Adrien et leurs camarades ont posé leurs questions. Et Sami Sandhaus a répondu avec générosité, distillant au passage sa philosophie de vie, que l'on détecte à travers le mot qu'il emploie le plus souvent: «la volonté». «Ma volonté (ndlr: il se lève au moment où il prononce ce mot) de lutter m'a porté. C'est tellement noble d'aller au-delà de l'effort. Je vous conseille de savoir lutter et persévérer dans la vie. Ne dites jamais que quelque chose n'est pas possible, martèle le rescapé. Faites les choses à travers votre intelligence, pour le bien de la société. C'est tellement merveilleux de pouvoir construire, tellement magnifique de laisser une trace de son existence.»

 

Malgré le message de vie, l'horreur est bel et bien présente. «Envoyer un enfant comme moi, de 13 ans, travailler dans une eau glacée jusqu'aux genoux, est-ce possible? Que j'aie dû me cacher dans la paille et rester enfermé sans même avoir un bout de pain, ou enterrer des gens en creusant la terre avec mes mains, pouvez-vous croire des choses pareilles?» s'indigne Sami Sandhaus. Qui répond à Bénédict, désireux de savoir s'il pouvait s'entretenir avec d'autres détenus: «Avec les rares, qui le pouvaient encore ! L’esprit de certains les avait-déjà quittés, ils n'étaient plus que des morceaux de viande qui jonchaient le sol. Chaque nuit, je pensais ne pas me réveiller.»

 

«Le mauvais existe »

Parler de son expérience soulage Sami Sandhaus, mais lui est à la fois éprouvant. Il le fait par devoir de mémoire, «comme le dernier des Mohicans». «II reste peu de gens pouvant témoigner avec autant de cœur et d'intelligence de cette période », estime Agnès Valérie Bessis, directrice du gymnase, à l'origine de l'invitation au professeur.

 

Dans la classe de 3e scientifique, mardi, la dernière question est posée par Alexis: «Vous êtes l'un des derniers témoins et nous serons sans-doute parmi les derniers à vous entendre. Si vous deviez nous dire juste une chose à transmettre à nos enfants, quelle serait-elle?» «Aime ton prochain comme toi-même, sois honnête avec lui. Guidez vos enfants, non pas par la main, mais par l'esprit. Et rappelez-leur de temps en temps qu'il y a eu une période comme celle que j'ai vécue, et que le mauvais existe.»

 

Mise en lumière d’un massacre oublié

A13ans, Sami Sandhaus à été déporté dans le camp de Bershad. «Son témoignage est essentiel pour la connaissance du genocide en Bucovine, un territoire qui est aujourd'hui à cheval sur l'Ukraine et la Roumanie, explique Jean Philippe Matthey, chef de file d'histoire au Gymnase de Burier. Car les documents des pays de l'ex-bloc de l'Est ont été disponibles tard pour les historiens, à la chute du mur de Berlin, contrairement aux archives allemandes, ouvertes aux chercheurs dès 1946.

 

Au vu d'un témoignage comme celui du professeur Sandhaus, la responsabilité roumaine dans le massacre ne peut plus être écartêe.» Le DVD de la conférence donnée en mars à Burier par le rescapé sera proposé à tous les chefs de file d'histoire des gymnases du canton. «Dès le départ, l'idée était d'en faire un support pédagogique», explique la directrice de Burier, Agnès-Valérie Bessis. jean-Philippe Matthey a enrichi la conférence notamment de cartes et d'extraits du livre L'éternel combat, de Sami Sandhaus.

 

Source : 24 heures,17 septembre 2012.

CICAD en action

  • 180 participants à la 17e journée d’études d’Auschwitz-Birkenau organisée par la CICAD

    Mercredi 23 novembre 2016, élèves et enseignants ont durant une journée organisée par la CICAD, vu et entendu le vécu concentrationnaire de millions de victimes. Ce voyage annuel, fruit d’un partenariat avec les départements d’instruction publique romands depuis plusieurs années, est une journée riche en enseignements qui rappelle à chacun qu’il faut rester vigilant face à l’antisémitisme.