Rescapée d'un camp, Emma a servi de cobaye aux nazis

Née en 1943 dans un camp de concentration, Emma a subi des expériences faites par les nazis sur des enfants. Restée handicapée à vie, elle se confie pour la première fois.

 

« Je suis une femme libre. J'ose. Je ne fais pas les choses comme les autres. Ça, c'est Emma ! » Et là, un grand éclat de rire fuse qui reviendra souvent dans l'entretien. Pour ce rire, Emma Gallego est connue dans son HLM de la Verrerie à Mazicou. Le rire ? « Une résistance ! Je suis une enfant de la guerre. Je me suis armée contre la douleur physique et l'hospitalisation loin de mes parents ». Emma a une jambe atrophiée et est appareillée pour marcher. Mais, parce qu'elle est discrète sur son passé, peu de gens savent la cause de sa claudication. Cette femme âgée de 68 ans, joviale et altruiste, qui «aime les gens, la beauté, les mots, la musique », a poussé son premier cri en 1943, dans un camp de concentration allemand, en plein bombardement, à Kassel, où sa mère slovène et son père croate, ont été déportés et séparés. Des cinquante enfants du camp, qui comme elle serviront de cobayes aux nazis, seuls 2, dont elle, survivront. Les séquelles des expériences qu'elle a subies sur sa jambe, n'ont été décelées qu'à l'âge où elle aurait dû se tenir debout. Fin 1945, ses parents qui ont survécu, se réfugient en Autriche. Ils partiront pour la France en 1948, « car l'ambassade demandait des bûcherons pour nettoyer le pays. »

 


La famille qui a tout perdu, arrive à Rodez, puis s'installe à Lescure. Emma est alors envoyée dans un centre de rééducation loin de ses parents et sera opérée. Si « cette morsure de la guerre » lui a « volé » son enfance, Emma va de l'avant. Elle, l'handicapée, épouse Mario, «un bel homme valide, ce qui ne se fait pas à l'époque». Ils auront 3 enfants. L'énergie d'Emma lui vaudra d'être embauchée en 1975, à l'association des aides ménagères, malgré son handicap.

 


Ce n'est qu'au 60e anniversaire de la fin de la guerre, qu'elle décide d'écrire ses mémoires; des fragments, seulement, « car mes parents ne parlaient pas du passé, les sanglots leurs venaient tout de suite ». Alors Emma Gallego s'est documentée, pour tenter de reconstituer les morceaux du puzzle. Dans ses cahiers, le récit de sa vie, et des poèmes qui traduisent ses émotions « car je ne suis pas larmoyante. J'écris pour moi et mes enfants, ça me fait du bien; maintenant je peux raconter mon histoire. Avant je ne le faisais pas. »

 


Cette femme d'avant-garde dans bien des domaines, et militante dans plusieurs associations, qui pratique les arts plastiques, estime que « la vie, et tout ce que je fais, sont des cadeaux. Je me suis intégrée et aujourd'hui je me réjouis des petits bonheurs quotidiens. » Ce qui lui fait dire que « tout au long du chemin, une bonne étoile m'a accompagnée. Mes parents ont souffert de ce qui m'est arrivé. Je leur offre ma vie. »

 


Source : LaDepeche.fr, 8 mai 2012.

CICAD en action

  • 180 participants à la 17e journée d’études d’Auschwitz-Birkenau organisée par la CICAD

    Mercredi 23 novembre 2016, élèves et enseignants ont durant une journée organisée par la CICAD, vu et entendu le vécu concentrationnaire de millions de victimes. Ce voyage annuel, fruit d’un partenariat avec les départements d’instruction publique romands depuis plusieurs années, est une journée riche en enseignements qui rappelle à chacun qu’il faut rester vigilant face à l’antisémitisme.