Nov

30

2018

De la vaisselle nazie sera vendue aux enchères à Genève. De quoi faire bondir la CICAD !

Les férus de porcelaine savent tous ce qu’est une jatte, soit un récipient arrondi, très évasé, sans rebord ni anse. Un exemplaire historique, mesurant 19 centimètres de diamètre et valant entre 400 et 600 fr., suscite la polémique à Genève: selon nos informations, l’objet, qui sera proposé aux enchères au début du mois de décembre, arbore les enseignes nazies.

Le jour d’un congrès du parti

Le catalogue de l’entreprise genevoise, chargée d’organiser la transaction, précise que la vaisselle porte la dédicace du «Reichsführer SS (ndlr: Heinrich Himmler), faite en 1937, le jour d’un congrès du parti nazi».

De quoi faire bondir la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation, par la voix de son secrétaire général Johanne Gurfinkiel: «Je déplore que ces objets deviennent, par le biais de cette vente, parfaitement anodins. Leur caractère est dramatiquement symbolique. Ce n’est pas à la loi que nous en appelons mais à une réflexion éthique et morale du vendeur. Cette vente démontre encore une fois combien le combat contre la banalisation de l’image du nazisme est nécessaire.»

Un château à Fribourg

La maison d’enchères refuse, secret des affaires oblige, de donner le nom du vendeur. Sur le catalogue, à côté de l’image de la jatte, on trouve la mention d’un mystérieux «château fribourgeois». Mis à part ce détail, rien ne filtre. En revanche, la brochure précise, dans une notice, que l’objet appartenait à un diplomate suisse basé à Berlin durant le IIIe Reich entre 1932 et 1938: «Après avoir fait part de ses critiques envers le régime, l’homme qui détenait cette jatte a été transféré à Stockholm dès 1938, confirme le responsable de l’entreprise de vente aux enchères. Et cela sur demande du gouvernement allemand en conséquence des positions du diplomate contre le national-socialisme. Après diverses successions, ces objets se retrouvent aujourd’hui en vente.»

Pour démontrer sa volonté d’agir en toute transparence, le responsable des ventes précise que les informations sur le diplomate suisse se trouvent aussi sur le site internet de la maison d’enchères: «Notre travail ne consiste pas uniquement à mettre ces objets en vente. Nous voulons aussi solliciter des acheteurs, tels que des musées, pour contribuer à construire un discours éducatif qui explique la monstruosité de la construction du IIIe Reich.»

Ce n’est pas la première fois que les salles des ventes échauffent les esprits en proposant de tels objets. Il y a deux ans, en Allemagne, un acheteur argentin a acquis une veste portée par Adolf Hitler. Il a déboursé pour cela 310 000 fr.

Deux ans plus tôt, en France, la vente d’une quarantaine d’objets nazis ayant appartenu aux deux responsables du IIIe Reich, dont des passeports et de la vaisselle, avait été annulée après l’intervention de la ministre française de la Culture auprès d’une maison d’enchères.

De l'Espagne à l'Italie

Les polémiques n’épargnent pas plus les grands magasins. En 2014, le groupe espagnol Zara avait dû retirer de la vente une marinière pour enfants dotée d’une étoile jaune qui avait provoqué un tollé pour sa ressemblance avec l’étoile imposée aux juifs par les nazis.

En Italie, plusieurs stations balnéaires, proches de la frontière autrichienne, voient fleurir des échoppes vendant des bières ornées de photos du Führer ou de Mussolini. Interdites en Allemagne ou en Autriche, elles sont légales en Italie.

En plein essor, leur vente suscite à chaque fois la polémique (voir nos éditions du 18 septembre). En Suisse, «le simple achat d’une bouteille avec une telle étiquette n’est en principe pas interdit», expliquait alors dans nos colonnes Alma Wiecken, de la Commission fédérale contre le racisme.

La norme pénale contre le racisme (261 bis) interdit toutefois la diffusion publique d’idéologies dirigées contre un groupe ethnique ou une religion. «Cependant une telle idéologie doit être activement diffusée pour que l’infraction soit commise», conclut Alma Wiecken confirmant ainsi le point de vue du professeur Yvan Jeanneret (lire encadré).

 

 

Source : tdg.ch, 30 novembre 2018

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