«On est passé à un antisémitisme décomplexé» | CICAD
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«On est passé à un antisémitisme décomplexé»


27 Février 2019

Suisse romande - La CICAD s’inquiète de la recrudescence en 2018 des agissements antisémites.

 

La Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD) a dénombré 174 actes antisémites en 2018, soit 24 de plus qu’en 2017. Le bilan annuel a été publié mardi. Les commentaires antisémites sur la Shoah et le négationnisme représentent plus d’un quart des comportements recensés. Parmi les deux cas graves, un touriste, portant une kippa, a été victime d’une agression dans un train entre Fribourg et Lausanne et un jeune homme s’est fait insulter dans un restaurant à Neuchâtel. Le secrétaire général de la CICAD, Johanne Gurfinkiel, juge ces chiffres «attendus mais inquiétants».

Comment expliquez-vous la hausse de 16% des actes antisémites, alors que la Suisse romande connaissait des chiffes stables depuis trois ans?

Durant chaque période de crise, il y a la recherche d’un coupable. L’histoire nous a malheureusement appris que les juifs étaient les boucs émissaires traditionnels. Cette tendance s’observe en Suisse romande mais aussi dans les autres pays européens, notamment chez nos voisins français. Ils constataient il y a dix jours une augmentation de 74% des actes antisémites dans le pays. On est passé d’une parole antisémite libérée à un antisémitisme décomplexé. En Suisse romande, les insultes, les propos négationnistes, les appels à la violence sont en augmentation de 46% sur les réseaux sociaux. Il y a moins de violence physique que chez nos voisins, mais nous devons rester plus que jamais vigilants: la parole précède les actes. Les agressions de Lausanne ou de Neuchâtel nous le confirment.

Genève est-elle plus épargnée par l’antisémitisme?

Aucun comportement portant atteinte à l’intégrité des gens ou des biens n’a été enregistré en 2018 à Genève, mais cela ne signifie pas que l’antisémitisme n’y est pas présent. En décembre, un homme a par exemple fait une quenelle(ndlr: geste du bras considéré par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme comme un salut nazi inversé) devant le siège de la Communauté israélite de Genève, à Champel. Une procédure judiciaire est en cours. Des groupuscules d’extrême droite comme Résistance helvétique sont aussi très actifs dans le canton et des graffitis antisémites sont régulièrement découverts. Ce n’est que la pointe de l’iceberg. Ces chiffres ne prennent pas en compte toutes les agressions et insultes subies par des juifs qui ne les dénoncent pas publiquement par crainte ou par honte.

Qu’attendez-vous de la publicisation de ce rapport?

La CICAD souhaite éveiller la conscience du grand public et de nos élus. C’est une grande différence avec la France: en Suisse, aucun politique ne se saisit de cette question. Le silence assourdissant reste l’option la plus répandue. Tant qu’il n’y aura pas de mort, il n’y aura pas de réaction politique. Les médias doivent aussi prendre leurs responsabilités et modérer les commentaires sur leurs sites, sur les blogs qu’ils hébergent et sur leurs réseaux sociaux. Facebook et YouTube regorgent de propos odieux. En tant qu’association, nous espérons un jour, comme dans de nombreux pays, pouvoir nous constituer partie civile durant des procès. Une demande a été faite auprès du Département fédéral de justice et police. Des initiatives sur le plan éducatif doivent aussi être prises.

 

 

Source : Tribune de Genève, 27 février 2019