« La liberté d’expression est l’argument qui revient systématiquement dès qu’on parle de négationnisme et d’antisémitisme La liberté d’expression est une valeur trop précieuse pour la dévoyer.» | CICAD
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« La liberté d’expression est l’argument qui revient systématiquement dès qu’on parle de négationnisme et d’antisémitisme La liberté d’expression est une valeur trop précieuse pour la dévoyer.»


23 Octobre 2018

Le négationniste français Robert Faurisson, connu pour ses thèses contestant le génocide des juifs, est mort dimanche à l'âge de 89 ans à son domicile de Vichy. Johanne Gurfinkiel, Secrétaire général de la CICAD était invité hier au micro de la RTS aux côtés de Valérie Igounet, historienne spécialiste du phénomène négationniste pour en parler. Répondant aux questions des journalistes de FORUM, Renaud Malik et Marie Giovanola, il est notamment revenu sur la nouvelle génération de négationnistes qui continuent de diffuser l’idéologie de Faurisson, l’utilisant comme une référence absolue.

Renaud Malik. Qui sont aujourd’hui les héritiers de Robert Faurisson ?

« Ils sont malheureusement nombreux ; présents dans beaucoup de pays occidentaux et en Europe de l’Est. C’est un phénomène qui persiste. Une forme d’antisémitisme qui persiste avec le temps et s’enrichit avec de nouveaux éléments d’actualité. Souvenons-nous des mots de Faurisson le 17 décembre 1980, sur Europe 1 : « Les prétendues “chambres à gaz” hitlériennes et le prétendu “génocide” des Juifs forment un seul et même mensonge historique, qui a permis une gigantesque escroquerie politico-financière dont les principaux bénéficiaires sont l’État d’Israël et le sionisme international ». Pour seul héritage Faurisson aura gardé quelques pathétiques « enfants de combat » qui continuent à répandre leur fiel.

La Suisse est elle aussi concernée. Je vous rappelle que la CICAD a obtenu deux condamnations pour des négationnistes romands : René-Louis Berclaz et les époux Paschoud. C’est un phénomène qui ne s’arrête pas avec Robert Faurisson. Il a été pendant très longtemps une figure emblématique récupérée notamment par Dieudonné qui l’a remis sur le devant de la Scène en lui remettant un prix à l’instar d’Ahmadinejad lorsqu’il était président de l’Iran. Aujourd’hui un certain nombre d’acteurs l’utilisent comme une référence, d’autres ont pris le relais. On oublie de le dire mais avant de mourir il participait en Angleterre à un colloque négationniste aux côtés de Vincent Reynouard qui fait partie de cette nouvelle génération de négationnistes. Le combat n’est donc pas terminé.

R. Malik. Lui se présenter comme un révisionniste, une voix critique du discours officiel…

« Le négationnisme n’a rien à voir et je le rappelle avec le révisionnisme historique qui est une discipline qui a pour but de réviser les faits historiques au regard de nouveaux éléments.  Rien à voir avec le négationnisme qui se borne, par détestation des juifs, à nier l'existence des camps d'extermination nazis» Faurisson voulait s’affubler de ce qualificatif  pour s’enorgueillir d’un titre scientifique qu’il n’a pas..

Marie Giovanola. Valérie Igounet évoquait un certain soutien surprenant à gauche au nom de la liberté d’expression, un sujet qui a fait débat ces dernières années. Est-ce que finalement c’est une question qui peut se poser ?

«La liberté d’expression est l’argument qui revient systématiquement dès qu’on parle de négationnisme et d’antisémitisme. La liberté d’expression est une valeur trop précieuse pour la dévoyer. Il n’existe heureusement pas de liberté de diffamation ni celle de nuire. S’exprimer n’est pas appeler à la mort, à l’extermination ni à l’injure. Protégeons la liberté d’expression contre les Dieudonné, Faurisson, Berclaz et Paschoud qui la baffoue. »

 

L’intégralité de l’émission est disponible ici

 

 

Source : rts.ch, 22 OCTOBRE 2018