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Arrêté à Paris, Alain Soral ne passe pas par la case prison


Etait-ce la provocation de trop ? Deux jours après l’arrestation à Paris d’Alain Soral, 61 ans, tête d’affiche de l’antisémitisme français, la justice française avait requis jeudi le placement en détention provisoire de celui qui se proclame lui-même «national-socialiste», dans l’attente de son procès. Mais le juge des libertés et de la détention a libéré Soral en début de soirée.

En fin de journée, sa mise en examen avait été prononcée pour «provocation publique non suivie d’effet en appelant directement à commettre l’un des crimes et délits portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation», «injure publique à raison de l’origine ou de l’appartenance ou de la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée» et «provocation publique à la haine ou à la violence, à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de l’origine ou de l’appartenance ou non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée». D’énièmes poursuites pour d’énièmes saillies racistes et antisémites.

Cette fois encore, ce sont des propos publiés sur son site qui auraient motivé les enquêteurs à mettre la main sur lui. Mardi, aux alentours de 17 heures, ce professionnel de la haine raciale a été interpellé par trois agents en civil de la brigade de répression de la délinquance à la personne (BRDP). Et placé en garde à vue dans la foulée, garde à vue prolongée mercredi avant son transfert au palais de justice de Paris jeudi à la mi-journée.

«Propos antisémites et haineux»

La présence à Paris d’Alain Soral a sans doute contribué à accélérer les choses : ce dernier a déménagé en Suisse dans le canton de Lausanne fin 2019 pour «échapper à la détestable ambiance qui règne en France, du fait des agissements conjugués des immigrationnistes», se justifiait-il à l’époque. En d’autres termes, pour fuir la justice française. Et de manière très préparée : celui qui possède la double nationalité franco-suisse a aussi dépaysé sur les rives du lac Léman la structure qui sert de réceptacle aux dons des aficionados de son association antisémite, Egalité et Réconciliation.

Alain Bonnet, de son vrai nom, fait aussi polémique en pays helvète : une association de lutte contre l’antisémitisme, la Cicad, a adressé le 28 avril une dénonciation pénale le concernant à la justice du canton de Vaud. «La loi suisse ne nous permet pas de porter plainte puisque nous ne sommes pas visés directement par ses propos, explique le secrétaire général de l’association, Johanne Gurfinkiel, contacté par Libération. Mais puisque les autorités vaudoises nous ont confirmé que Soral est enregistré comme domicilié à Lausanne, nous continuons d’alerter sur ses propos antisémites et haineux qui ne sont pas des dérapages occasionnels.»

Après la fermeture forcée de ses chaînes YouTube début juillet, Soral a par exemple diffusé un selfie où il tient une tasse de café siglée «Der Führer» et frappée du logo hitlérien avec, en légende, «A tous mes censeurs, champagne !» Dans le viseur de la Cicad aussi, une vidéo intitulée «Réflexions sur le couillonavirus» dans laquelle Soral brocarde les «parasites du haut» : en illustration, une photo d’Emmanuel Macron affublé d’un brassard aux couleurs nazies et accompagné de Jacques Attali, Patrick Drahi (1) ou encore du baron Rothschild, le tout sur fond de drapeaux américains et israéliens. Le sexagénaire attaque aussi les «parasites du bas» : «le Black parasite prédateur poussé à la haine» qu’il illustre en utilisant la famille d’Adama Traoré. Dans cette vidéo, Soral dit enfin attendre une «révolution fasciste», voire une «guerre préventive» et loue le bilan de Mussolini - «le premier qui a fait du national-social».

On ignore si ce sont précisément ces éléments qui ont entraîné son arrestation mardi par la police française. Les autorités sont pour l’heure discrètes sur les motifs précis de l’interpellation.

Injures et théories complotistes 

Les soutiens de Soral ont dénoncé une garde à vue exagérée car il s’agit d’un délit de presse. Mais selon Me Eric Morain, spécialiste du droit de la presse, «c’est indifférent. En cas de délit, on peut placer en garde à vue». Et d’ajouter que le fait que l’interpellé soit actuellement un résident suisse est évidemment «un élément à charge pour constituer le risque de fuite qui justifie les mesures de contrainte».

Alain Soral est un habitué des tribunaux. Il est d’ailleurs sous le coup de plusieurs peines de prison ferme pour ses provocations répétées à la haine raciale et ses multiples contestations de crimes contre l’humanité, en l’occurrence la Shoah. Celles-ci sont pour l’heure suspendues car il en a fait appel. L’homme, qui a créé son audience sur Internet grâce à des centaines de vidéos où il multipliait les outrances verbales, les injures, les théories complotistes et les mensonges, a vu les deux chaînes YouTube d’Egalité et Réconciliation supprimées par la plateforme américaine. Motif : «Enfreintes répétées aux conditions d’utilisation» le 6 juillet. Son compte Twitter, qui approche les 65 000 abonnés, est pour sa part toujours actif.

(1) Propriétaire de SFR, auquel appartient Libération.

Source : Libération