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« Ce sont des images qui banalisent le Mal »


Pandémie.  Avec la crise sanitaire, les réseaux sociaux ont vu fleurir des images reprenant des symboles de l'extermination des Juifs, pour dénoncer les mesures contre le coronavirus.

Les réseaux sociaux sont devenus, avec la crise sanitaire, un terreau fertile pour les opposants aux mesures sanitaires et à la vaccination, y compris en Suisse romande, au point que sur de nombreuses publications, on a vu apparaître des étoiles jaunes estampillées «sans vaccin» ou encore des photos-montages qui détournent le portail «Arbeit macht frei» des camps d'extermination de la Seconde Guerre mondiale en «le pass sanitaire rend libre». Des images qui sont censées dénoncer une «discrimination» envers les personnes refusant le vaccin et les divers passeports sanitaires mis en place en Europe et dans le monde.

LA COMMUNAUTÉ JUIVE DE BIENNE

Des analogies entre nazisme et politiques sanitaires, qui font réagir bien au-delà des frontières suisses, mais aussi au sein des communautés juives helvétiques, y compris celle de Bienne.

Banalisation du génocide

«C'est un acte qui affaiblit la sévérité des évènements de la Communauté juive de Bienne et actuellement responsable de sa communication. «Ces images banalisent la Shoah et ne respectent pas la mémoire des millions de victimes. La situation actuelle n'est absolument pas comparable avec celle qu'ont vécue les juifs dans les années 1930», complète-t-il.

Si la communauté de Bienne n'a pas été directement touchée par cette question, elle remarque cependant que l'antisémitisme reste un problème, en Suisse ou ailleurs. «On se rappelle en février dernier les déprédations commises sur les portes de la synagogue en ville», noté le responsable de la communication. «Dans la crise sanitaire que l'on vit, il n'y a pas seulement ceux qui utilisent ces symboles pour dénoncer les mesures et la vaccination, il y a aussi ceux qui s'attaquent aux Juifs en parlant de complots», explique-t-il. Un avis partagé par Haim Madjar, également membre  de la communauté juive de Bienne. «Ce n'est pas éthique d'utiliser ces symboles ainsi et c'est une offense envers la mémoire des victimes. C'est un acte qui est antisémite». Et d'ajouter: «Ce n'est malheureusement pas quelque chose de nouveau. L'antisémitisme existe depuis très longtemps. Et quand il y a des inquiétudes dans une société, les Juifs sont souvent des boucs émissaires».

La Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (ClCAD), basée à Genève, ne cache pas non plus son inquiétude. Dans un communiqué publié le 15 juillet, l'organisation genevoise déclare que «c'est par ces raccourcis fallacieux que l'on en arrive à banaliser le Mal. Comment se taire face à ces raccourcis mensongers qui associent mesures sanitaires prises en démocratie et lois antisémites adoptées par les nazis ou par les régimes collaborationnistes?».

Travail de sensibilisation

Pour Daniel Frank, il faut lutter sur plusieurs niveaux face à ces dérives. En plus de condamner les actes antisémites et la réutilisation des symboles du génocide juif, il est nécessaire de sensibiliser en amont, notamment dans les écoles.

«Les autorités blennoises sont très sensibles face à ces questions et à l'utilisation de ces symboles», explique l'ancien président. «Plus que le dialogue intercommunautaire et interreligieux, il faut faire un vrai travail de sensibilisation, tant sur l'antisémitisme, que sur l'utilisation de ces signes. Les écoles biennoises viennent souvent visiter la synagogue par exemple et certains programmes au niveau suisse sont mis en place pour attirer l'attention face à ces problématiques», conclut-il.

 

Source : Le Journal du Jura, 28 juillet 2021