Des Fribourgeois sensibilisés à la Shoah | CICAD
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Des Fribourgeois sensibilisés à la Shoah


4 Février 2019

Quelque 300 collégiens ont écouté lundi à Fribourg, avec une grande attention, les témoignages d'un quatuor d'enfants de résistants déportés et de responsables nazis.

Deux heures durant, des élèves du Collège St-Michel ont participé à un événement de sensibilisation avant la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste le 27 janvier. «Des élèves nés au 21e siècle», a relevé Jean-Pierre Siggen, président du gouvernement fribourgeois et ministre de l'éducation, par contraste avec des événements qui se sont passés entre 1933 et 1945. La CICAD poursuit ainsi ses efforts pour préserver la mémoire de la Shoah en Suisse.

«Il faut être plus que jamais attentif dans une période inquiétante de montée du national-populisme en divers endroits», a averti Jean-Michel Gaussot, ancien ambassadeur de France, fils du héros de la Résistance Jean Gaussot mort en déportation, un père qu'il n'a pas connu. Il a résumé de la sorte l'origine de la motivation du quatuor représentant la deuxième génération.

Porter la mémoire

Une deuxième génération à même de témoigner des expériences vécues par leurs parents, soutiens parfois à l'époque du régime nazi ou membres de la Résistance en France. Une deuxième génération qui prend le relais, mais qui n'est plus nécessairement jeune. Jean-Michel Gaussot, Yvonne Cossu, Barbara Brix et Ulrich Gantz affichent aujourd'hui des âges compris entre entre 70 et 83 ans.

Reste que pour Alain Bruno Lévy, président de la CICAD, «cette deuxième génération fait plus que jamais figure de porteuse de mémoire. La pédagogie demeure le meilleur moyen de transmettre, afin de préserver l'humanité d'une répétition d'un tel drame». «La connaissance pour bâtir une société ouverte», a-t-il synthétisé.

Le président de la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (CICAD) a rappelé que «l'antisémitisme ne constituait pas une opinion, mais un délit». Au-delà, les collégiens, à l'instar des représentants des autorités présentes, ont pu se rendre compte de la lourdeur d'un héritage touchant à la Deuxième Guerre mondiale, que l'on soit Allemands ou Français.

Prise de conscience tardive

Lourdeur d'abord cachée, puis devenant sur le tard davantage quotidienne, dans la mesure où les quatre témoins n'ont véritablement pris conscience de leur histoire familiale que tardivement. A l'âge de la retraite pour trois d'entre eux et un peu plus jeune pour Ulrich Gantz, à la mort en 2002 d'un père ancien policier du Troisième Reich et membre de la Einsatzgruppe B sur le front russe.

Vouloir faire connaître la vérité, sur la base de documents connus au décès paternel, a coûté à Ulrich Gantz de très vives tensions familiales. «La volonté d'en savoir plus n'est pas partagée par chacun, parfois par souhait de ne pas juger», a précisé Barbara Brix, dont le père était aussi membre de la SS (pour Schutzstaffel ou escadron de protection), comme médecin, revenu de la guerre les deux jambes amputées.

Avant la recherche de l'histoire de leur père, le silence, ou l'absence dans le cas de Jean-Michel Gaussot (74 ans), a prévalu des décennies durant. La difficulté d'aborder la question ou encore le déroulement de vies familiales et professionnelles n'a pas fait éclore une curiosité venue avec l'âge et le temps libre à disposition.

Base de douleur

«Nous avons une base de douleur pour coopérer en faveur de la mémoire», a dit Barbara Brix, 77 ans, qui s'exprime dans un excellent français. Pour Yvonne Cossu, 83 ans, la découverte du camp de déportés de répression de Neuengamme, près de Hambourg, en 1995, a constitué l'élément déclencheur. «En fait, à la base davantage par volonté personnelle que par souci de devoir de mémoire», selon elle.

Le quatuor s'est rencontré d'ailleurs en 2014, seulement, au Mémorial de Neuengamme, un camp qui a accueilli 106'000 déportés (dont 55'000 sont morts) et complètement évacué par les Allemands à fin avril 1945, juste avant l'arrivée des Britanniques. Les pères d'Yvonne Cossu et de Jean-Michel Gaussot y ont trouvé la mort, quelques jours avant la fin de la guerre.

Leur amitié est récente. Tant qu'ils le pourront, ils s'adonneront au témoignage devant des jeunes. Tenue il y a un an à Genève pour la première fois en Suisse, la conférence proposée par la CICAD se déroulera encore jeudi à Lausanne. La CICAD propose aussi une exposition itinérante.

 

Source: 20min.ch, 14 janvier 2019