Discours de Victor Gani lors de 18ème journée de commémoration des Tutsis au Rwanda | CICAD
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Discours de Victor Gani lors de 18ème journée de commémoration des Tutsis au Rwanda


7 Avril 2012

Chers amis, c’est une nouvelle fois un honneur de partager avec vous cette journée de  commémoration du Génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. Cette 18èmejournée est l’occasion de renouveler notre soutien à l’association Ibuka, avec laquelle nous partageons un objectif commun : le refus contre l’oubli et le travail de mémoire en souvenir des victimes qui ont disparues dans d’affreuses souffrances. En nous remémorant nos millions de victimes lâchement assassinées parce qu’elle étaient juives, nous partageons aussi un combat commun en faveur de la mémoire de toutes les victimes. Soyez donc convaincus de notre parfaite solidarité dans la lutte que vous menez pour rappeler l’atrocité vécue par ceux qui ont péri lors du génocide au Rwanda.

 

Comment « Sortir du génocide et réapprendre à vivre » ? Le thème choisi cette année nous rappelle combien le chemin a été long pour les rescapés de la Shoah avant qu’ils ne parviennent à témoigner des horreurs vécues dans les camps de concentration. La plupart d’entre eux a souvent du attendre plusieurs années avant que la population ne soit prête à entendre leur souffrance. « Nous les rescapés, nous les témoins, n’avions survécus que pour être rendus au silence » avait déclaré Simone Weil dans son discours prononcé il y a huit ans à Berlin devant le Bundestag, qui au nom des rescapés, relevait que le long et difficile travail de mémoire est nécessaire pour arracher à l’indifférence ces témoins de l’indicible.

 

Dans le cas du génocide des Tutsis du Rwanda, le monde a eu la sagesse de reconnaître rapidement la gravité des crimes dont votre peuple a souffert. Mais dans tous les cas, toute transmission d’une histoire vécue suite à un traumatisme tel que celui-ci s’avère à la fois douloureuse mais aussi salvatrice pour la victime. En parler est-il un moyen de réapprendre à vivre ? Une chose est sûre : en tant que témoins de l’horreur, les rescapés ont un rôle essentiel à jouer auprès des nouvelles générations. Ces dernières doivent savoir et ne pas tomber dans l’ignorance. Savoir qu’il y a à peine 18 ans, plus d’un million de Rwandais Tutsis et plusieurs dizaines de milliers de Hutu de l’opposition ont été massacrés en 100 jours. Savoir que des hommes, des femmes, des vieillards et des enfants ont été tués par leurs voisins et leurs concitoyens pour le simple fait d’être nés tutsis. Chacun porte alors la responsabilité de transmettre l’histoire des génocides et ce, de génération en génération.

 

Au-delà du témoignage et de la transmission, nous pouvons aussi nous poser la question suivante : Faut-il pardonner pour réapprendre à vivre ? Otto Klein, rescapé du camp d’Auschwitz avait déclaré : « pardonner, oui car notre bible nous enseigne à pardonner. Oublier : jamais ! » Ce travail de mémoire, nous le savons, ne peux laisser place ni au relâchement, ni au découragement. Car trop nombreux sont les « détracteurs » de la mémoire qui n’ont qu’un objectif : nier les faits et l’horreur en tentant de transformer les victimes en coupables. Ces mêmes bourreaux et leurs disciples ne cessent en effet de vouloir inventer une nouvelle Histoire. Il tentent par exemple d’imposer l’idée que la Shoah a été une gigantesque fiction inventée par les Juifs pour obtenir les compensations financières de l’Allemagne et la création de l’Etat d’Israël. Ils contestent également les témoignages des survivants et ceux des anciens nazis, réduisent et remettent en question le nombre de victimes, et affirment que les chambres à gaz n’ont jamais existées. Ainsi, plus de 60 ans après la Shoah, 18 ans après le génocide des Tutsis au Rwanda, le négationnisme reste malheureusement toujours d’actualité. C’est pourquoi les récits des survivants sont si importants, car tant qu’ils témoigneront, les tentatives des négationnistes resteront vaines et impuissantes face à la Vérité.

 

Nous nous rejoignons une fois de plus dans ce combat contre le révisionnisme, contre l’ignorance et surtout contre l’indifférence. Monsieur le Président, nous tenons à saluer les efforts de sensibilisation dont vous avez fait preuve ainsi que votre travail pédagogique auprès des jeunes générations. Ce travail doit passer par tous les moyens de communication : films, débats, conférences… afin de redonner aux faits, aux chiffres et surtout aux victimes, la dimension humaine que les bourreaux ont tenté de leur ôter. Nous savons aussi combien la lutte contre l’oubli est nécessaire pour que le monde apprenne des souffrances du passé et tenons à vous soutenir dans vos démarches.

 

En cette journée particulière, nous témoignons notre respect aux survivants et à ceux qui sauvèrent une vie, des vies, et par leur courage l’humanité, à ceux qui prennent la parole pour témoigner auprès des jeunes et à travers le monde pour que la vérité soit entendue par tous afin que l’histoire, la vraie, ne puisse être remise en question.

 

C’est pourquoi nous tenons à adresser nos encouragements à Ibuka et à toutes celles et ceux qui contribuent à une démarche de reconnaissance de ces crimes innommables.

 

Nous sommes unis pour construire une histoire commune à toute l’humanité, un patrimoine de valeurs qui permettent non pas d'oublier, mais de croire à nouveau en la dignité de chaque être, quelle que soit son origine, sa religion ou son mode de pensée.

 

Cette journée est une opportunité d’affirmer avec détermination notre engagement contre tout courant et concept qui nous entraînerait sur une voie funeste. Une journée pour parler, exprimer l’indicible, raconter, expliquer… pour survivre, empêcher l’oubli, pour secouer, sensibiliser… et finalement avancer vers un avenir meilleur.

 

Merci ».

 

Victor GANI, Vice-président de la CICAD.