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Europe. La droite identitaire se retrouve en Hongrie autour de Viktor Orban


Le Premier ministre hongrois accueille tous les deux ans depuis 2015 un «sommet démographique». Eric Zemmour et Mike Pence font partie des invités cette année.

Budapest accueille à partir de jeudi un «sommet démographique», avec dans la liste des invités le sulfureux éditorialiste Eric Zemmour, candidat potentiel à la présidentielle française, alors que la Hongrie de Viktor Orban se veut un repaire mondial de la droite «illibérale».

 

L’ancien vice-président américain Mike Pence est aussi convié par le dirigeant souverainiste, aux côtés de chefs de gouvernement de la région, d’évêques ou d’universitaires. Ce séminaire bisannuel, qui existe depuis 2015, a l’ambition d’encourager la natalité par opposition à la solution de l’immigration rejetée par Viktor Orban, l’un des rares en Europe à évoquer la théorie complotiste du grand remplacement.

Cette année, les débats porteront sur la nécessaire conciliation entre mesures natalistes et développement durable. Lors du précédent sommet, le Premier ministre hongrois avait qualifié «d’idiote» et de «contre-nature» l’idée d’avoir moins d’enfants pour sauver le climat sur terre. Mais plus que les thèmes de discussion, la rencontre a cette année une saveur politique particulière.

 

Car après le départ du président américain Donald Trump et du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, dont il était proche, Viktor Orban se présente plus que jamais comme le dernier recours face à la pensée libérale dans les démocraties occidentales. Au pouvoir depuis 2010, il n’a de cesse de brandir sa défense d’une Europe «chrétienne» et croise souvent le fer avec Bruxelles sur les migrants ou la question des personnes homosexuelles.

«Modèle hongrois»

 

Le chef du gouvernement slovène Janez Jansa, qui assure actuellement la présidence tournante de l’UE, ainsi que ses homologues polonais, tchèque ou encore le président serbe Aleksander Vucic, doivent participer aux débats. Sont également annoncés au Varkert Bazar, un magnifique bâtiment sur les bords du Danube, des ministres roumain, slovaque et letton, ainsi que divers représentants des Pays-Bas, d’Espagne ou du Nigeria.

 

Côté français, l’ancienne députée du Front national (devenu RN) Marion Maréchal mais surtout Eric Zemmour, qui entretient le flou sur une possible candidature en 2022, sont attendus à Budapest, où le polémiste devrait, selon son entourage, rencontrer Viktor Orban en tête-à-tête vendredi. «Je trouve que Viktor Orban a compris l’évolution du monde (…) et défend l’identité de son pays et donc celle de l’Europe», expliquait mardi sur la chaîne CNews l’éditorialiste proche de l’extrême droite identitaire.

Les nationalistes et souverainistes occidentaux louent depuis des années un «modèle hongrois». Au menu: refus du droit d’asile, lutte contre les minorités sexuelles et de genre, politique nataliste, résistance aux «diktats» européens…

 

«Viktor Orban a bien raison», estime Eric Zemmour, d’interdire comme il l’a récemment fait la représentation de l’homosexualité auprès des moins de 18 ans. «Les militants LGBT n’ont pas à aller faire de la propagande dans les écoles primaires», tranche-t-il. «Au nom de l’État de droit, on veut imposer un ordre idéologique. (…) Je trouve cela profondément antidémocratique», ajoute l’éditorialiste.

Limites

 

Une frange de la droite américaine s’est de même entichée du dirigeant hongrois. Le commentateur de la chaîne Fox News Tucker Carlson ne tarit pas d’éloges sur le dirigeant hongrois, qu’il est venu rencontrer en août, et sur ce pays «sûr, ordonné, pur» où «le crime est absent».

 

Proche de la droite religieuse américaine, le journaliste Rob Dreher a lui aussi séjourné cette année à Budapest, à l’invitation d’un groupe de réflexion conservateur proche de Viktor Orban. Dans la presse hongroise, il s’est dit «épaté par le courage de Viktor Orban et la façon dont il se moque de l’avis de l’Europe occidentale».

 

L’école hongroise aurait toutefois ses limites, selon l’analyste Gabor Gyori, du groupe de réflexion Policy Solutions, d’abord parce qu’elle reste marginale. Si «l’aile droite des Républicains va chez Viktor Orban», c’est parce qu’elle «a tellement viré à l’extrême droite qu’elle ne trouve plus d’alliés chez les conservateurs en Europe», relativise le chercheur, «alors que le Premier ministre hongrois les accueille à bras ouverts». C’est pour cela qu’elle ferme les yeux sur des sujets comme «la corruption» ou la manière dont le Premier ministre hongrois, accusé par ses détracteurs de dérive autoritaire, «traite les médias».

 

Source : La tribune de Genève, 23 septembre 2021