×

La Suisse, entre terrorisme, espionnage et grandes puissances


Dans le monde, la politique de sécurité reste influencée par le Covid. En Suisse, elle, est marquée par les risques d’attentat, l’espionnage et les «grandes» nations.

Dans son nouveau rapport, «La Sécurité de la Suisse 2021», le Service de renseignement de la Confédération (SRC) présente les menaces et les risques importants dans l’environnement stratégique de la Suisse.

 

Tout d’abord, la menace terroriste reste élevée. Elle est principalement basée sur le mouvement djihadiste. Les attentats commis en 2020 en Suisse (à Morges et Lugano) et dans les pays voisins que sont la France, l’Allemagne et l’Autriche confirment cette évaluation.

Des cibles «faciles» privilégiées

 

Des attentats avec peu d’efforts organisationnels et logistiques, commis par des auteurs isolés qui agissent de manière autonome, restent la menace la plus probable. D’éventuels actes pourraient en priorité viser des cibles «faciles», telles que des groupes de personnes, des bâtiments peu sécurisés et des installations de transports publics. De plus en plus souvent, la radicalisation des auteurs et leur propension à la violence coïncident avec des crises personnelles ou des problèmes d’ordre psychique.

 

Ensuite, l’espionnage reste un défi permanent. La numérisation et la mise en réseau entraînent une forte hausse des cas dans l’espace cybernétique. Les cibles de l’espionnage étranger restent inchangées, avec Genève comme point d’orgue, en raison de la présence des organisations internationales et d’un grand nombre de représentations diplomatiques.

 

Certains services de renseignement étrangers représentent une menace directe pour des groupes cibles en Suisse. En outre, ces services participent parfois à des activités visant à influencer des intérêts suisses.

Violence accrue

 

Le rapport du SRC explique également que les extrémistes violents de droite et de gauche tentent d’exploiter le potentiel de protestation de la société. Ce potentiel peut être accru, en particulier lors de crises de longue durée et ayant tendance à s’aggraver, comme c’est le cas avec la pandémie de Covid-19. Il existe un risque que la protestation s’aggrave et devienne parfois plus violente.

 

La pression accrue exercée sur la numérisation par les mesures de protection contre la pandémie a en outre élargi la surface d’attaque des cyberattaques, notamment par le biais des chaînes d’approvisionnement. Les nombreuses entreprises en Suisse qui proposent des accessoires et des services pour les exploitants d’infrastructures critiques dans notre pays et à l’étranger constituent également des cibles intéressantes pour des acteurs pilotés par des États.

Les États-Unis et leurs alliances

 

Sous la présidence Joe Biden, les États-Unis vont à nouveau soigner leur système d’alliances global et revenir à une diplomatie multilatérale engagée, tout en se posant comme défenseurs de la démocratie. Du point de vue de la politique de sécurité, ils continueront à mettre l’accent sur la concurrence stratégique avec la Chine.

Dans le cadre de l’Otan, ils vont encourager leurs alliés et partenaires à les soutenir vis-à-vis de la Chine, notamment dans le domaine des technologies de pointe. S’agissant du conflit avec l’Iran, la nouvelle Administration priorise les négociations.

La puissance de la Chine

 

L’évolution de la Chine vers un statut de grande puissance globalisée est quasiment acquise. La volonté stratégique de devenir la plus grande puissance mondiale d’ici au milieu du siècle va rester au centre des actions du gouvernement chinois.

 

Cette intégration globale ne se traduit pas par l’adoption de normes internationales par le Parti communiste, mais par une présentation du modèle gouvernemental chinois comme une alternative crédible à la démocratie libérale.

La Russie veut retrouver son influence

 

Enfin, la marge de manœuvre de la Russie en matière de politique étrangère et de sécurité demeure inchangée, malgré la focalisation sur le développement interne du système Poutine. La Russie utilise des ressources limitées à l’étranger pour renforcer sa propre sphère d’influence avec relativement peu d’efforts. Sur son flanc ouest, elle veut retrouver, vis-à-vis de l’Otan et de l’Union européenne, l’influence qu’elle a perdue avec l’effondrement de l’Union soviétique.

 

Avec la Turquie, la Russie a par ailleurs trouvé un allié dans sa politique de confrontation vis-à-vis de l’Europe, même si leurs intérêts divergent parfois fondamentalement. En tandem, les deux États pourraient renforcer leur position face à l’Europe et gagner en influence dans l’espace méditerranéen.

 

Source : Le matin, 10 juin 2021