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Lausanne se dit prête à déposer une plainte contre Alain Soral : la CICAD salue cette initiative


Après la France, la Suisse. Le polémiste d’extrême droite installé à Lausanne continue à publier des propos controversés sur internet. La Ville a demandé par courrier à la justice de réagir.

Le déménagement d’Alain Soral à Lausanne, en janvier dernier, avait suscité de l’inquiétude. Le polémiste d’extrême droite (né en 1958) a déjà été condamné pour antisémitisme en France et plusieurs procédures sont encore ouvertes.

 

Ses détracteurs redoutaient qu’il profite de se réfugier en Suisse pour continuer à agir en toute impunité. La Ville de Lausanne avait répondu publiquement que le provocateur serait le bienvenu, s’il respectait les lois en vigueur, notamment l’article 261 bis du Code pénal qui punit la discrimination et l’incitation à la haine. Tout écart de langage serait en revanche poursuivi.

Ces craintes semblent se concrétiser. Depuis qu’il vit au bord du lac Léman, Alain Bonnet, dit Soral, continue à dépasser les bornes. Ce qui a contraint les autorités lausannoises à réagir. Lundi dernier, le municipal de la police Pierre-Antoine Hildbrand a envoyé un courrier au procureur général du canton de Vaud Eric Cottier. Il l’a fait en tant que chef de la sécurité avec l’accord de la municipalité.

Dans sa lettre, l’élu PLR dénonce les propos haineux du polémiste et demande au magistrat de se prononcer. Au besoin, la Ville est prête à «porter plainte afin de lutter contre l’antisémitisme».

 

Plusieurs photos sur le compte Twitter d’Alain Soral sont en cause. Surtout celle, publiée le 14 août 2020, qui le montre faisant le geste de la «quenelle» devant un bateau de la CGN, la compagnie de navigation sur le lac Léman qui a son siège à Lausanne.

 

Le sens de la «quenelle» est sujet à débat. Pour les uns, c’est une provocation antisystème. Pour les autres, une gestuelle antisémite. Le Tribunal fédéral a tranché en confirmant, en 2017, la condamnation genevoise pour discrimination raciale de trois individus. La Haute Cour a précisé que dans leur cas la quenelle faisait référence à l’antisémitisme.

Contacté vendredi, le président de la CGN Benoît Gaillard ne connaissait pas l’existence de ce cliché. La réaction est immédiate: «Nous allons écrire à Alain Soral pour lui demander de le retirer immédiatement.» Selon lui, l’image fait clairement un lien, non justifié, entre la compagnie et un acte illicite, condamné par la justice. «Ce n’est pas acceptable», poursuit le président, qui se réserve le droit de prendre d’autres dispositions si l’essayiste franco-suisse n’obéit pas.

 

D’autres photos sont décriées. En février 2020, il s’exhibe devant l’immeuble lausannois où était domicilié le jeune Benito Mussolini au début du XXe siècle. «D’autres sont passés par là avant moi!» commente-t-il.

Une deuxième image singe la communauté homosexuelle dans un magasin d’ameublement, peut-être à Aubonne (VD).

 

Une troisième exhibe la croix gammée dans une cuisine, peut-être celle de son domicile à Lausanne qui, par ailleurs, se situe à côté de la synagogue. Ces messages relaient les idées du personnage qui dit être un réfugié politique en Suisse.

Il y a pire, selon Louis Dana. Le conseiller communal socialiste se demande si Alain Soral n’a pas déplacé, de Paris en Suisse, la production des messages filmés qu’il diffuse sur le site internet de l’association Égalité & Réconciliation, dont il est président. Cette plateforme pose problème.

 

YouTube l’a récemment bannie de son offre pour «enfreintes répétées aux conditions d’utilisation», selon la presse. «Lausanne ne peut pas devenir le refuge d’Alain Soral. La ville combat toute forme de discrimination», poursuit Louis Dana.

Pas le bienvenu à Lausanne

 

Pierre-Antoine Hildbrand abonde. La capitale vaudoise est ouverte et tolérante, «mais cela ne doit pas se retourner contre ces citoyens». Vu la séparation des pouvoirs, ajoute-t-il, c’est à la justice maintenant de se prononcer. Contacté, le procureur Eric Cottier confirme être au courant de la situation, sans prendre position pour l’instant.

 

«Divers propos et comportements de ce monsieur sont actuellement examinés par le Ministère public vaudois dans le cadre des compétences de ce dernier en matière de poursuite pénale. Le Ministère public ne s’exprime pour le reste pas sur les actes et autres discours de l’individu en question.»

Alain Soral habite à Lausanne. Son association qui récolte les fonds pour le site E&R est domiciliée à Genève. Cette omniprésence au bord du Léman a alerté la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad) en Suisse romande. En mai 2020, elle avait déjà déposé une plainte pénale pour propos antisémites dans le canton de Vaud auprès d’Eric Cottier.

 

L’enquête préliminaire est toujours en cours, selon le secrétaire général de la Cicad Johanne Gurfinkiel, qui ne désespère pas. Selon lui, la réaction de la Ville de Lausanne est une nouvelle réjouissante. «Je salue cette initiative qui soutient le travail effectué par notre association», conclut-il. Alain Soral, de son côté, n’a pas répondu à nos sollicitations.

 

Source : 24heures, 29 août 2020