×

Médias sociaux, le règne du complot


Toutes les plateformes ne sont pas égales: YouTube nourrit particulièrement les croyances au complotisme.

Etude » Aujourd’hui, plus de 80% de la population suisse utilise les médias sociaux. Et c’est ainsi que nous nous exposons à d’innombrables informations, qui n’existent pas sous cette forme dans les médias classiques. Comme les auteurs des contributions aux médias sociaux accordent parfois peu d’importance aux faits, le terrain est propice à faire germer les théories du complot. Mais le rôle de la plateforme est loin d’être neutre: toutes les plateformes ne contribuent pas de la même façon à la propagation des théories du complot. C’est la conclusion d’une nouvelle étude d’un groupe de recherche européen, publiée dans la revue Sage Journals.

Avant toute chose, une bonne nouvelle: par comparaison avec le reste de l’Europe, les théories du complot sont moins présentes en Suisse que dans d’autres pays. C’est ce qui ressort de la comparaison de 16 pays européens plus Israël: les participants à l’étude ont été mis face à plusieurs fausses informations liées au Covid-19. Ils devaient ensuite évaluer leur degré de vérité. Avec les pays germanophones, scandinaves et la Grande-Bretagne, la Suisse fait partie des pays qui ont le plus souvent décelé et rejeté les théories du complot. En France, en Italie, en Espagne et en Belgique, les participants ont accordé plus de crédit aux théories du complot, et c’est en Europe de l’Est et en Israël qu’elles ont rencontré le plus d’approbation.

Relation asymétrique

Mais le pays n’est pas le seul facteur, la plateforme utilisée joue aussi un rôle. Les chercheurs en sciences de la communication ont également interrogé les participants sur leur mode de consommation des médias sociaux. Parmi les cinq médias sociaux étudiés, les utilisateurs et les utilisatrices de YouTube se sont montrés particulièrement réceptifs aux théories du complot, suivis de Facebook Messenger, WhatsApp et Facebook. Sur toutes les plateformes, la croyance dans les théories du complot était au-dessus de la moyenne, seul Twitter se situait nettement en dessous.

Pour les chercheurs, cela s’explique par les différences de fonctionnement des plateformes: Facebook et les services de messagerie reposent sur des relations symétriques – soit des amitiés réciproques. Les réseaux individuels sont donc plus petits, plus personnalisés et reposent plus fortement sur des intérêts partagés, ce qui augmente la confiance dans les publications réciproques et peut enflammer les théories du complot. Sur Twitter, les relations sont asymétriques – on suit des célébrités, des personnalités politiques ou médiatiques. De cette manière, sur Twitter, on se confronte à une grande diversité d’opinions, dans laquelle les points de vue et les avis sont plus souvent attaqués. De plus, Twitter examine le contenu de ses contenus de manière sensiblement plus stricte que d’autres plateformes, comme les services de messagerie, par exemple, dans lesquels il n’y a aucune modération.

YouTube est une exception: Alors que les échanges y ont lieu, comme sur Twitter, sur la base d’une relation asymétrique, l’algorithme de YouTube joue un rôle beaucoup plus important dans la visibilité des contenus: il recommande avant tout des contenus qui proviennent de notre propre bulle informationnelle – de cette manière, YouTube conforte ses utilisateurs dans leur croyance dans les théories du complot.

» Cet article, initialement rédigé en allemand, apparaît en collaboration avec higgs.ch et est soutenu par le Fonds national de la recherche scientifique (FNS).

Source : La Liberté, 3 décembre 2021