Les tagueurs du gymnase se mélangent les pinceaux | CICAD
×

Les tagueurs du gymnase se mélangent les pinceaux


Johanne Gurfinkiel s’inquiète mais estime que de nombreuses solutions pour prévenir ces dérives existent

2 Avril 2019 - 14:44

Morges. Menaces islamistes ou tentatives de brouiller les pistes? Les inscriptions retrouvées au sein de l’établissement sèment le doute.

«Tuer ces koufar (sic)», «L’islam vaincra», «Repent toi (sic)», «Allahu Akbar». Plusieurs tags aux relents islamistes ont été découverts samedi matin par des étudiants au sein du Gymnase de Morges. Ces inscriptions côtoient des symboles de haine et antisémites, comme des croix gammées, ou encore l’inscription du salut nazi «Heil Hitler».

Pour autant, aucune certitude ne s’impose autour de l’identité et des réelles motivations des auteurs de ces déprédations. En effet, certaines inscriptions – photographiées et diffusées sur les réseaux sociaux – se différencient étrangement du reste. Dans le lot, la formule «nouvel ordre mondial», utilisée dans différentes théories du complot, est largement représentée. Par ailleurs, le tag «issou» – un mot popularisé par le forum «Blabla 18-25 ans» de jeuxvideo.com qui signifie le rire – a aussi été inscrit sur un mur.

À la vue de ces éléments, bon nombre d’internautes expriment leurs doutes. «Des islamistes qui s’attribuent un mème (ndlr: un phénomène repris et décliné en masse sur internet) hyperpopulaire chez les adolescents? Même pas en rêve…» «Dans les tags, il y a de tout. Même le symbole (mal fait) des Illuminati. C’est probablement une bande de jeunes bourrés.» De son côté, la police cantonale n’exclut ni ne privilégie aucune piste: «Nous n’en sommes qu’aux premières investigations sur place, commente Alexandre Bisenz, chargé de communication, l’enquête se poursuit.»

Lutter contre les infox

Pour Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD), ce qui s’est passé au sein du Gymnase de Morges est symptomatique d’un phénomène dont les autorités ne prendraient pas la mesure: «Aujourd’hui, il ne suffit pas de donner des cours d’histoire à l’école pour lutter contre l’antisémitisme. Il est terriblement préoccupant de constater l’écho qu’ont les théories du complot chez une partie des jeunes. Pour certains, une assertion partagée sur les réseaux sociaux a autant de valeur qu’une information publiée par un média traditionnel de qualité. Veut-on vraiment en arriver au stade où des personnalités comme Alain Soral auront autant de poids qu’un titre de presse?»

Johanne Gurfinkiel s’inquiète mais estime que de nombreuses solutions pour prévenir ces dérives existent. La parole en est une: «D’abord, dans le cas de Morges, il faut absolument éviter d’avoir des conclusions hâtives et laisser la justice faire son travail. Il faut aussi saluer le geste admirable des élèves et des professeurs qui sont allés spontanément effacer les tags. Par contre, il faut recommencer à nommer les choses telles qu’elles sont. Nous proposons des programmes de prévention sur ce sujet qui ne sont pas encore assez implantés en milieu scolaire. Il reste énormément de travail à faire.»

Par ailleurs, selon le secrétaire général de la CICAD, les politiques ne s’exposent pas suffisamment. «Aujourd’hui, on peine à s’engager. Cela a pour effet d’aboutir à un résultat qui ne satisfait véritablement personne. Plus que jamais la parole publique, politique, doit se faire entendre et affirmer sa ferme condamnation des actes intolérables qui se sont produits. Nous devons absolument éviter que l’antisémitisme se banalise et devienne un non-sujet. J’attends de nos élus qu’ils s’emparent de la problématique et qu’ils y apportent des réponses fermes et engagées.»

 

Source : tdg.ch, 1 avril 2019