Nyon: Dieudonné flirte avec les limites, mais emballe son public | CICAD
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Nyon: Dieudonné flirte avec les limites, mais emballe son public


9 Janvier 2019 - 13:06

A Nyon, Dieudonné a donné cinq représentations de son nouveau spectacle "En vérité".

 

Dieudonné était une nouvelle fois de passage à Nyon ce week-end pour son dernier spectacle, «En vérité». Une création qui joue parfois avec le feu, mais qui a plu à un public majoritairement acquis à sa cause.

Vendredi aux alentours de 19h, une queue d’une centaine de personnes serpente dans la cour devant le Théâtre de Marens, à Nyon. A bonne distance, deux policiers surveillent le rassemblement, alors que le service de sécurité de la salle fait des allées et venues le long de la file d’attente. L’ambiance est détendue pour cette première représentation nyonnaise du nouveau spectacle de Dieudonné, humoriste français controversé s’il en est.

Dans la queue, on évoque forcément le mouvement des «gilets jaunes» et comment la fameuse «quenelle», signe de ralliement antisystème pour certains, antisémite pour d’autres, s’est invitée sur les ronds-points de l’Hexagone. On parle liberté d’expression, politique française ou l’on évoque quelques précédents sketchs de Dieudonné. Plus pragmatique, une trentenaire aborde le prix du sésame pour cette soirée: «Soixante euros, ça fait cher, je m’attendais plutôt à 40 ou 45.»

Après une fouille au corps et un passage devant le stand de merchandising particulièrement fourni, le public prend place dans la salle nyonnaise pour découvrir «En vérité», la dernière création de Dieudonné qui fait son entrée sur scène sous les ovations de l’assistance.

Jouer avec les limites

Difficile, lorsque l’on assiste à un spectacle du trublion français de faire abstraction des innombrables polémiques indissociables de sa carrière depuis presque 20 ans. Une tâche d’autant plus ardue étant donné que Dieudonné ne manque jamais d’y faire allusion lors de ses passages sur scène. Vendredi soir, c’est surtout la présence supposée de membres de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (ou Cicad, lire encadré) qui lui sert de levier pour illustrer ses nombreux bras de fer avec la justice et une kyrielle d’associations. «Je dois faire attention, je sais qu’ils sont là pour me surveiller», glisse-t-il, alors que son spectacle a commencé depuis quelques minutes.

Et du contenu «limite» il y en a eu durant la petite heure et demie d’«En vérité». Entre un retour sur le procès de Nuremberg teinté de relativisme et l’intervention d’un de ses personnages qui, se croyant condamné dans un avion en perdition, s’écrie «les chambres à gaz n’ont jamais existé», les lubies et provocations du Français sont toujours bien présentes et feront sans doute grincer des dents.

Reste que d’autres séquences du spectacle sont franchement drôles et que le talent de Dieudonné, bien qu’un peu émoussé, produit encore son petit effet sur les zygomatiques, comme en témoignent les réactions d’un public souvent hilare. Plus surprenant, au détour d’une dernière scène, il parvient même à injecter une dose de tendresse à son show. Un Dieudonné âgé de 90 ans et atteint d’Alzheimer reçoit la visite de ses nombreux enfants. Un peu hagard, mais n’ayant rien perdu de sa vulgarité caractéristique, le vieillard redécouvre son parcours tumultueux. Un moment étrange, voire touchant, qui sera bouclé par un cri d’amour à l’attention des spectateurs. La salle y répondra par une «standing ovation».

Sous l’oeil attentif d’une association

La Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad) suit Dieudonné depuis de nombreuses années. Outre l’installation de stands de sensibilisation contre le racisme aux abords des salles dans lesquelles le Français se produit, certains de ses membres assistent fréquemment aux représentations de l’humoriste. «Nous tenons à nous assurer que Dieudonné reste dans les limites de la loi», explique Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de l’association. Ce week-end à Nyon, aucun stand n’attendait le public du Théâtre de Marens: «Nous avons fait notre travail, les gens sont informés, justifie Johanne Gurfinkiel. Mais plusieurs personnes de chez nous ont assisté aux représentations. Nous allons nous réunir pour mettre en commun nos observations et s’assurer que Dieudonné est dans la légalité avec son dernier spectacle.» La Cicad communiquera dans les prochains jours les conclusions de cette surveillance.

 

 

Source : lacote.ch, 5 janvier 2019