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Opéra Brundibár - Une soirée en faveur des actions de la CICAD


Mercredi 23 septembre

Jeudi 17 septembre 2020 - 11:06
Mercredi 23 septembre

L’OCG et la CICAD se rapprochent pour donner une représentation du très exceptionnel « Brundibár », Opéra pour enfants.

Le travail de Mémoire est un des piliers de la CICAD.

Pour la CICAD, se souvenir est une responsabilité morale. Garder le souvenir du passé pour construire un présent et un futur plus serein.

C’est sous l’impulsion de militants et de mélomanes que l’Orchestre de Chambre de Genève et la CICAD se sont rapprochés pour donner une représentation de l'Opéra « Brundibár », le mercredi 23 septembre 2020

Brundibár est un opéra pour enfants. Il est le fruit de la rencontre et de la collaboration entre Hans Krása et Adolf Hoffmeister dans les années 30. La musique est de Hans Krása sur un livret d’Hoffmeister.

Dans son apparente légèreté de conte d’enfants, l’opéra Brundibár illustre, avec puissance, la folie meurtrière d’Hitler. Avec la particularité d’avoir été joué et interprété en milieu concentrationnaire, au camp de Theresienstadt. Il met en relief le paradoxe de la séquestration et celui de l’évasion par le jeu et la musique. Il permet de se souvenir de ce million d’enfants assassinés dans l’indifférence.

Pour réservez vos places, veuillez contacter directement Dahlya Fayon : dahlya@cicad.ch

 

TOUT PUBLIC DÈS 5 ANS

 

Historique de l’opéra

C’est dans un contexte où les Juifs sont bannis de la vie publique qu’est donnée la première représentation de Brundibár en hiver 1942-1943, à l’orphelinat juif de Prague Belgická ulice, dans le quartier de Vinohrady. La partition originale ayant disparue, tous les musiciens jouent alors à partir de la réduction pour piano ; cela, alors même que Hans Krása et une partie de l’équipe a déjà été déporté à Terezin. Après l’issue de la deuxième représentation, c’est au tour des enfants et du personnel de l’orphelinat d’y être déportés, en juillet 1943.

Des représentations de Brundibár sont alors organisées à Terezin après que Hans Krása eut pu reconstituer la partition de mémoire et sur la base de la réduction pour piano. Il réorchestre l’opéra avec les instruments disponibles dans le camp de concentration (Flute, clarinette, guitare, accordéon piano, percussions, violons, violoncelle et contrebasse). La première représentation, dans le camp, a lieu le 23 septembre 1943, dans le bâtiment Magdebourg. Les représentations étaient gratuites et fort populaires ; il était difficile de pourvoir y assister. La représentation devant la Croix Rouge, du 20 août 1944, participât à la mise en scène organisée par le Reich pour faire croire que le camp était un ghetto confortable. Au printemps 1945, lorsque les responsables du camp voulurent monter, une deuxième fois, l’Opéra pour duper une nouvelle commission, ils durent y renoncer car il n’y avait plus assez d’enfants dans le camp.

 

Le thème

La fable de l’opéra reprend des éléments des contes « Hansel et Gretel » et « Les musiciens de Brême ».

Pepíček et Aninka sont frère et soeur, orphelins de père. Ils partent sans argent à la recherche de lait pour leur maman malade. Entendant la musique de l’orgue de barbarie de Brundibár, ils décident de l’accompagner et chanter mais celui-ci, aidé d’un policier, les chasse en étouffant leurs chants de son instrument de musique. Heureusement, l’intervention de 3 animaux, un chien, un chat et une fauvette ainsi que des enfants du quartier va renverser la situation. Débarrassés de Brundibár, ils chantent une berceuse, pour quelques sous mais Brundibár bien vite les vole. Tous les enfants aidés des animaux chassent Brundibár et récupèrent les pièces de monnaie ; l’opéra s’achève sur cette victoire.

Le personnage Brundibár fait allusion à l’ascension d’Hitler. Ses gesticulations et ses vociférations symbolisent les discours d’Hitler. Brundibár évoque à un moment son empire et il dit c’est mon Reich.

Le texte en lui-même est naïf cherchant à reproduire le langage des enfants et toutes les subtilités d’accentuation de la langue tchèque ne semblent pas être maîtrisées par Krása mais la musique très riche, atténue ces défauts.

Le texte est naïf cherchant à reproduire le langage des enfants et la musique de Hans Krása, très riche, de atténue les subtilités et la difficile maitrise langue tchèque.

 

Biographie de Hans Krása

Hans Krása est aujourd’hui connu, notamment, pour son célèbre opéra pour enfant Brundibar qui deviendra dans le camp de Terezin un véritable symbole d’espérance.

Hans Krása est né le 30 novembre 1899 à Prague, d’un père, avocat, tchèque germanophone et de mère juive allemande. Dès l'enfance, il apprend à jouer du piano puis du violon. Il a onze ans lorsqu'une de ses premières compositions est jouée par l'orchestre balnéaire de Salzbourg. A l’Académie allemande de musique et des arts plastiques de Prague, il suit des cours de composition musicale avec Alexander von Zemlinsky. En 1921, il obtient son premier succès comme compositeur avec ses Lieder avec orchestre opus 1 sur des textes de Christian Morgenstern. À la même époque, il compose Der Schläfer im Tal pour voix et orchestre sur des vers d’Arthur Rimbaud ainsi que sa Symphonie pour petit orchestre avec une voix (1925) sur des vers du même poète. Elève d'Albert Roussel en France dans les années 1920, il crée son Quatuor à cordes opus 2 (1921), à Paris, lors d’un concert de La revue musicale. En 1927, il poursuit ses études au Conservatoire de Berlin, où Zemlinsky est nommé professeur de déchiffrage.

De retour à Prague il compose plusieurs ouvrages, notamment la cantate La Terre est au Seigneur (Zeme je Pane) (1931), la Musique de chambre pour clavecin et sept instruments (1936) dont la première a lieu avec succès au concert du cercle artistique Mánes, et l'opéra Fiançailles dans un rêve (Zasnuby ve snu, 1933), inspiré par la nouvelle de Fiodor Dostoïevski, Le rêve de l'oncle.

Grâce à cet opéra, dont les auteurs du livret sont deux journalistes du Prager Tablatt, Rudolf Thomas et Rudolf Fuchs, il reçoit le prix de composition décerné par l’État Tchécoslovaque (1933). En 1934, Krása travaille pour la première fois avec Adolf Hoffmeister à l’occasion de l’écriture de la musique de scène de sa pièce de théâtre d'avant-garde La Jeunesse est un jeu (Mládí ve hře) et sa version allemande Kleine Bühne. Sa musique rencontre un vrai succès dont un extrait devient si populaire qu’il le réutilise dans son Thème et Variations pour quatuor à cordes (1935-1944). En 1938, Krása collabore, à nouveau, avec Hoffmeister en écrivant l'opéra pour enfants, Brundibár, à l'occasion d'un concours du Ministère de l'enseignement et de l'éducation populaire.

Hitler envahit la Pologne, l’oeuvre est alors exclue du concours ce qui en empêche la création immédiate. Hoffmeister quitte le Protectorat pour la France puis le Maroc et enfin New-York et ne revient en Tchécoslovaquie qu’en 1945. Mais Krása réalise trop tard qu’il faut partir et est déporté à Terezín le 10 avril 1942. Dans le camp il est marié quelques mois avec Eliška Kleinová pour empêcher sa déportation en tant que femme seule. Il prend une part active à la vie musicale de Terezín en dirigeant la Freizeitgestaltung (« organisation du temps libre ») et en composant très activement.

Il écrit une Ouverture pour un petit orchestre (1943), reprend son Thème et Variations, compose une Danse pour un trio à cordes, Tanz, Passacaille et fugue (cette dernière composition ne fut pas jouée à Terezín) et une oeuvre vocale en tchèque sur des poèmes d'Arthur Rimbaud, Trois chansons pour soprano, clarinette, viole et violoncelle.

Par ailleurs, Krása reçoit l’ordre des autorités du camp d’écrire une nouvelle partition d’orchestre pour Brundibár car seule sa réduction pour piano a été préservée. Mais, dans la nuit du 16 octobre 1944, quelques jours seulement après le passage de la Croix Rouge dans le camp de Terezín, n’étant plus utile aux Nazis, Krása est transporté en chemin de fer vers Auschwitz avec une partie de l’équipe de Brundibár.

 

Terezin

A partir de différents textes et extraits, voici ce que l’on peut dire en résumé sur le camp de Terezin :

Terezin (nom tchèque, les Allemands disant "Theresienstadt") se divise en deux parties : le ghetto et la petite forteresse. La forteresse de Terezin fut édifiée au XVIIIème siècle afin de défendre les voies d’accès et d’empêcher les troupes ennemies d’entrer à l’intérieure du pays. Dès le début du XIXème siècle, elle servit de prison non seulement pour les prisonniers de guerre, mais aussi pour les détenus politiques ou les opposants au régime des Habsbourg. En juin 1940, elle fut transformée en prison de la Gestapo de Prague.

Les déportés du ghetto venaient principalement de Tchécoslovaquie, d'Allemagne, d'Autriche, du Danemark et de Hollande ainsi que de Slovaquie, et de Hongrie. Beaucoup d'entre eux avaient fait des études supérieures, étaient bien organisés et avaient une expérience de militants sioniste.

De la naissance du ghetto, jusqu’au 20 avril 1945, environ 144 000 personnes furent déportées à Terezin. Un quart d'entre elles, 33 000, mourut sur place, principalement à cause des conditions de vie (famine, maladies, épidémie de typhus à la fin de la guerre). 88 000 Juifs furent déportés à Auschwitz et dans les autres camps d'extermination. À la fin de la guerre, on dénombrait à peine 19 000 survivants.

En 1943, lorsque les rumeurs sur l’existence de camps de concentration commencent à filtrer à l’extérieur, les autorités allemandes décident de faire visiter Terezín aux représentants de la Croix-Rouge. Plusieurs mois après sa demande, le CICR (Centre International de la Croix-Rouge) obtient finalement en mai 1944 l’autorisation allemande de visiter le ghetto. Cette visite est soigneusement préparée.

Les nazis accélèrent les déportations pour diminuer la surpopulation et installent une banque, de fausses boutiques, un café, des jardins d’enfants et des écoles. On plante des fleurs pour rendre l’endroit plus attractif. Les représentants de la Croix-Rouge visitent donc des chambres fraîchement repeintes dans lesquelles ne vivent jamais plus de trois personnes.

Les invités assistent à la représentation d'un opéra pour enfants, Brundibár.

Bernés, les représentants de la Croix-Rouge envoient un rapport positif à Genève. Les officiels de la Croix-Rouge Internationale, après la visite soigneusement orchestrée des endroits qu’Eichmann désirait montrer, furent persuadés que les prisonniers étaient traités humainement. Ils annulèrent donc leur inspection prévue à Buchenwald, camp allemand où plus de 250.000 prisonniers venant de 30 pays différents furent incarcérés.

La mise en scène de cette visite est une telle réussite que les Allemands décident de tourner un film de propagande. Le tournage démarre le 26 février 1944 sous la direction de Kurt Gerron. Après le film, la plupart des acteurs et de l'équipe, y compris le réalisateur, sont déportés à Auschwitz.

Le travail musical servira de trompe-l’oeil dans le camp de Terezin, au sein duquel ont été rassemblés beaucoup d’artistes juifs. Au début les nazis s’opposaient à toute vie culturelle. Malgré la minutie des fouilles qu'ils pratiquaient, les nazis ne purent empêcher certains musiciens d'introduire des instruments dans le camp de Terezin. Des violoncelles, des violons, des clarinettes, parfois en pièces détachées, surgirent ainsi dans l'enceinte du camp. Faute de partitions, certains artistes en recopièrent de mémoire, d'autres passaient leur temps à chanter dans leur tête ce qu'ils ne voulaient pas oublier. D'autres, enfin, écrivaient, dessinaient, composaient. Une vie culturelle intense imposa bientôt sa marque sur Terezin. Les Allemands comprirent vite la propagande qu’ils pouvaient en tirer. Les Allemands mirent en place le "Freizeitgestaltung", une administration des loisirs qui permettait aux prisonniers de jouer de la musique en ayant accès à des instruments et des partitions. Ils encouragèrent donc toutes les initiatives, laissant des choeurs, des orchestres, se constituer. On organisa des représentations théâtrales, on monta des opéras à Terezin. Un piano fut apporté. Il n'avait pas de pieds, on le posa sur des caisses. Mahler, Schoenberg, interdits ailleurs, côtoyèrent Bizet, Schubert, Brahms, Zemlinsky, Chopin, Debussy et la musique des compositeurs internés. La musique est pratiquée dans un cadre officiel mais aussi de manière spontanée. On y compte des représentations d’opéras, de musique de chambre, un ensemble de jazz, des spectacles de cabaret et de revue, ou encore un studio de musique nouvelle.

En plus de Hans Krasa, des artistes déjà célèbres avant leur déportation tels que Victor Ullmann, Pavel Haas, Gideon Klein composèrent de nombreuses pièces musicales dans le ghetto. Victor Ullmann y composa un opéra, "L'empereur d'Atlantide ou la mort abdique", mais aussi une sonate pour piano, Gideon Klein y composa un trio pour violon et une sonate pour piano, Pavel Haas composa "Quatre chansons pour basse et piano sur poème chinois" et une suite pour hautbois et piano.

Parmi les opéras montés à Terezín, on peut citer, le Mariage de Figaro, la Flûte enchantée de W. A. Mozart, Rigoletto de G. Verdi, La Tosca de G. Puccini, Carmen de G. Bizet, Le dernier opéra joué à Terezín, Les contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach, eut lieu le 9 avril 1945.

Raphaël Schächter, pianiste et chef d’orchestre tchécoslovaque, arrive au camp le 30 novembre 1941 et le quitte pour Auschwitz le 16 octobre 1944. Entre ces deux dates, il réussit, en dix-huit mois d'efforts désespérés, à répéter et à faire jouer le Requiem de Verdi ».