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Politicien d’extrême droite condamné pour négationnisme


Déjà condamné par le passé, Philippe Brennenstuhl a été jugé coupable de discrimination et d’incitation à la haine pour un post Facebook dans lequel il évoquait des «absurdités» et «invraisemblances» au sujet de la Shoah. Son avocat fera appel.

L’atmosphère était épaisse dans la salle du Tribunal du Nord vaudois jeudi matin. Outre le président du Parti nationaliste suisse (PNS) Philippe Brennenstuhl et son avocat Me Pascal Junod, également défenseur de Dieudonné, le public était complet. On y trouvait d’une part des proches du Suisse, dont le fondateur de l’association révisionniste Vérité et justice aujourd’hui fermée par décision de justice; et de l’autre côté, des représentants de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD), dénonciatrice des propos de Philippe Brennenstuhl, accusé d’avoir «grossièrement minimisé» le génocide juif.

L’audience de jeudi a d’abord consisté en une explication de texte du post Facebook écrit par le retraité sur la page du PNS. «Je serai bref car le dossier est vide», a résumé Pascal Junod. Pour lui, son client se bornait à relever une justice à deux vitesses, qui fermerait les yeux sur des insultes à l’égard des musulmans (une référence aux caricatures de Mahomet publiées «en toute impunité» en 2005) mais enverrait en prison celui qui relèverait «des invraisemblances dans l’histoire de la Shoah». En évoquant «les absurdités que l’on nous sert et ressert depuis 1945», le prévenu aurait simplement voulu nuancer la recherche historique sur les juifs refoulés aux frontières de la Suisse, sur la base d’études historiques récentes.

Plaidoyer pour la liberté d’expression

 

«Cette dénonciation repose sur des présupposés de ce que pense M. Brennenstuhl, a critiqué Me Junod. On lui fait dire ce qu’il n’a pas dit: c’est un délit d’opinion.» Et de plaider pour la liberté d’expression, qu’il place en opposition à l’article 261bis du Code pénal, qui condamne la discrimination et l’incitation à la haine, notamment sur la base d’une religion.

 

Ces arguments n’ont pas suffi à faire acquitter Philippe Brennenstuhl. Pour le président Olivier Peissard, «rien ne l’obligeait à aborder ce sujet pour défendre sa position sur la liberté d’expression ou la recherche historique». Le choix des exemples, mis en contexte avec le programme du parti d’extrême droite qu’il préside, trahit clairement une idéologie qui justifie l’utilisation de l’article 261bis, a-t-il jugé. Et de rappeler que les propos ont été tenus dans un cadre public et politique, dans lequel des abonnés adhéraient et répercutaient cette attitude «discriminatoire» par leurs commentaires. Le Vaudois a été condamné à 30 jours-amende à 50 fr. avec sursis, ainsi qu’à 300 fr. d’amende. Il assumera également les frais de justice. Me Junod a déjà annoncé qu’il déposerait un appel.

Diatribe contre la CICAD

 

Après son explication de texte, Me Junod, connu pour avoir défendu l’essayiste négationniste Alain Soral ou encore Dieudonné, a longuement critiqué la CICAD, coutumière des procès de ce type. «C’est ironique d’entendre des accusations sur la soi-disant idéologie d’extrême droite de mon client de la part d’un groupuscule au service des intérêts de l’Etat d’Israël, lui même très à droite. La CICAD pratique la délation systématique, une méthode digne des heures les plus sombres de l’Histoire.» Pour l’avocat, cette «machine à faire de l’argent» crée et maintient à tort l’idée qu’il existe de l’antisémitisme en Suisse.

Condamnation attendue, propos désolants

 

«Tout ce qui a été dit confirme l’idéologie pour laquelle M. Brennenstuhl a été condamné, réagit Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la CICAD. Ce post n’est pas sorti de nulle part, il fait suite à une accumulation de preuves d’hostilité à l’égard des juifs qui nous a poussés à cette dénonciation. Nous avons par ailleurs bien noté dans la plaidoirie de Me Junod, qui n’a pas été choisi par hasard, les références bien connues à une avidité pour l’argent ou à l’affiliation à un gouvernement étranger, comme si nous n’étions pas des citoyens suisses dotés du droit de se défendre.» Le secrétaire général ne nie pas que l’histoire évolue et fait l’objet d’éclairages nouveaux au gré des recherches effectuées, «mais cela fait partie du travail d’historien et non de celui de propagandistes nourrissant l’antisémitisme le plus vil.»

 

Source : 20Minutes, 8 octobre 2021