×

Procès pour discrimination. Conférencier controversé condamné pour propos racistes


L’ancien haut fonctionnaire français Henry de Lesquen a été reconnu coupable de discrimination. Il avait eu des propos à teneur antisémite en marge d’une conférence donnée à Aigle.

Des propos qui avait mobilisé la CICAD notamment par des échanges avec la commune d’Aigle et un communiqué de presse dont la presse s’était fait l’écho. Henry de Lesquen a été condamné à 30 jours-amendes avec sursis, assortis d’une amende de 900 fr. Me Jean-Luc Addor, son avocat annonce qu’il fera appel.

Henry de Lesquen n’en n’est à son cup d’essai. Condamné en France pour provocation à la haine et contestation de crimes contre l’humanité, il déclarait en 2016 : « Je suis émerveillé de la longévité des "rescapés de la Shoah" morts à plus de 90 ans. Ont-ils vécu les horreurs qu'ils ont racontées ? » ou « la musique nègre s’adresse au cerveau reptilien ». Il avait été ensuite évincé de la présidence de Radio-Courtoisie en 2017, antenne de l’ultra-droite.

Quant à « Résistance Helvétique », que dire de ses liens avec des groupes extrémistes français et des multiples intervenants de la scène antisémite et raciste.

La vigilance face à ces groupes est plus que jamais de rigueur. Il va de soi que de tels propos sont systématiquement dénoncés.

 

Henry de Lesquen a-t-il vraiment dit: «Il y a pire que le coronavirus, il y a le judéovirus», le 7 mars 2020 à Aigle, alors qu’il était l’invité de Résistance helvétique pour une conférence sur «la question raciale»?

 

C’est la question principale que devait se poser le Tribunal de police de l’Est vaudois ce jeudi, où l’ancien haut fonctionnaire français aux idées tranchées comparaissait comme accusé. Selon le Ministère public central, qui l’a renvoyé devant la juge, cette déclaration tombe sous le coup de l’article 261 du Code pénal qui traite de «discrimination et incitation à la haine».

Mais avant de définir si la phrase est bien constitutive d’une infraction, il s’est agi d’établir si elle a bien été émise. Car le principal intéressé conteste avec la dernière énergie avoir formulé ces mots. Les autorités d’Aigle, qui ont dénoncé le tribun, n’ont pas pris part à cette réunion organisée sur son sol, dans un caveau privé. Mais un journaliste de «24 heures» y assistait et son article a déclenché la procédure.

 

    «Je suis victime d’un procès politique!»

    Henry de Lesquen

 

Convoqué comme témoin, ce dernier est «catégorique». Il confirme à la présidente: «J’ai entendu distinctement. C’est bien ce qu’il a dit et c’est bien lui qui l’a dit.»

Le Ministère public n’a pu faire corroborer ces affirmations, organisateurs et participants étant difficiles à retrouver. Le Parquet est néanmoins convaincu que les propos ont été exprimés, compte tenu du contexte de la conférence, des opinions relayées sur le site internet du septuagénaire et des poursuites et condamnations à son encontre, dont l’essentiel gravite autour de la thématique.

Témoin attaqué

 

Pour sa défense, l’accusé se retourne contre l’unique témoin. Il s’estime victime d’un complot ourdi par un mouvement trotskiste, dont le journaliste serait militant.

 

Le verbe aussi impeccable que son complet ourlé d’une écharpe crème, Henry de Lesquen se dit «indigné»: «Je suis victime d’un procès politique! Cet article était un résumé caricatural et ridicule. Le journaliste n’a pas trouvé de propos constituant un délit d’opinion dans ma conférence, alors il a inventé cette mauvaise blague.»

 

La défense, menée par Me Jean-Luc Addor, pointait des manquements déontologiques pour discréditer le témoin et ses écrits, mais la juge n’a décelé aucune violation des devoirs du professionnel des médias. «On ne voit d’ailleurs pas quel intérêt il aurait eu à inventer ces propos.»

Elle a donc accordé foi à l’article de presse et condamné Henry de Lesquen à 30 jours-amendes avec sursis, assortis d’une amende de 900 fr. Me Jean-Luc Addor annonce qu’il fera appel.

 

Source : 24heures, 18 novembre 2021