Suisse. Des accointances d’extrême droite | CICAD
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Suisse. Des accointances d’extrême droite


13 Septembre 2019

Patron des matelas Roviva, le Bernois Peter Patrik Roth a fait l’objet d’une enquête de l’émission Rundschau et du Tages Anzeiger pour sa proximité avec des néonazis.

La polémique n’a pas encore franchi la Sarine, mais elle fait rage en Suisse alémanique. Une enquête conjointe du Tages Anzeiger et de l’émission Rundschau a mis en lumière les accointances entre l’homme d’affaires bernois Peter Patrik Roth et des réseaux néonazis. Peter Patrik Roth est le directeur et propriétaire d’une entreprise bien implantée en Suisse alémanique: la fabrique de matelas Roviva, en main de sa famille depuis sept générations. Roviva est présent sur le marché suisse uniquement et livre notamment des hôtels haut de gamme.

Symboles nazis

L’enquête des deux rédactions met en évidence des investissements de l’intéressé dans un site d’importation de vêtements russes de la marque White Rex. Des habits dans lesquels il aimait s’afficher sur les réseaux sociaux au cours de ses activités sportives et de combat. Et qui sont ornés de symboles néonazis. Notamment celui du «soleil noir», une sorte de roue cosmique issue de traditions gnostiques mais utilisée par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Il est actuellement très en vogue dans les milieux d’extrême droite, car faite d’une triple swastika.

White Rex est aussi une entité organisatrice de combats MMA (Free Fight). Denis Nikitin, le fondateur de cette entreprise, est interdit depuis peu d’entrée dans l’espace Schengen sur demande de l’Allemagne, relève Rundschau. Il y a deux ans, il est venu en Suisse pour des séminaires d’entraînement à ce type de combat. Des rencontres où l’on retrouve l’associé de M. Roth dans l’entreprise Fightex AG qui importe les vêtements White Rex: Florian Gerber. Celui-ci est par ailleurs le vice-président du PNOS (Partei National Orientierter Schweizer ou Parti des Suisses nationalistes en français). Une photo de Peter Patrik Roth avec Denis Nikitin les montre en train de croiser leurs mains vêtues de gants de boxe. Un signe de ralliement des Hammerskins et des néonazis russes, selon le Tages Anzeiger. D’après les milieux antifa alémaniques, à l’origine de ces révélations, le séminaire visait à former le service d’ordre du PNOS, le Ahnensturm, littéralement la «section d’assaut des anciens», en référence à la Sturmabteilung, les SA dont furent plus tard issus les SS du Parti national socialiste alemand.

Réactions

Interpellé par les journalistes des deux rédactions, M. Roth n’a pas donné suite à leurs questions1. Il a laissé s’exprimer son avocat, Valentin Landman, qui défend souvent des personnes issues de la scène d’extrême droite. Selon ce dernier, les vêtements portés par son client ne traduisent aucune idéologie mais relèvent d’un intérêt pour les symboles et la langue des signes. La marque Roviva, de son côté, estime que les goûts vestimentaires de son patron durant ses heures de loisirs ne la regardent pas.

Conséquences

Les activités et les vêtements évoqués dans les deux reportages restent dans le cadre de la légalité. Contrairement à l’Allemagne, il n’est pas interdit en Suisse de porter des insignes néonazies, y compris un swastika. Et le PNOS est certes dans le radar des services de sécurité de la Confédération, mais il reste légal.

Pour l’heure, deux conséquences à l’outing de M. Roth. Le lutteur suisse Curlin Orlik, sponsorisé par Roviva, a renoncé à ce partenariat. Il avait notamment tourné des clips avec M. Roth où il luttait avec celui-ci et le faisait tomber… sur un matelas de la marque. Quant à Peter Patrik Roth, il a démissionné du comité de l’association patronale de Haute Argovie où il siégeait, selon la Berner Zeitung.

 

 

 

1.Le Courrier a sollicité une réaction de la part de M. Roth via son entreprise. Sans succès.

 

 

 

 

Source : lecourrier.ch, 12 septembre 2019