Une plainte pénale pend au nez de Dieudonné | CICAD
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Une plainte pénale pend au nez de Dieudonné


28 Février 2019

Justice. Un rapport montre que les discours de haine à l’encontre des juifs progressent. Et un spectacle, joué en janvier à Nyon, a été dénoncé à la justice.

Dans son rapport annuel, la CICAD (Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation) montre des actes antisémites en augmentation en Suisse romande. Elle recense 174 cas l’an dernier, soit 17 de plus qu’en 2017. Si des agressions physiques et verbales sont signalées, c’est sur les réseaux sociaux que les discours de haine à l’encontre des juifs se développent (46% d’augmentation). Pour 2019, la CICAD a également dénoncé les propos de l’humoriste Dieudonné, lors de son spectacle de janvier, au Théâtre de Marens, à Nyon.

La Municipalité de Nyon avait estimé, a priori, que le spectacle n’était «pas polémique». Aucune surveillance n’avait été prévue à l’intérieur de la salle. Qu’importe, la CICAD avait annoncé qu’elle serait dans la salle communale afin de s’assurer que les propos de Dieudonné ne violaient pas le Code pénal. Il semble qu’elle a été bien inspirée, puisque l’humoriste aurait «franchi une ligne rouge», estime la CICAD. «Il y a cette phrase où un personnage dit: «Je dois t’avouer que les chambres à gaz n’ont pas existé», rapporte Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de l’association.

Déjà condamné à de multiples reprises en France, Dieudonné semble avoir délibérément versé dans le négationnisme lors de son spectacle en Suisse. C’est en tout cas ce que va étudier le Ministère public du canton de Vaud. La CICAD ne pouvant pas être partie prenante dans une plainte pénale, elle a dénoncé les propos de l’humoriste. «Le Ministère public doit instruire notre dénonciation et décidera, ou non, de poursuivre les propos de Dieudonné», explique Johanne Gurfinkiel.

En attendant la décision de justice, la Municipalité de Nyon réagit en «déplorant» la conduite de l’humoriste. «On avait surveillé le spectacle la première fois qu’il était venu et, jusque-là, il était resté dans le cadre légal, dit la municipale Stéphanie Schmutz. Mais s’il s’avère qu’il a effectivement prononcé ces paroles en janvier, il était prévenu: nous ne lui louerons plus de salles pour ses spectacles.»

Dans son rapport, la CICAD observe que la négation de la Shoah trouve un écho non négligeable en Suisse romande, puisqu’il concerne un quart des actes antisémites recensés. D’autres vecteurs propagent des messages haineux, selon l’association. Les groupes d’extrême droite, le conflit israélo-palestinien, mais aussi la banalisation du discours antisémite par le biais de «blagues potaches». Face au phénomène, la CICAD recommande plusieurs mesures, à commencer par l’adoption d’une «définition précise de l’antisémitisme».

 

 

Source : 24heures.ch, 27 février 2019