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Une romancière américaine, accusée d'antisémitisme, demande la censure de son ouvrage


Elin Hildebrand a accepté de retirer de son dernier roman les quelques lignes qui avaient déclenché les foudres des internautes. Elle y faisait une référence à Anne Frank.

Des dizaines de messages d'internautes agacés, choqués voire dégoûtés : voilà ce à quoi ne s'attendait pas la romancière américaine Elin Hilderbrand, avec la sortie de son nouveau livre, Golden Girl. Et pourtant. Sur Instagram, de nombreuses personnes ont exprimé leur désaccord avec un passage de son roman, et ont demandé la suppression de ces quelques lignes ainsi que des excuses de la part de l'auteure, accusée d'antisémitisme.

Une surprise pour Elin Hilderbrand, qui remporte tous les ans un grand succès aux États-Unis avec ses romans d'amour taillés pour l'été. À chaque fois, les intrigues qui sentent bon les vacances et le soleil prennent place dans le cadre idyllique de Nantucket, une petite île au large du Massachusetts. En 2014, le New York Times la qualifie même de «reine de la lecture d'été facile et relaxante», et plusieurs de ses ouvrages ont été publiés en France. Dans son dernier roman, Golden Girl, elle raconte l'histoire de Vivian, une femme victime d'un accident de voiture qui va pouvoir observer sa famille depuis l'au-delà le temps d'un été. Vivian va également revivre plusieurs flash-back de sa jeunesse, et c'est justement l'un d’eux qui a créé la polémique.

Dans ce passage, Vivian se revoit enfant, à jouer dans le grenier avec son amie: «“Tu est en train de dire que l'on pourrait se cacher ici tout l'été?”, demande Vivan. “Comme...comme Anne Frank?” Cela les fait rires toutes les deux - mais est-ce vraiment drôle, et Vivi est-elle si loin du compte?» L'extrait n'est pas passé inaperçu. Sur Instagram, plusieurs commentaires l'accusent d'«antisémitisme» et expliquent être «dégoûtés» par la remarque. «Je suis une femme juive qui a perdu 18 personnes de ma famille dans l'Holocauste, et je suis dégoûtée de voir qu'un éditeur accepte une telle remarque. C'est inexcusable». «Depuis quand la mort d'Anne Frank est-elle drôle? À quel moment le trauma des Juifs est une punchline?», regrette un autre. «Je suis très déçu qu'un gros éditeur comme celui-ci permette des blagues sur Anne Frank», ajoute encore un autre, interpellant Little, Brown and Company, la maison d'édition du roman.

 

Elin Hilderbrand a d'abord répondu individuellement en messages privés à plusieurs commentaires, avant de poster un message sur son profil: «Je m'excuse de tout cœur. Cela se voulait une hyperbole mais c'était un mauvais choix, c'était offensant et de mauvais goût», a-t-elle déclaré. « Anne Frank était une jeune femme courageuse que je vénère, et son histoire reste profondément influente dans ma vie. Je m'efforce toujours d'écrire en toute bonne foi. Golden Girl est un roman que j'ai écrit pour mes enfants et je veux qu'ils soient fiers de chaque mot.», a précisé l'écrivaine dans un autre post. L'auteure a également signalé qu'elle avait demandé à son éditeur de supprimer le passage des versions digitales, ainsi que de toutes les prochaines impressions papier.

 

Source : Le Figaro, 9 juin 2021