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Visite controversée. Ce que Genève a à voir avec Zemmour


De quoi le polémiste français est-il le nom? Qui appartient à sa famille de pensée, en cousinage plus ou moins éloigné à Genève?

La venue d’Eric Zemmour à Genève mercredi prochain continue de faire des vagues. Le faire venir ici, dans la ville des droits de l’homme, ce serait un peu faire entrer le loup dans la bergerie. On n’a pourtant pas entendu ceux qui crient au loup aujourd’hui, lorsque le polémiste était invité à signer «Le suicide français» en 2014 à la librairie Payot. Pas davantage quand l’association «Convergences» qui l’invite à dialoguer avec Marc Bonnant, cette année, le faisait venir en 2014, 2016 et 2018, déjà avec l’avocat rhéteur.

Sans doute l’exposition du polémiste quasi-candidat à la présidentielle, qui a depuis longtemps rompu avec le journalisme des faits, pour embrasser une carrière d’auteur pamphlétaire, explique-t-elle ce passage de l’indifférence à la prise de distance sanitaire. Mais d’abord, de quoi Eric Zemmour est-il le nom? Et Genève ne couve-t-elle pas tranquillement sous ses airs droits-de-l’hommistes des représentants de sa famille de pensée?

Ce qui fait la particularité d’Eric Zemmour, c’est d’avoir cassé le mur entre la droite et l’extrême droite, se plaît à dire Robert Ménard, le très ultra maire de Béziers. Si la digue des idées semble rompue en effet, à entendre les deux premiers débats très anti-immigrés des candidats Républicains à la présidentielle, celle des partis tient encore. Pactiser avec Zemmour ou le Rassemblement National, c’est disparaître. Et voir partir la droite républicaine de LR rejoindre les rangs du macronisme.

 

Sociologiquement, ce que Zemmour a réussi, c’est de trouver des «intentions de votes dans l’électorat plutôt bourgeois et âgé des Républicains et celui plus jeune et populaire du Rassemblement national». Seules lui échappent les femmes de moins de 35 ans, selon l’étude de la Fondation Jean-Jaurès. Cette alliance de la bourgeoisie et du peuple, c’est celle à laquelle rêve aussi l’UDC, toujours empêchée à Genève par le refus du PLR et du PDC de faire cause commune, pour les mêmes raisons que LR, sans doute.

Bonnant, Nidegger, Décaillet

 

Son libéralisme économique et son conservatisme sur les valeurs vont très bien au cercle «Convergences», au public plutôt diplômé, pro entreprise et bourgeois. Sa misogynie, revendiquée par Marc Bonnant, en introduction d’un précédent dîner et l’idée que notre civilisation ne sait plus se défendre et «mourra de ses vertus (l’amour du prochain) jusqu’à perdre son identité dans l’autre, l’étranger, qui est un enfer», Bonnant toujours, fait du plaideur, un vrai admirateur, chantant des louanges qu’il adresse tant à l’invité qu’à lui-même.

 

En cherchant toujours ce que Genève a à voir avec Zemmour, on se tournera vers un autre journaliste pamphlétaire, qui regrette l’effacement du boulangisme MCG à Genève, dit sa haine pour 68, son agacement face à la gauche qui défile et la nécessité pour la droite de partir de l’histoire pour construire son récit. Chacun aura reconnu Pascal Décaillet.

Le conseiller national UDC genevois Yves Nidegger peut aussi se retrouver sur les positions d’Eric Zemmour, dans une vision décliniste («Reconstruire une Genève en ruine» qui sonne comme «Le suicide français»), sa détestation de 68, son conservatisme, son antienne sur l’union des droites à Genève et ses discours réactionnaires sur tous les sujets de société dont le mariage pour tous.

Un entourage de catholiques traditionalistes

 

Ce que révèle la biographie d’Eric Zemmour par Étienne Girard intitulée «Le radicalisé», c’est que l’entourage du putatif candidat à la présidentielle, est essentiellement composé de représentants de la droite catholique la plus traditionnelle. Son presque directeur de cabinet, Jean-Paul Bolufer, est un ancien de la Cité catholique, un institut «contre-révolutionnaire», proche des intégristes de la Fraternité Saint-Pie X et des traditionalistes de la Fraternité Saint-Pierre.

 

On trouve aussi Jean-Frédéric Poisson, de l’ex-parti chrétien-démocrate, mais surtout plusieurs figures de la Manif pour tous et du Printemps français, qui s’étaient mobilisés autour de la candidature de François Fillon comme Samuel Lafont et même le groupuscule Civitas mouvement catholique intégriste et antidémocrate qui croient en la résurrection du nationalisme intégral du catholique Charles Maurras. Ceux-là disaient une prière de protestation contre «La vie de J.C.», la série de la RTS parodiant la vie de Jésus, sur la plaine de Plainpalais, en octobre dernier.

Indubitablement, le Genevois le plus proche de la colonne vertébrale de la candidature Zemmour est l’UDC Eric Bertinat, président de Perspective catholique qui organisait cet été une manifestation anti-avortement à Genève avec les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X de Mgr Lefebvre. On trouve aussi ce courant aux avant-postes des manifestations antivax et contre le pass sanitaire. Dans ces manifestations, Civitas, l’organisation nationale-catholique intégriste, est présente pour dénoncer la «dictature sanitaire» comme le très proche Pro Fide Catholica, un site catholique intégriste, qui pestait il y a peu contre les mesures sanitaires en place à l’aéroport de Cointrin.

 

Il suffit enfin d’aller sur les réseaux sociaux et les commentaires des articles qui lui sont consacrés pour constater que le Français n’a pas à Genève que des détracteurs.

 

Source : Tribune de Genève, 18 novembre 2021