Malgré l’angoisse après l’attentat de Sydney, les célébrations de Hanoukka se poursuivent en Suisse
Malgré l’angoisse après l’attentat de Sydney, les célébrations de Hanoukka se poursuivent en Suisse
La tuerie de Sydney exacerbe l’angoisse de la communauté juive, déjà confrontée à une multiplication d’actes antisémites depuis le 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza.
La vie continue pour les juifs de Suisse, malgré la tristesse et l’angoisse, qui est montée d’un cran. Dimanche, deux tueurs mitraillaient une foule rassemblée à Sydney pour le premier soir de Hanoukka, la fête juive des lumières qui dure jusqu’à lundi prochain. La tuerie, qui a fait 15 victimes et des dizaines de blessés, n’a pas dissuadé le Habad, le même mouvement orthodoxe juif qui organisait le rassemblement de Sydney, de convier à l’allumage de la quatrième bougie mercredi soir au centre-ville de Genève.
«Nous organisons cette célébration chaque année, dit-on au Habad, à Genève. L’an dernier, environ 500 personnes étaient venues passer un moment convivial autour d’un vin chaud et de beignets qu’on mange traditionnellement pour Hanoukka.» «Même si je ne suis pas un juif orthodoxe, j’y serai», lance Johanne Gurfinkiel. Le secrétaire général de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad) témoigne qu’il sera bien seul dans son entourage à s’y rendre malgré les mesures de protection. «Un proche m’a dit qu’il fallait être inconscient pour aller dans un rassemblement juif», rapporte Johanne Gurfinkiel.
Le visage de la lutte contre l’antisémitisme en Suisse romande assure que l’attentat de Sydney a ajouté «une angoisse supplémentaire» pour la communauté juive. «L’Australie était considérée comme extrêmement paisible. Le pire peut arriver là-bas, mais aussi ici, en Suisse. En Australie, les représentants de la communauté juive alertent depuis longtemps sur la montée de l’antisémitisme, comme nous le faisons», prévient-il. Le responsable se défend de tout alarmisme: «Les juifs sont une cible de choix pour les terroristes islamistes. La radicalisation a augmenté contre Israël, avec pour risque que certains individus soient embrigadés par des groupes comme l’Etat islamique. En Suisse, comme ailleurs, la menace ne vient pas de l’extérieur mais de l’intérieur. Ce n’est pas moi qui le dis, mais le service de renseignement de la Confédération.»
Le secrétaire général de la Cicad dénonce, surtout en Suisse romande, une «condamnation politique défaillante» de l’antisémitisme. Il dit avoir contacté des élus de tous bords pour qu’ils s’engagent publiquement contre ce poison dans un appel qui sera publié prochainement. «Des dizaines d’élus des assemblées municipales, cantonales et fédérales ont accepté de signer spontanément», se félicite-t-il.
«Dans une coquille»
Même si la situation en Suisse n’est pas aussi grave qu’en Australie, «un juif a failli être tué en pleine rue à Zurich quand il a été poignardé et grièvement blessé en mars 2024», rappelle Jonathan Kreutner, secrétaire général de la Fédération suisse des communautés israélites. Le responsable se félicite que la Confédération ait débloqué ces dernières années des fonds pour protéger les lieux fréquentés par la communauté juive. «Mais le renforcement de la sécurité n’a pas d’impact automatique sur le sentiment des juifs de Suisse», relève-t-il. Et de citer une enquête réalisée par la Haute Ecole des sciences appliquées de Zurich qui révélait que près d’un tiers des juifs de Suisse interrogés en 2024 songeaient à quitter le pays. La même proportion ne portait plus de symbole juif dans l’espace public.
De l’aveu général, le massacre du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas et la guerre d’anéantissement de Gaza qui a suivi ont été un basculement. Depuis deux ans, les actes antisémites se sont multipliés, en Suisse aussi. «Je vis ici depuis cinquante ans et c’est la première fois que je n’ose plus dire que je suis juive. Nous sommes constamment confrontés aux actes d’Israël, alors que ce n’est pas notre gouvernement», témoigne une habitante de la région genevoise qui souhaite rester anonyme. Denise S., septuagénaire de Lausanne, dit ne fréquenter que des gens de sa communauté après avoir été profondément blessée par un commentaire d’un ami sur le 7-Octobre. «Je suis une juive laïque mais je soutiens Israël tout en critiquant le gouvernement de Benyamin Netanyahou, dit-elle. Nous nous sommes renfermés dans une coquille.»
