En Suisse, après l’attentat de Bondi Beach, la communauté juive romande réclame des mots forts

En Suisse, après l’attentat de Bondi Beach, la communauté juive romande réclame des mots forts

Au lendemain de l’attaque antisémite qui a fait quinze morts à Sydney, l’émotion et l’inquiétude dominent au sein de la communauté juive romande.

 

Au lendemain de l’attentat antisémite perpétré dimanche sur la plage de Bondi Beach, à Sydney, la communauté juive romande oscille entre émotion profonde et incompréhension. Une attaque qui a coûté la vie à quinze personnes et fait quarante-deux blessés, alors que des familles célébraient Hanoukka.

« Nous sommes inquiets et plongés dans la tristesse », confie Elie Elkaim, président de la Communauté israélite de Lausanne et du canton de Vaud (CILV), cité par La Tribune de Genève.

Comme lui, de nombreux responsables communautaires soulignent le choc provoqué par une violence ciblée contre des civils en raison de leur identité juive.

La Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad) a de son côté rendu hommage aux victimes et rappelé que « l’antisémitisme tue ». Son secrétaire général, Johanne Gurfinkiel, souligne que « ce n’est pas un phénomène nouveau, il existe chez nous aussi ».

Si la Suisse a condamné l’attaque, la Cicad regrettait, dans un premier temps, l’absence de réaction immédiate des autorités cantonales genevoises. Lundi soir, par la voix de sa Chancellerie, le Conseil d’État de Genève a alors émis un communiqué pour « s’associer à la douleur éprouvée par les personnes touchées par cette attaque terroriste » et adresser « ses pensées émues aux familles des victimes ainsi que ses vœux de rétablissement aux blessés », faisant part de « ses plus sincères condoléances aux représentants de l’Australie à Genève » et réaffirmé qu’il « condamne avec fermeté tout acte ou propos raciste, antisémite et islamophobe ».

Une position jugée toutefois décevante par Johanne Gurfinkiel. « En refusant de nommer explicitement l’antisémitisme, le Conseil d’État affaiblit la portée de sa réaction », estime-t-il dans les colonnes de La Tribune de Genève. « Face à une attaque visant des Juifs en raison de ce qu’ils sont, une condamnation claire, spécifique et assumée était attendue. »

Sur le terrain, Gregory Melloul, patron d’une boucherie casher à Lausanne, indique que « des normes ont été mises en place il y a quelque temps, en collaboration avec les responsables de la sécurité de la CILV ». Ces dispositifs ont été renforcés après le 7 octobre 2023 et ajustés récemment à l’occasion de Hanoukka.

Lors de la première soirée de célébration de la fête juive, des policiers municipaux se tenaient à proximité immédiate de la synagogue. « On sous-estime grandement ce qui se répand sur les réseaux sociaux et dans la rue, mais quand on fait appel aux forces de l’ordre, elles sont là et nous leur en sommes très reconnaissants », souligne Elie Elkaim, cité par La Tribune de Genève.

Mais pour la Cicad, ces dispositifs sont insuffisants. « La sécurité ne peut pas tout garantir. Nous avons besoin d’entendre une parole politique forte », insiste Johanne Gurfinkiel, rappelant qu’ « entre soutien à la cause palestinienne et dérives antisémites, il existe une frontière claire » que les responsables publics doivent contribuer à faire respecter.

Du côté des autorités, le Département des institutions et du numérique (DIN) affirme suivre la situation de près. « La police analyse la situation à Genève en permanence et adapte son dispositif en fonction de ses appréciations », indique son porte-parole Laurent Paoliello, cité par La Tribune de Genève.

Dans le canton de Vaud, la fusillade de Sydney n’a pas entraîné de modification majeure du dispositif existant. « Nous entretenons des contacts réguliers avec la communauté juive », assure David Guisolan, premier-lieutenant de la police cantonale vaudoise, évoquant un dispositif jugé « adapté et proportionné ».

Une prudence qui n’efface pas les craintes. « À Sydney, c’était tranquille depuis trente ans, comme chez nous. Et pourtant, c’est arrivé… On ne sait jamais quand ça va se passer », conclut Elie Elkaim pour La Tribune de Genève.