La CICAD distingue opinion légitime et attaque contre son honneur

La CICAD distingue opinion légitime et attaque contre son honneur

En lisant le texte de la pétition lancée par Jacob Berger, moi aussi, je veux la signer! Parce que la liberté d’opinion, y compris pour les opinions que l’on ne partage pas, doit être protégée afin de permettre la circulation des idées et le débat démocratique.

Le hic, car il y en a un de taille, c’est qu’il existe une différence fondamentale entre la réalité des faits et le lyrisme de cette pétition. Les faits sont têtus, et le vacarme entretenu ne saurait les faire disparaître. Puisque le député Thévoz a décidé que le procès devait absolument se tenir sur la place publique plutôt que dans un tribunal, et que ses soutiens pourraient ainsi s’ériger en juges (le tribunal appréciera le peu de cas fait de ses prérogatives), certains éléments essentiels doivent, eux aussi, être exposés sur la place publique:

Les griefs de la Cicad à l’encontre du député Thévoz ne portent en aucune manière sur ses prises de position ni sur ses opinions. En aucune manière.

Ils visent exclusivement les accusations qu’il a portées contre la Cicad, en particulier celle, hautement infamante pour une association citoyenne engagée sur le terrain local, d’agir pour le compte d’un gouvernement étranger. Ce sont ces attaques, documentées, contre notre honneur et notre intégrité qui sont poursuivies.

On peut avoir des opinions sans pour autant insulter ceux qui ne les partagent pas. Sauf à considérer qu’une seule opinion, la sienne, mérite d’être défendue et qu’elle est, par essence, juste et incontestable. Et gare à ceux qui oseraient apporter la moindre contradiction! Ceci est particulièrement dommage alors que le coprésident du Parti socialiste sur Léman Bleu, pour la première fois depuis longtemps, semblait faire un pas dans le sens d’une prise en compte des anxiétés qui traversent la population juive en apportant, enfin, un début de nuance dans les propos.

Les signataires doivent prendre conscience que, dans cette pétition, absolument rien ne s’approche, de près ou de loin, de la réalité judiciaire. Mais on l’aura compris, la réalité judiciaire n’est pas le but de cette démarche. Elle y est accessoire, subordonnée aux manipulations rhétoriques d’un tribunal populaire qui tient davantage du robespierrisme que de la justice. Pour citer le Parti socialiste genevois dans une récente publication: «Elle (la justice) est aussi traversée par des rapports de pouvoir qui font qu’elle n’est pas toujours «juste» justement. Le droit est parfois le terrain de jeu où les grands écrasent les petits.» Et c’est peut-être là, dans cette vision, que se situe le véritable problème. Un problème qui devrait inquiéter.

 

Laurent Selvi, Président de la CICAD