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Genève va-t-elle déboulonner ses statues ?


 

  • La Ville a recensé les rues et monuments portant le nom de personnalités qui ont encouragé le racisme et le colonialisme.
  • Cette étude va donner lieu à des mesures concrètes pour contextualiser un passé peu glorieux.
  • A Genève et Neuchâtel des pétitions ont déjà réclamé «la tête» des statues de Carl Vogt et David de Pury.

 

Tombera ou tombera pas? En Ville de Genève, on s’interroge : faut-il oui ou non déboulonner certaines statues (ou encore débaptiser certaines rues) sous prétexte qu'elles ont été érigées en hommage à des personnalités historiques ayant promu le racisme et le colonialisme? Pour y répondre, la Municipalité a lancé une étude. Il s'agit de recenser les rues, monuments et statues de l'espace public portant le nom de personnages historiques controversés. Le fruit de ce travail, réalisé sous l'égide du Département de la culture et d'Agenda 21 Ville durable, va donner lieu à des mesures concrètes.

Dans son programme de mandature déjà, le conseiller administratif chargé de la Culture, Sami Kanaan, avait annoncé la couleur. Son objectif: s'attaquer à la question des mémoires ;publiques dans la cité de Calvin. Puis, en mai 2021, une table ronde intitulée Héritage raciste dans les villes: effacer, contextualiser ou repenser l'histoire? avait réuni des experts au Musée d'Ethnographie, histoire de débattre de la thématique et de partager des expériences avec d'autres villes.

Décès de George Floyd

Quelle place faut-il donner à ces symboles? Quelle histoire veut-on honorer? Comment accompagner la pré­sence de ces représentations dans l'espace public? Autant de questions qui ont secoué l'Europe suite au décès de l'Afro-Américain George Floyd, mort asphyxié sous le genou d'un policier blanc, en mai 2020. Quid en Suisse? Que sait-on de cette histoire complexe? Se basant sur des archives nationales et privées, l'historien et politicien saint-gallois, Hans Fassler avait démontré que, dans toutes les régions suisses, certaines familles ont accumulé des fortunes grâce au commerce triangulaire. Dans son ouvrage Une Suisse esclavagiste, il détaille comment des commerçants, banquiers, assureurs et militaires ont investi entre le XVIIe et le XIXe dans les sociétés coloniales, pratiqué la traite des esclaves, participé aux expéditions et à la répression des révoltes.

Reste donc à savoir ce que la Ville de Genève va faire de cet encombrant passé. La première étape, soit le résultat de cette étude aujourd'hui verrouillé, sera dévoilé lors d'une conférence de presse agendée au 1er mars. Dans la foulée, le 7 mars, le Festival du filin et forum international des droits humains (FIFDH) consacrera un débat Mémoires publiques et Monuments.: L'héritage raciste à Genève en question.

En attendant, le recensement initié par la Municipalité est salué par Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la Coordination inter­communautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (CICAD). «Notre société doit admettre que son histoire s'est aussi construite à travers des  personnalités au passé sulfureux. C'est tout à l'honneur de Genève que de se confronter à cette histoire. Grâce à nos outils démocratiques, le peuple pourra se déterminer sur l'opportunité de conserver ces symboles.» Et d'espérer qu'un débat public succédera à l'analyse de la Ville de Genève. Inspiré du mouvement woke» Le conseiller national UDC, Yves Nidegger, ne l'entend pas de cette oreille. Il s'interroge en préambule sur la légalité de la démarche: «Cette étude a-t-elle fait l'objet d'un budget alloué par le Conseil municipal de la Ville? Et si oui, est-elle opportune ? Et l'élu UDC de tirer la sonnette d'alarme: «Cette action idéologique me semble inspirée du mouvement adolescent woke qui consiste à instaurer la sensibilité de l'instant en un critère moral universel et éternel pour juger du bien et du mal de l'humanité. Une époque qui s'arroge le droit de juger les autres époques selon ses propres critères à elle, c'est la définition même du colonialisme culturel. A Genève pourra-t-elle revisiter son histoire sans susciter la polémique ? Rien n'est moins sûr.

 

Source : GHI