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Symboles de la Shoah usurpés par des antivax


L’invité. Johanne Gurfinkiel, Secrétaire général de la CICAD

La crise sanitaire est malheureusement encore synonyme de dérives racistes et antisémites. Grossières, indécentes et honteuses, elles n’épargnent pas la Suisse. Sur les réseaux sociaux romands, les étoiles jaunes estampillées «sans vaccin» se multiplient. Un photomontage détourne le portail «Arbeit macht frei» des camps d’extermination en «Le pass sanitaire rend libre». Fin 2020, d’autres montages circulaient déjà sur Facebook mettant en scène le conseiller d’État Mauro Poggia marchant au milieu de personnes faisant le salut nazi et le conseiller fédéral Alain Berset présenté en nouveau Hitler.

 

Les analogies entre nazisme et politique sanitaire n’ont cessé de se développer. Les juifs ne sont plus uniquement désignés, comme l’année passée par nombre d’acteurs antisémites, comme les responsables de la pandémie, les organisateurs d’un complot visant à manipuler la planète. Désormais, ce sont les symboles du génocide dont ils ont été victimes, la Shoah, qui illustrerait la situation à laquelle se confrontent les antivax. Les mesures sanitaires prises en démocratie sont comparées aux lois antisémites adoptées par les nazis ou par les régimes collaborationnistes.

 

Les juifs hier, les antivax aujourd’hui. Le Mémorial d’Auschwitz a dénoncé cette «instrumentalisation» et s’est affligé du «triste symptôme de déclin moral et intellectuel» de la société. Dimanche 18 juillet, un rescapé de la rafle du Vel d’Hiv s’est élevé contre l’utilisation de l’étoile jaune par les opposants au pass sanitaire: «Il faut se lever tous contre cette ignominie. C’est le devoir primordial de tous de ne pas laisser passer cette vague outrancière, antisémite, raciste qui rôde.»

 

S’agit-il là de choquer l’opinion publique? D’une ignorance insolente de certains de nos concitoyens face à l’histoire? D’une simple manœuvre marketing déplorable? Malheureusement pas. En agissant ainsi, certains antivax participent allègrement et sans états d’âme à banaliser l’horreur génocidaire. Les incitations à la vaccination seraient devenues synonymes d’entraves à la liberté, divisant la population en moutons dociles ou en pestiférés pour les réfractaires. Un combat si peu convaincant qu’il doit se revêtir du costume de la reductio ad hitlerum. Nous voici face à une forme réinventée de négationnisme, de falsification de l’histoire. L’industrialisation du processus d’extermination de populations ramenée à une simple forme de contestation politique.

 

Que dire de l’impact de ces messages auprès de jeunes? Comment leur transmettre la connaissance historique des atrocités commises durant la Seconde Guerre mondiale si leurs aînés les relativisent en usant de parallèles qui n’ont pas lieu d’être? Il y va de notre responsabilité individuelle et collective de dénoncer et faire cesser ces agissements.

 

Source : Tribune de Genève, 22 juillet 2021